Sénégal: Hissène Habré refuse l’interrogatoire de personnalité

Hissène Habré_0Au troisième jour de son procès à Dakar, mercredi, Hissène Habré devait être entendu pour la première fois dans le cadre de la procédure. Jugé pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre sur la période de son règne au Tchad entre 1982 et 1990, l’ancien président, fidèle à sa stratégie, est resté de marbre.

Toute la salle attendait le moment de l’interrogatoire de personnalité d’Hissène Habré. Un brin stressé, le président de la cour a même refusé une requête des parties civiles pour entrer dans le vif du sujet. « Veuillez vous asseoir, nous allons inviter l’accusé M. Habré », annonce-t-il. Hissène Habré ne se lève pas, ne dit pas un mot. Un long silence, puis le président reprend la parole. « La Chambre a invité M. Habré et constate que ce dernier n’a pas daigné répondre à la Chambre », déclare le président.

Après ce refus, une longue période de flottement s’ouvre. Les deux premiers experts sont appelés à la barre. Mais ils ne sont pas là… Retard ou empêchement de dernière minute, explique-t-on. Faute d’experts, le procureur propose d’écouter une archive sonore, un portrait d’Hissène Habré diffusé dans l’émission Archives d’Afrique de RFI. Il faudra 20 minutes pour lancer l’enregistrement correctement.

Un historien pour brosser le portrait d’Habré

L’un des experts, un historien, est retrouvé. Difficile d’être la première personne à venir à la barre puisque Hissène Habré refuse de la faire. Difficile de présenter un rapport alors que le prévenu a dit qu’il n’avait aucune valeur. « Ce rapport a été notifié à l’accusé Hissène Habré,explique le procureur. Il a fait la déclaration suivante : « J’ai écouté contre mon gré ce rapport parce qu’on a choisi un expert opposant. » Etiez-vous opposant à Hissène Habré ? » Interroge le procureur. Réponse du témoin : « J’avais six ans quand Hissène Habré s’est emparé du pouvoir. »

Arnaud Dingammadji a aujourd’hui 39 ans. Tchadien, il a été désigné par la Chambre pour dresser ce portrait d’Hissène Habré. Un travail jugé exemplaire par l’ensemble de la cour. « C’est vraiment un ordinateur de toute cette histoire du Tchad, indique Maître Baulieu, avocat des victimes. Pour moi, c’est vraiment extraordinaire de pouvoir pendant des heures écouter l’ascension, les trahisons et la chute d’Habré ».

Après quatre heures de présentation vient le temps des questions. Les avocats commis d’office qui défendent Habré tentent un coup. « En tant qu’historien, vous ne pensez pas que s’il n’y avait pas cet homme, est-ce qu’aujourd’hui le Tchad serait encore ce qu’il est ? » Réponse de l’expert : « En histoire, nous ne sommes pas habilités à faire des projections. » « Maître,interrompt le président, nous ne sommes pas en train de faire de la science-fiction. »

Le président met fin à cette troisième journée de procès en félicitant l’historien tchadien. Hissène Haré salue la foule. Son silence devant la cour est une stratégie prévisible pour Jacqueline Moudeina avocate des victimes. « Il entend, il n’est pas sourd. Il voit, il n’est pas aveugle. Mais le fait de mépriser le tribunal ne l’honore pas du tout », juge-t-elle. Les avocats commis d’office estiment au contraire qu’il faut respecter le silence d’Hissène Habré, mais espèrent également qu’il changera de posture.

Ce jeudi, c’est un politologue et un haut responsable d’Amnesty International qui doivent être convoqués à la barre avec toujours cette même volonté : comprendre les différents aspects du Tchad entre 1982 et 1990.

Source: RFI

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