Scène politique : Enfin la décrispation ?

C’est la question que se posent le mauritanien lambda et tous les observateurs de la scène politique, depuis la remise, jeudi dernier, de la réponse de carte politiquela majorité présidentielle au président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheïr, facilitateur national apparemment patenté, désormais.

Comme celle de la COD, il y a presqu’un mois, le contenu de la réponse n’a pas été dévoilé par les parties. Ce qu’on sait, par contre, c’est qu’elle est qualifiée de « positive », par la CMP, et l’atmosphère était, donc, très détendue et conviviale. Après celui de la COD, le geste de la majorité semble d’autant plus constituer une avancée, dans la recherche d’une sortie de crise, qu’il intervient au lendemain de rumeurs faisant état du refus, par le président de la République, de l’initiative du président Messaoud, et d’un éventuel report, par la CENI, des élections qu’elle avait annoncées pour septembre et octobre prochain. Des potins qui avaient jeté une espèce de déception, dans le camp de la CAP, doutant de la « sincérité » du pouvoir à répondre positivement à sa main tendue. Mais en dépit de tout cela et du rejet, par le président de la République, de la formation d’un gouvernement de large ouverture, pour gérer le processus électoral prévu par la CENI, le président Messaoud n’a jamais perdu patience, se bornant à réclamer une réponse écrite de la part du Palais. Chose faite depuis jeudi.

En quoi cette réponse  « positive » pourrait-elle faire bouger les lignes? C’est la préoccupation fondamentale de l’opposition qui redoute, toujours, « une énième diversion » du pouvoir, pour gagner du temps. Si l’absence d’un gouvernement d’union ou de large ouverture peut être acceptée par l’opposition – on a déjà apprécié les limites d’un tel exercice – les autres conditions de transparence, exigées par l’ensemble de celle-ci, semblent toujours former quadrature du cercle, avec, en perspective, un nouveau report des élections. Ouvrir la CENI à la COD, constituer et gérer, ensemble, le fichier électoral, améliorer l’accord politique de septembre 2011, veiller au strict respect de l’incompatibilité de certaines charges publiques avec la politique, la neutralité de l’administration et de l’armée – cette Grande muette qui retrouve sa langue, bien pendue, à chaque scrutin – tout cela doit faire l’objet de consensus entre les acteurs politiques. D’ailleurs, le président du parti El Wiam, Boydiel Ould Houmeïd, dénonçant les tracasseries et menaces que subissent les cadres de son parti à la SNIM, n’exclut pas de revoir la décision d’El Wiam de participer aux prochaines élections, si le gouvernement n’exécute pas le dernier point de l’accord signé entre le pouvoir et trois partis de l’opposition, dont le sien, en octobre 2011. C’est le seul article, parmi les quatorze négociés, qui n’a pas été transformé en texte de loi, fait remarquer Boydiel. Mais le gouvernement travaillerait, nous dit une source confidentielle, sur le thème, afin de le présenter au vote du Parlement, lors de sa prochaine session.

Tournant et retournant les hypothèses, on tend à penser que la réponse de la majorité présidentielle ne saurait conduire qu’à un report des élections. Occasion, pour les uns et les autres, de mieux s’y préparer ? Mais, l’opposition, toutes tendances confondues, accepterait-elle de se prêter à un jeu dont l’objectif, inavoué par la majorité, serait l’organisation cumulée de la présidentielle, des municipales et des législatives ? L’avenir proche nous le dira. Quoiqu’il en soit, l’amorce d’un dialogue, entre la COD et la majorité, avec Messaoud Ould Boulkheïr comme facilitateur, semble, désormais, imminente. Et le temps presse car la Mauritanie ne peut plus continuer à vivre avec des institutions dont la légitimité est plus qu’entamée. Carrément moribonde, pour ne pas dire en état de décomposition avancée…

Source : Le Calame (Mauritanie)

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