Silence complice

IRA-Mauritanie 2Cela fait une semaine, jour pour jour que Parquet a décidé que le procès en appel de Biram Dah Abeid – président d’IRA - ; Brahim Bilal Ramdhane et Sow Djibi va se dérouler à Aleg.
Depuis, IRA ne cesse pas de dénoncer cette décision qu’elle considère comme une violation flagrante de la loi dans la mesure où le procès en appel doit normalement se dérouler dans une localité couverte par la Cour d’appel de Nouakchott, c’est-à-dire Nouakchott, Rosso ou Akjoujt.
Seulement, exception faite de leurs avocats qui les accompagnent dans cette bataille, il n’y a point de voix de solidarité. Les Ong des droits de l’homme, et surtout la classe politique sont restées toutes muettes, s’interdisant de réagir. Ici, pourtant, il ne s’agit pas de s’ingérer dans une affaire pendante en justice ; il s’agit d’une affaire publique qui doit requérir la réaction de l’ensemble des acteurs publics du pays !
Ils ont ainsi bien raison, ces militants de IRA qui reprochent à ces acteurs, d’avoir appliqué à propos l’attitude de l’Autriche face au danger. Il ont raison de constater que tout se passe dans l’indifférence la plus totale de ceux qui s’agitent pour un oui ou pour un non au nom de la  » nécessité de respecter l’Etat de droit « .
Ils ont raison sur toute la longueur de la ligne. D’ailleurs, ils ne nous font que rafraichir la mémoire et nous rappellent que dans ce pays, tout va à gauche ; tout est sélectif. Notre  » applaudissement  » est sélectif. Notre condamnation de faits est sélective.
Notre approbation est sélective. Notre joie est  » sélective « . Notre  » solidarité «  et notre  » indignation «  le sont autant. Tout se mesure à l’aune des intérêts personnels, des intérêts du groupe, de l’ethnie, de la tribu, du clan et ensuite viennent les grands principes qui ne sont agités que pour gêner un adversaire ou encenser un allié.
Et dans le cas des otages de l’IRA, la flagrance est assez évidente : le silence croisé des responsables de l’opposition, celui des  » justes  » de la majorité et l’inertie des organisations locales des droits de l’homme sautent aux yeux et suscitent beaucoup d’interrogations.
Pour expliquer ce  » silence « , les militants de IRA ont avancé des hypothèses qui semblent être assez plausibles : le reflexe du système de domination a joué. Il s’est même imposé à tous, y compris ceux-là même qui sont les premières victimes de cette injustice séculaire, mais foncièrement injuste et de plus en plus insupportable pour ceux qui ont subi le joug esclavagiste depuis la nuit des temps.
Oui,  » le système esclavagiste  » s’est réfugié derrière un silence bancal pour laisser passer l’orage. Juste le temps que le couperet implacable du système s’abatte sur les  » récalcitrants  » révoltés qui n’ont fait qu’exprimer une position radicale contre les fondements contestables de l’esclavagisme dans la version locale de l’islam mauritanien.
On se rappelle encore qu’à l’éclatement de cette affaire, tout avait été manipulé par ce système pour que les  » fauteurs «  soient châtiés. Très vite, tous les segments de  » l’ordre social «  dominant s’étaient sentis offusqués de cette attitude et ont souhaité, intimement, que la plus terrible des vengeances s’abatte sur Biram et ses  » disciples « .
L’opinion avait été si bien préparée à la cause du jour que les avis contraires ne pouvaient plus s’exprimer. D’où ce silence troublant et même inexplicable pour les gens de l’opposition et l’Ordre des avocats. Ici, même les salafistes ont toutefois eu le courage de dénoncer l’acharnement, l’instrumentalisation et le  » détournement  » des textes pour assouvir une vengeance païenne en préparation.
Encore une fois, IRA casse la monotonie de l’ordre des injustes et fracasse le mur de silence que veulent ériger les prétendus défenseurs des grandes causes pour donner le temps aux prédateurs du droit de tuer dans l’œuf les défenseurs d’une cause gagnée d’avance ! Sera-t-elle entendue ? Rien n’est moins sûr.

Amar Ould Béjà

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