Retour du président : Ould Abdel Aziz réussit là où sa majorité a échoué

Le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz, est arrivé samedi après-midi à Nouakchott venant de la France. Peu avant son départ de Paris, il avait déclaré implicitement son rejet de l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, qui met en avant la nécessité de former un gouvernement d’union nationale.

Pour Ould Abdel Aziz, le fait qu’il dispose encore d’une majorité absolue ne rend pas nécessaire « l’expérimentation d’une

 nouvelle formule » qui lui ferait partager le pouvoir avec ses adversaires.

Sans doute qu’Ould Abdel Aziz, au moment de parler ainsi, était conscient qu’il a le soutien d’une majorité de citoyens, ce que l’accueil n’a fait que conforter avec l’attachement des mauritaniens au makhzen » qu’ils soutiennent du fait même que l’émir des croyants doit être obéit, en plus du fait que les opportunistes « qui soutiennent celui qui est au pouvoir et l’abandonnent quand il le quitte. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas ceux qui sont sortis, d’eux-mêmes, pour accueillir le rais. On peut même dire que le très grand nombre de citoyens présents à l’accueil reflète, de manière claire, l’estime dont jouit le président malade, ce que des observateurs vont considérer comme la réponse adéquate aux adversaires de Mohamed Ould Abdel Aziz qui lui demandent de quitter le pouvoir, prétendant que c’est la volonté du peuple mauritanien. Il est du droit du président Mohamed Ould Abdel Aziz et de sa majorité de considérer ce qui s’est passé ce samedi comme un référendum sur tout ce que la Coordination de l’opposition a demandé, tout comme il a le droit aussi – après cet accueil – de conserver son pouvoir jusqu’à la fin de son quinquennat. Car, à part quelques petites remarques, on peut dire que les choses marchaient de façon très normale.

On peut citer, parmi ces remarques, la non tenue du conseil des ministres durant son absence, la paralysie des institutions de la République et l’absence quasi complète des ministres ainsi que des grands responsables de leurs bureaux, arrêt de la circulation monétaire au niveau de la BCM, du Trésor et des banques primaires dont les propriétaires étaient gagnés par le doute.

La supervision par le Premier ministre de commissions interministérielles chargées de faire fonctionner les secteurs vitaux, la discipline de l’institution militaire représentée par le général de division Mohamed Ould Ghazouani, qui a fait preuve d’une fidélité à toute épreuve, a donné l’impression que le gouvernement jouait son rôle à un peu plus de 50%, performances auxquelles il faut ajouter également la sécurité assurée de manière exemplaire par les forces armées et de sécurité.

Des erreurs commises par certains à partir de déductions précédentes montrent que le président Ould Abdel Aziz était resté, réellement, aux commandes, depuis sa chambre d’hospitalisation. Mais si telle a été la réalité, pourquoi lui et son entourage ont tenu à ce que le peuple ne soit pas suffisamment informé sur son état de santé, et à attendre jusqu’à ce qu’il soit reçu par le président français ? Surtout que la vérité sur l’état de santé du président  n’était connue que par deux personnes, à savoir la première dame et le général Ghazouani, chef d’état major de l’armée, qui recevait des rapports quotidiens de l’institution militaire française, qui lui vouerait un certain respect et le considère comme « le militaire intellectuel ».

Les erreurs commises au plan de la communication portent toutes l’empreinte de l’ambassadeur de Mauritanie à Paris alors qu’il était plus judicieux – et plus facile – de mettre en avant le ministre de la Communication et les médias officiels. La preuve de cet échec au plan de la communication n’était pas que les différentes sorties manquaient de crédibilité mais le fait même que leur instigateur n’a pas réussi à les défendre. Mais Ould Brahim Khlil n’est pas le seul à avvoir échoué à faire face à la machine des rumeurs que la presse publiait de bonne foi ou non, les ministres, les services de sécurité, disons tout le monde avaient été gagnés par le doute quand ils ont commencé à s’interroger sur la durée de la convalescence du président, sur la vacance du pouvoir ou non.

La majorité n’a pas réussi à faire mieux durant tout le séjour du rais en France. Il est vrai que la COD, elle aussi, avait tu son appel au « rahil » jusqu’au jour  où elle décide de déterrer la hache de guerre et d’organiser ce qu’elle a qualifié de « meeting de la vacance constitutionnel » et dont l’apparition du président, vingt-quatre heures avant, avait grandement perturbé. A tel point que la COD s’est vue obliger de revenir à la case départ réclamant le départ d’Aziz.


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