Réponse à mon fils, étudiant ailleurs (partie1)

Carte-Etudiant

Mon cher et valeureux fils,

J’ai bien reçu le courriel que tu m’as envoyé. Tu ne peux imaginer combien il m’a ragaillardi et revigoré. Il m’a réconforté, fort heureusement, tant par sa forme, que par son fond. Il m’a aussi édifié sur ton attachement aux valeurs qui ont toujours été, et demeurent, les nôtres.

Sur la forme : 

De prime à bord, la forme de ton texte me rassure sur ta relative aisance à exprimer tes idées dans la langue de Molière. Ce niveau que tu tenais tant à consolider, en 2013 déjà, par un séjour en France, auprès d’une famille d’accueil Française, qui avait offert sa généreuse hospitalité pour t’accueillir à cet effet. Mais, à trois reprises, le service des visas de l’Ambassade de France à Nouakchott avait jugé que l’objet de ton séjour, pour seulement deux petites semaines, « n’était pas convaincant ». Moi, ex-arabisant auto francisé (autodidacte), continuellement tiraillé entre une folle francophilie et une injustifiable francité, j’en avais piqué, alors, une colère bleue. Mon coup de gueule ne s’était pas fait attendre.

Toi, malgré ta déception non dissimulée en son temps, tu sembles avoir pris ce camouflet comme un défi, et tu t’es mis à améliorer ton français, sans la France qui n’avait pas voulu de toi. Je suis honoré de constater que tu as gagné ton pari, malgré leur refus de te laisser découvrir et admirer leur « Paris », et ce qui peut s’y lire comme histoire (tour Eiffel, Trocadéro, la Bastille, Arc de triomphe, la Seine, etc…). La pichenette que tu as ainsi donnée à ceux qui nous ont rendus ‘’franco-dépendants’’ est cinglante. Tu dois la faire consolider par un pied de nez, en te perfectionnant davantage en Anglais. Comme ça, tu pourras trouver une position d’équilibre stable, entre notre dépendance historique et maladive de Victor Hugo, et notre intérêt stratégique et salutaire à jeter les ponts d’une relation d’avenir avec W. Shakespeare.

Deux éléments d’analyse me poussent à te préconiser cette diversité culturelle : (i) comme l’avouait de manière explicite l’homme politique très controversé, Jean Mari-Lepen, les français nous aiment bien. Mais seulement, chez nous ; (ii) mon expérience personnelle me montre que ne pas maîtriser l’anglais, en ces temps, est un illettrisme largement handicapant et particulièrement frustrant.

Il n y a mieux pour corroborer cette appréciation, et étayer mes arguments, que le fait que les français sont en train d’enseigner, dans leurs universités, le droit et l’économie, en anglais, pour, disent-ils, attirer les étudiants des pays émergents. Nous, mauritaniens, avons bon espoir de pouvoir, un jour, cesser d’émarger, et de nous voir aussi émerger. A en croire nos responsables et nos médias, nous y sommes, ou presque.

Sur le fond :

Sur le fond, je suis aussi rassuré par le fait que je perçois chez toi la volonté d’arriver, l’ambition de réussir, et la furie de te distinguer. Sois toujours distingué. Tu ne dois pas œuvrer pour le seul but d’avoir un diplôme. Un diplôme est seulement un moyen. L’un des nombreux viatiques pour réussir le voyage, ô combien périlleux, de la vie. Il faut plutôt avoir en ligne de mire, l’accumulation du maximum de connaissances. Le savoir induit le valoir.

Dorénavant, il faudra, comme tu as toujours voulu être autonome, te comporter en homme responsable. Je ne doute pas de tes aptitudes à cet égard. Mais il te revient de les enrichir, les consolider, les fructifier. Elles sont, c’est certain, perfectibles. Mais en poussant ton ambition au maximum, n’oublies jamais de tempérer son ardeur par une dose de réalisme. La déception peut être fatale. L’ambition sans réalisme est une utopie, et l’absence de projets personnels est une insignifiance, une tare, et un complexe d’infériorité. 

Maintiens le cap. Tu es, me semble-t-il, sur la bonne voie. Tes objectifs étant clairement définis, focalise-toi sur les moyens d’atteindre les résultats que tu veux, et que tu mérites. Ils sont, à force d’efforts, bien à ta portée. Peu de gens font la différence entre objectifs et résultats. Toi, tu sais distinguer, certainement, entre un rêve et le vécu. Je dis toujours qu’il faut trouver le compromis, pas toujours aisé, entre ce qu’on veut, ce qu’on doit, et ce qu’on peut faire.

On me qualifie parfois d’idéaliste, tantôt de pessimiste. Je me considère tout simplement réaliste. Et c’est cette culture que je voudrai te faire découvrir, tout en te laissant la liberté d’opérer tes choix. Une fois faits, tu devras savoir les assumer. Tu sauras, sans aucun doute, les inscrire dans l’échelle des valeurs qui te sied. L’essentiel est que ton échelle des valeurs soit cohérente, et en harmonie avec ta conscience.

