SOCIETE: Le Coup de gueule d’un Almoudou

Je suis fatigué, je suis vraiment fatigué. Fatigué de cette vie misérable que je mène, fatigué de la manière dont je suis traité. J’ai très tôt été arraché à l’affection de ma mère pour être confié à un marabout qui, en principe, avait la charge de m’enseigner ma religion ou de veiller à ce que j’aie une bonne éducation. Dans l’un ou l’autre cas, mes parents ont confié leur rôle à une autre personne.

Je me souviens à peine des larmes de ma mère qui m’a serré dans ses bras pour une dernière fois quand j’avais cinq ans. Je n’avais pas compris grand-chose, mais en plus de ses chaudes larmes,  j’avais senti son cœur battre. Plus tard, j’ai compris que ses larmes étaient de la tristesse, de l’amertume et surtout de la peur de ne plus avoir l’occasion de revoir son enfant.

Mais qu’en pouvait –elle ? L’avait-on consulté avant de décider ? Pouvait-elle s’opposer à mon départ ? Avait-elle confiance en la personne à qui on remettait son enfant ? Ou connaissait –elle ma destination ? Toutes ces questions me torturent et  il m’est difficile d’en trouver des réponses.

L’éducation d’un enfant loin de sa mère était peut être une bonne tradition car permettait au jeune garçon d’apprendre à se débrouiller seule et d’être indépendant vis-à-vis de sa famille.

Envoyer son enfant au daaras aussi signifiait lui assurer un bon  apprentissage du saint coran et des préceptes de la religion. D’ailleurs, tous nos érudits sont passés par les daaras pour être cités en exemple aujourd’hui dans la piété, dans la sainteté et leurs histoires sont narrées de génération en génération. Jadis on mendiait pour apprendre la vie et se construire une forte personnalité.

Hélas ! Cette belle image des daaras  a été défigurée. Aujourd’hui, un très grand nombre de nos daaras fabriquent des illettrés, des mendiants et des enfants de la rue.

J’ai fait sept ans dans un daaras sans arriver à réciter le quart du saint coran, sans arriver à lire ni écrire une phrase correcte. Et pourtant, je connais tous les coins et recoins de la ville où je me rend tous les jour à l’aube pour quémander la dépense quotidienne de mon marabout et de ses épouses. Gare à moi si je rentre le soir sans ramener  la somme fixée par celui que je nomme mon Employeur. Il me le faut ce montant et même si je dois voler quelques billets d’un distraits passant, je l’aurai pour dormir le soir. Tant pis si je n’ai pas le temps d’apprendre quelques versets, il me suffit de remplir ma part du contrat pour être tranquille. Je suis abandonné à moi-même et la rue s’est chargée de m’éduquer selon ses convenances, tant pis si je suis devenu voleur, agresseur ou fumeur de chanvre. La rue me dicte sa loi et je suis obligé de me plier pour survivre.

C’est pourquoi je vous haie tous. Je hais mes parents qui m’ont jeté dans la gueule du loup sans se soucier de mon devenir, je hais mon marabout qui a oublié son rôle et pourquoi je suis chez lui, je hais la société qui se tait et fait la sourde oreille malgré mes gémissements et enfin je hais le gouvernement qui au lieu d’interdire la mendicité des enfants et de veiller à l’assainissement du secteur de l’enseignement coranique, se contente juste de me dédier une journée pour me narguer sans se soucier de mon intérêt supérieur. Vous avez ratifié toutes les conventions relatives aux droits de l’enfant mais vous trainez encore les pieds dans l’application sans distinction ni discrimination.

Si mes plaintes ne vous font rien, si vous n’êtes pas prêt à m’extirper de la rue et de me retourner chez moi, alors je vous en prie, gardez votre journée du talibé et laissez-moi me débrouiller tout seul.

 

Source: seneweb

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Commentaires

  1. vrai a écrit:

    les gars c triste 8)

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