SNIM : A la croisée des chemins.

La SNIMLa SNIM traverse en ce moment la crise la plus grave de son histoire, et les décisions qui seront prises maintenant détermineront sa capacité à survivre aux 3 prochaines années, dont on dit qu’elles risquent d’être particulièrement difficiles pour elle.

Mais dans l’immédiat et pour faire court et direct, le problème de la SNIM peut se résumer en trois mots : L’incompétence et l’arrivisme de Ould Oudaa, doublés de sa capacité consommée à manipuler les pouvoirs publics et l’opinion nationale.

Ceux qui disent que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz ne devait pas utiliser à d’autres projets les moyens de la SNIM lui font un mauvais procès. Le Président ne connait pas particulièrement la SNIM. Il sait seulement que du fait de la flambée des prix du minerai de fer, elle avait des moyens financiers disponibles et il est normal qu’il pense à les mettre à contribution pour le développement du pays, au lieu de recourir à des prêts auprès des bailleurs de fonds. Ce qui est donc tout à fait logique et légitime de ce point de vue.

Mais le rôle du management de la SNIM étant de gérer et prévoir l’avenir, l’ADG de la SNIM avait la responsabilité de plaider auprès du pouvoir le fait que la SNIM a prioritairement besoin de cet argent pour assurer  son développement et sa pérennité. Et en ce sens il y a déjà eu au moins un précédent : Ould Heyine s’était opposé à l’époque l’entrée de la SNIM dans la pêche, et cela au moment où la flotte nationale avait presque totalement disparu. Et il n’avait pas pour autant perdu son poste.

Nul doute que le Président Mohamed Ould Abdel Aziz aurait réagi de la même manière, si Ould Oudaa lui avait exprimé des réticences, arguant du contexte concurrentiel prévisible qui se préparait, et face auquel la SNIM devait impérativement procéder à des investissements stratégiques et constituer des réserves: Mais au moment ou les géants comme BHP, Vale et Rio Tinto, profitant de la hausse des prix constituaient des réserves, modernisaient leurs installations et réduisaient leurs couts de production à près de 20 Dollars/Tonne, Ould Oudaa enfumait la république avec sa  farce de « Nouhoud »  et ouvrait en grand les vannes financières de la SNIM.

La SNIM est un mastodonte chez qui, comme chez les dinosaures, l’influx nerveux met un certain temps  pour atteindre les centres qui activent la douleur…Et malheureusement c’est à ce moment-là qu’on se rendra compte que le mal est profond : Ould Oudaa a introduit et banalisé des méthodes, ou plutôt des comportements  de « gestion » des moyens financiers et humains répréhensibles, jusque-là inconnus à la SNIM.

Et ce faisant, il a cassé un héritage de plus de 45 ans de culture de la productivité, de la compétence, de la conscience d’une mission nationale particulière, héritage que tous ses prédécesseurs avaient systématiquement veillé à  protéger et à développer.  Cette culture spécifique des « gens de la SNIM » qui, de génération en génération de travailleurs, a assuré jusqu’ici la pérennité de l’entreprise. Depuis le succès de la nationalisation de la MIFERMA, passant par la réussite d’une mauritanisation de qualité, la solution par des compétences nationales de problèmes techniques complexes qui menaçaient la continuité de l’Entreprise (Guelbs 1 : séparation à sec, centrale électrique), la découverte de gisements de minerai peu évidents (gisement Weissat), la modernisation des moyens d’exploitation, l’amélioration constante des méthodes de production et… la survie aux fluctuations des prix.

C’est tout cela que Ould Oudaa a piétiné. Peu soucieux de l’avenir de l’Entreprise et uniquement intéressé par sa propre personne. Sinon et  pour seul exemple,  comment comprendre que pour de pures raisons de manipulation de l’opinion nationale (pour la convaincre que la grève n’a pas eu d’impact), il fait des trains de minerais pauvres, dont le prix de vente ne couvrira pas le prix de revient ? Jamais dans l’histoire ni de la MIFERMA, ni de la SNIM aucun dirigeant n’a recouru à de pareil expédients, purement politiciens, et d’une extrême gravité.

Ce mouvement de grève, il importe avant tout de le sortir du jeu politique. Autant l’UPR a commis une erreur notoire en s’en mêlant, même à titre de médiateur ou de facilitateur, autant les autres formations ou courants politiques de l’Opposition ou de la Majorité commettent la même erreur en tentant de récupérer ce mouvement, qui doit demeurer confiné dans un cadre purement syndical.

Pour le reste, la solution est facile et en même temps difficile : Toutes les parties doivent sortir de la logique d’affrontement et de surenchère, et consentir les sacrifices qui s’imposent.

Du côté des travailleurs, il est illusoire qu’ils attendent, dans la situation actuelle de la SNIM (quelles qu’en soient les causes) et de la conjoncture générale, une augmentation sensible de leurs salaires et avantages. Augmentation qui se traduirait par une progression des charges, même si les charges salariales ne constituent pas un élément déterminant du prix de revient à la SNIM.

Et à ce sujet, les choses doivent être claires. Les travailleurs devront encore faire preuve de patience, car une réelle amélioration des salaires ne pourrait pas intervenir avant au moins 3 ans, si on se fie à ce qui se dit de la tendance mondiale des prix du minerai de fer.  Car cette crise n’est pas le résultat d’une baisse de la demande mondiale en minerai de fer, mais plutôt celui d’une surproduction spéculative, voulue et planifiée par des géants de dimension planétaire, à côté desquels notre production reste « anecdotique » et n’a aucune influence sur les cours.

Quand aux mesures « disciplinaires » prises à l’encontre de certains grévistes, elles devront être purement et simplement annulées, et retirées des dossiers des intéressés. Car ces mesures, qui relèvent d’une surenchère imprudente, ont plutôt contribué à radicaliser la situation. Elles sont révélatrices tant de la faillite de la politique actuelle des RH de la SNIM, que de l’amateurisme de ceux qui en ont la charge.

Du côté de l’Entreprise, il faut que le management puisse convaincre que le renoncement et les sacrifices des travailleurs ont réellement un sens. Qu’il  puisse convaincre qu’il a non seulement la volonté mais aussi et surtout la capacité d’identifier et de mettre en œuvre de  vraies solutions, à même de réduire rapidement le prix de revient de la tonne exportée, tout en préservant l’outil de production et les emplois (éviter la compression).

Et il s’agit là de la responsabilité de l’Etat, qui doit impérativement et en urgence nommer à la tête de la SNIM un vrai manager, réellement capable de faire traverser à la SNIM  cette dangereuse zone de turbulences avec le minimum de dégâts.

Un manager libéré des contingences politiciennes, capable de comprendre l’évolution monde autour de lui, capable de comprendre comment fait et comment fonctionne la concurrence autour de nous. Un manager qui ne soit pas seulement bon par rapport à nous, mais aussi et surtout bon par rapport aux autres. Car c’est de ça qu’il s’agit, c’est là que ça se joue, et le salut de la SNIM est à ce prix.

Dumez.

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