La vie est une guerre. Tu dois en prendre conscience. Et dans une guerre, il peut arriver, malencontreusement, ou par inadvertance, qu’on perde une bataille. Auquel cas, il faut appréhender les choses avec sérénité, les analyser avec objectivité, pour éviter, par une meilleure préparation des ‘batailles suivantes’’, de perdre la guerre. Je t’ai toujours donné l’exemple du chien. C’est une sagesse, parmi tant d’autres, par laquelle ta Grand-mère m’a enrichi : « quand il trébuche, il accélère, le chien ».

Comme on dit, l’erreur est humaine. Il est normal, prévisible, et compréhensible d’en commettre. Par contre, aussi minimes soient-elles, les erreurs se transformeraient en fautes graves, et parfois irréparables, si nous ne les corrigions pas, et en tirions les enseignements appropriés, et opérions les correctifs idoines.

C’est ainsi, et seulement ainsi, que l’on demeure soi-même : en transformant en forces invincibles, ses plus navrantes faiblesses.

Ta force de caractère, ta détermination, et ton sens des responsabilités t’impulseront davantage pour surmonter les multitudes d’obstacles et les inéluctables entraves, en évoluant dans un milieu auquel tu n’étais pas habitué. Mais c’est à leur capacité d’adaptation que les individus se distinguent.

J’étais venu te voir, pour me rassurer sur tes conditions matérielles et morales, là où tu étudies actuellement. Là où on t’a accepté avec grande générosité, et remarquable hospitalité. J’étais reparti confiant.

Notre pays qui a refusé de parrainer tes études, avait eu la même attitude à l’égard des miennes. Ceci ne m’a jamais empêché de le servir trois éprouvantes décennies durant, avec loyauté, intégrité, abnégation, et tout ce que j’ai pu comme efficacité. Mais j’ai tenu à ne jamais être fonctionnaire, pour garder ma liberté d’esprit, d’initiative, et de décision. Ce n’est pas maintenant que je vais tenir rigueur à l’Etat mauritanien, de ne pas avoir été au rendez-vous, quand j’ai eu besoin de lui pour que ta formation soit à la hauteur de mes attentes, afin que tu sois pour la Mauritanie ce que j’ai toujours voulu (et pas toujours pu) être.

Mais ce qui nous concerne, et doit nous préoccuper en permanence, c’est notre devoir, dont nous devons, quelles que soient par ailleurs nos frustrations ou déceptions, nous acquitter. Le reste est responsabilité d’autrui, et il appartiendra à l’histoire de juger chacun d’entre nous.

Mon cher fils,

Tu as eu la sympathie et la parfaite délicatesse, d’évoquer avec une grande finesse, l’éphémère et émouvant moment de faiblesse que tu as traversé pendant mon cours séjour avec toi. Même s’il m’avait profondément ébranlé, pour des raisons sentimentales compréhensibles, je t’avoue que nous connaissons tous ces instants où nous flanchons. Mais dans ces moments, nous n’avons que le silence comme meilleur mode d’expression : « seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse » disait Alfred de Vigny.

Sur les principes et sentiments:

Je n’ai nullement besoin de te dire combien nous t’aimons très fort. Mais je vais le faire, quand même. Ta Grand-mère ne cesse de penser à toi et de parler de sa confiance en tes capacités et sa fierté de ton fort potentiel. Fais tout pour être à la hauteur de ses honorables, et totalement désintéressées, prières et espérances.

Ta réussite, sera la nôtre. Nous tous. La mienne, celle de ta maman, du Benjamin qui ne rêve que d’être toi, ou tout au moins, comme toi.

Tes autres frères, s’ils sont moralement irréprochables, me font quelques soucis quant à leur détermination à transcender leurs blocages. J’ai bon espoir qu’ils se limiteront à perdre une bataille, sans accepter de perdre la guerre (de la vie). Des résultats éclatants de ta part, ne manqueront pas de les booster.

Mon valeureux et cher fils,

Sache que tu es présent à tout moment dans nos âmes. Sois rassuré aussi, que malgré les vicissitudes de l’histoire, les fluctuations de la vie locale,  les difficultés conjoncturelles, et les contingences du moment, nous resterons debout, et demeurerons dignes. Toi, parmi nous. Notre soutien ne te fera jamais défaut. Notre amour naturel, et notre estime méritée, te sont dus. 

Mon cher partie de moi-même,

Si tu tournais, à la ronde, ton aimable regard, et que tu ne me voyais pas, saches que je suis bel et bien avec toi, en permanence, avec mon amour, ma confiance, mon espoir, et toute ma fierté. Associe-les à ton sens élevé de la morale et de la dignité. Ma discrète présence est de nature à te faire sentir que tu as un soutien moral de proximité, et t’interdira d’envisager de décevoir.

Je suis fier de toi, et tu en es digne.

Ton père qui t’aime pour l’éternité et par postérité.

Source : Debellahi

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