Scolarité des filles haratines : La lutte par l’émancipation des mères

filles haratinesMauriweb:Plus que personne, les femmes issues de milieux socio-économiques défavorables, ont tendance une fois la tête hors de l’eau, à investir dans l’éducation de leurs enfants. Les résultats sont de plus en plus probants, pour permettre d’affirmer aujourd’hui en Mauritanie, qu’investir dans la résilience socio-économique des femmes permettrait de commencer à inverser certains fléaux sociaux et sanitaires tels que les mariages précoces, ou les MGF. Perspective, avec le cas de figure de Vatimetou Mint El Naji, à Arafat.

Des états généraux de l’éducation qui n’ont jamais réellement eu la volonté de porter un œil neuf sur la problématique de l’éducation mauritanienne, des écoles privées, intellectuellement cancérigènes pour l’écrasante majorité d’entre elles, des franges entières de communautés laissées en marge du système éducatif, et qui augurent d’une explosion socialement atomique si on n’y prend pas garde… Autant d’étapes de l’évolution de l’éducation nationale qui dessine la catastrophe dans laquelle elle se trouve depuis des décennies.

Pourtant, dans ce chaos, des niches d’espoir passent par cette éducation intellectuelle qui n’en est pas une en réalité. Et pour un pan de la société mauritanienne, notamment les femmes Haratines partant quasiment du néant, ce «rien est déjà quelque chose» comme le dit sereinement un ancien instituteur. Il œuvre sur cette question de l’éducation des « générations d’après ».

Vatimetou Mint El Naji, 51 ans, fait partie de cette frange d’exclus. L’association pour le développement, le suivi et le bien-être de l’enfant et de la femme (ADEF), à Arafat, lui a donné une chance « unique » de fonder son activité génératrice de revenus, liée à la vente de poissons. Une amélioration de sa condition socio-économique qui impacte celle de ses enfants, notamment au niveau de leur éducation.

«Tous mes enfants sont insérés scolairement, grâce à ADEF. J’insiste beaucoup sur l’éducation de mes enfants. J’ai conscience de par mon expérience, de ce à quoi on ne peut pas aspirer sans, dans le monde d’aujourd’hui. Et après ce que j’ai vécu, je ne peux pas imaginer ma fille se marier avant d’avoir fait des pas importants dans l’expérience de la vie, vers son indépendance» murmure-t-elle comme pour elle-même, dans la boutique qu’elle loue à Arafat, où elle vend des légumes également.

La solidarité à Arafat

« Avant qu’on ne l’appuie pour l’ouverture de son actuelle boutique, ADEF tenait d’abord à régler son problème de précarité dans le logement. Nous lui avons acheté du zinc pour sa toiture, du ciment, des briques, pour réfectionner la chambrée dans laquelle elle vivait avec un certain nombre de ses enfants. C’était juste un appui de solidarité. Ce n’est qu’après cela que nous lui avons prêté de l’argent pour la construction d’une douche, d’une cuisine, puis d’une chambre » narre longuement la présidente d’ADEF, Miriam Mint Baba.

Un troisième prêt viendra compléter ces deux tranches ; dès lors, elle lance son commerce de poissons d’une table, avant d’arriver à force d’épargne et de solidarité, à son actuelle boutique où se mêlent cultures maraîchères et poissons.

« Grâce à Dieu, depuis que cette AGR tient debout, je revis. Les prêts que je peux réclamer augmentent à chaque fois, car je suis correcte, et rembourse mes dettes. Je suis partie d’une table, et je loue à présent cette boutique que vous voyez. Je projette d’en construire une d’ici un an. Ce commerce fait vivre mes enfants, mes petits-enfants, mes frères, mon père. J’en suis fière ; que puis-je demander de plus au Bon Dieu, si ce n’est de pouvoir subvenir le plus longtemps possible aux besoins de ma famille » raconte, visiblement émue, Vatimetou Mint El Naji, tout en éviscérant un poisson.

Les initiatives d’ADEF ont tout de même permis « d’insérer 100 enfants dans les classes d’éducation fondamentale depuis 2010, à Arafat ; 42 sont devenus de très bons élèves, 10 sont en déperdition. Mais depuis 2014, nous n’avons recensé aucun cas de déperdition» raconte Miriam Mint Baba. « Le point commun de beaucoup de ces enfants, c’est qu’en appuyant leurs mamans à devenir plus résilientes socio-économiquement, leur parcours scolaire, notamment au primaire, en était plus simplifié » continue la présidente de l’ADEF.

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