Séquelles de l’esclavage : reconnaître les acquis et éviter la surenchère

dahmane_ould_beyrouk (1)Dans le nouvel « Observateur » N°2613 du 04/12/2014, le moins qu’on puisse dire est que l’envoyé spécial du célèbre journal français ne s’est pas suffisamment informé sur un certain nombre d’aspects importants de la question.

Il aurait pu au moins, à titre d’exemple, à défaut des autorités officielles rencontrer d’autres mauritaniens d’horizons politiques et culturels divers, y compris de la communauté H’ratine.

Il aurait alors appris un tas des choses dont un certain nombre d’éléments à prendre nécessairement en considération dans tout effort d’information sérieux sur la question.

1. La première constitution dès l’indépendance en 1960 consacrait l’égalité des citoyens devant la loi et des droits importants qui ont jeté les bases d’un Etat naissant mais moderne.

2. Une loi spécifique pour l’éradication de l’esclavage (une ordonnance aux débuts des années 80 avait alors été prise et avait bénéficié du consensus politique et religieux national.

3. Une reforme foncière et domaniale avait été initiée à la même période et aura été une avancée remarquable sur le plan juridique et au profit des populations rurales le plus pauvres.

4. Le pouvoir actuel chez nous, sous l’impulsion du Président Mohamed Ould Abdel Aziz, est allé plus loin avec, ni plus ni moins, la criminalisation de l’esclavage dans la constitution du pays.

5. Chaque fois que des personnes sont accusées ou soupçonnées de pratiques esclavagistes les Autorités Administratives et les juges agissent fermement conformément aux textes en vigueur et aux instructions fermes des dirigeants du pays.

En réalité, le problème, tout le problème, se situe au niveau des séquelles du phénomène.

Des efforts extrêmement importants sont fournis par les autorités publiques pour faire face à la pauvreté notamment chez les filles et fils de cette frange de la population. Cela va de la restructuration des quartiers précaires de Nouakchott (attribution de lots à usage d’habitation et appui à la construction des logements) en passant par l’édification des écoles, construction des postes de santé et forage des puits dans les villages, en passant par la création des centres de formation professionnelle ainsi que les faveurs en matière d’emploi.

Au niveau politique, et s’agissant de la représentation au niveau des hautes sphères de l’Etat, le pays n’a jamais connu une si plus grande attention aux cadres issus de cette frange de la population qui n’en avait pas beaucoup, il vrai, dans le temps. Outre, le Président du Conseil Constitutionnel et celui de l’Assemblée Nationale (et les secrétaires Généraux de leurs institutions) ainsi que le président du Conseil Economique et Social (qui ont tous rang de Ministre, sinon plus le plan protocolaire), il y a 4 autres membres du Gouvernement dans un pays, qui ne l’oublions pas compte 4 communautés nationales avec des langues différentes et dont il faut tenir compte-les langues de trois ethnies negro-africaines ont été pour la première fois consacrées à l’initiative du régime actuel langues nationales du pays dans l’actuelle constitution.

Les départements ministériels confiés aux brillants cadres de cette couche sociale ne sont pas des moindres : l’Hydraulique et l’Assainissement, l’Enseignement Supérieur et la Recherche Scientifique, l’Emploi, la formation professionnelle et des Technologies ainsi que l’Elevage. Il y a aussi des secrétaires généraux non seulement des institutions constitutionnelles citées plus haut (Assemblée Nationale et Conseil Constitutionnel) mais aussi de ministères importants comme l’Habitat, l’Urbanisme et l’Aménagement du Territoire ainsi que la Jeunesse et des Sports ou encore l’Institution du Prix Chinguitti.

Les secrétariats généraux de certaines institutions qui touchent aux problèmes de cette partie de la population reviennent également à d’honorables citoyens issue de cette couche sociale : le Commissariat à la Sécuritaire Alimentaire, la Commission Nationale des Droits de l’Homme et la Nouvelle et grande Agence Tadamoun (Solidarité )crée il y a de cela 2 ans avec pour mission d’élaborer et d’exécuter des projets de développement au profit des couches défavorisées et à leurs tête les H’ratines de Mauritanie.

Je serai incomplet- je le serai d’ailleurs forcement car je ne peux pas énumérer tous les postes- si je n’aurai pas rappelé que certains proches collaborateurs du Président de la République ( dont son propre Directeur Général du Protocole d’Etat) ainsi que ceux du Premier Ministre sont issus de cette communauté.

Elle compte également parmi ses fils des officiers supérieurs y compris des généraux ainsi que de deux députés, des maires, des directeurs des sociétés d’Etat dont l’Agence Gouvernementale de Presse etc

Ainsi qu’au niveau diplomatique comme à Genève par exemple

En vérité, tout le monde veut dépasser les séquelles du phénomène et notamment sur les plans psychologique, social et économique.

Dans la vie quotidienne, dans les transports publics, les écoles, les stades, en dépit des inégalités sociales que l’on trouve même entre les enfants et les citoyens les plus proches sur le plan social et tribal, il y a non seulement la cohabitation pacifique mais aussi l’entraide et la complémentarité emprunte de sympathie et de liens divers et forts.

Dans les Mosquées aussi, c’est ce climat de confiance et de sérénité qui règne et que le Gouvernement tient à renforcer avec l’unification du prêche hebdomadaire du vendredi en vue d’accompagner davantage la politique résolument réformiste de l’Etat.

Fort heureusement, beaucoup des cadres H’ratine -et non des moindres- soutiennent cette politique qui est en fait la leur. Idem pour les populations cibles qui savent que les pouvoirs publics travaillent quotidiennement à l’amélioration de leurs conditions de vie. Les tenant du discours radical savent eux-mêmes que l’exacerbation des contradictions ne mène à rien.

Boubacar Ould Messaoud, le vieux militant et Président de « S.O.S esclave »semble le comprendre parfaitement. Je suis sûr qu’au sein d’Ira des voix, même en interne, ont la même position, et ce au delà des défections enregistrées de temps à autres dans le rang de leurs militants. Il n’est pas exclu que certains des cadres éclairés de cette organisation, sans renier leur engagement se ressaisissent et décident d’accompagner les efforts de la collectivité nationale pour le progrès des populations. La surenchère, la haine et le sectarisme –d’où qu’ils viennent- sont une source désunion et d’affrontement utile et dangereux pour la construction de l’Etat à l’édification d’une société juste.

Quand au dialogue sur la question, l’Etat ne l’a jamais refusé : nous sommes dans un pays démocratique où le débat est permanent dans la très indépendante dizaine des radios et des télévisions privées ainsi qu’au Parlement où une bonne quinzaine des partis politiques sont représentés.

La modération naturelle des mauritaniens, le réalisme des uns et des autres, la capacité d’adaptation et la volonté politique ferme de l’Etat et du pouvoir actuel issu d’élections démocratiques finiront par montrer le bon chemin à tous ceux qui ne le connaissent pas très bien ou qui pensent- à tort- qu’une autre voie est meilleure. La Mauritanie dépassera les séquelles du phénomène par les efforts de tous ses fils et filles unis pour parachever le travail efficace déjà effectué.

Dahmane Ould Beyrouk

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