Sommet Extraordinaire de l’OCI : l’Improbable Cohésion, le Nécessaire Aggiornamento


Le quatrième Sommet Extraordinaire de l’OCI aura marqué ce mois d’août et la dernière décade du mois béni du Ramadan. On a parlé de deux éléments clefs dans les médias de masse : l’exclusion unanime de la Syrie (si l’on excepte l’avis isolé de l’Iran) et le texte consensuel au sortir du sommet.

Or, à la veille de la tenue du sommet, beaucoup d’observateurs prédisaient un échec retentissant dont le point d’orgue aurait été l’incapacité à publier une déclaration finale. L’évitement du pire a été salué par tous. Ce fut une délivrance. Si, l’exclusion formelle de la Syrie aura été un acte important et répondait aux préoccupations de l’opposition syrienne et de ses alliés ainsi qu’au refus de la brutalité inhumaine du pouvoir d’Assad, la question de fond reste entière : comment l’islam peut-il constituer un ferment d’unité, de cohésion et de développement dans un monde en constante évolution ? Il me semble que cette question centrale a été éludée. Pouvait-il en être autrement ?
Cependant, dans ce tumulte dominé par une ritualisation souvent appauvrissante, l’insistance sur la mise en place d’un centre de dialogue entre les schismes me semble esquisser une autre voie et témoigner d’une prise de conscience accrue de la balkanisation du monde musulman et des difficultés d’adaptation aux exigences de la modernité.
En effet, depuis la nuit des temps, l’Islam comme toutes ces grandes religions, est traversé par de profonds schismes dont le plus grand et le plus important est celui qui oppose Sunnites et Chiites depuis l’an 680. Mais il n’est pas le seul. Les voies, les similis référentiels de tous ordres fruits d’une exégèse du coran, de la jurisprudence, des hadiths, de la sunna compartimentent la pensée islamique et divisent profondément les sociétés et pays musulmans.
A l’intérieur du courant sunnite largement majoritaire, on retrouve les Hanafites, les Malékites, les Chaféites, les Hanbalites et les Wahhabites. Les croyants sont restés dans la lignée et en cohérence avec la voie des Kkoulafa Rachid Un.
Sur l’autre versant majeur, le Chiisme lui-même, soit à peu près 10% des musulmans, est fragmenté en Imamite ou duodécimain, Zaydite, Ismaéliens et le kharidjisme avec les Ibadites et les Mozabites. Cependant ils constituent la majorité en Irak, en Iran et dans les régions orientales de l’Arabie Saoudite, territoires les plus fournis en pétrole.
Cette principale faille qui fait que deux entités musulmanes irréductibles s’écartent l’une de l’autre a engendré un autre type de rapport de dominants (Sunnites) à dominés (Chiites). Seule la Syrie fait exception dans la mesure où c’est la minorité Alaouite qui régente ce pays majoritairement sunnite. Cette situation injuste a conduit à un véritable mépris y compris pour certaines pratiques des Chiites dont la plus symbolique est l’auto-flagellation consentie par les Chiites à l’occasion de l’Ashura. Elle est considérée par les Sunnites comme une survivance du paganisme.
Treize siècles durant, persécutions, assassinats de masse, meurtres ciblés furent le lot récurrent des Chiites en terre d’islam sunnite. L’Ex dictateur Saddam Hussein se singularisera par trois éléments : l’assassinat d’un Ayatollah très respecté père de Mogtada Sadr, l’instauration d’un Etat laïc et la guerre contre l’Iran après la révolution de Khomeiny.
La guerre meurtrière Iran/Irak bouleversa le rapport de forces au niveau sous régional. Elle aura été une guerre religieuse des Sunnites contre les Chiites mais aussi des arabes contre les Perses et de l’Occident contre l’instauration d’un régime théocratique. C’est dire qu’il faut bien plus qu’une louable intention et un hypothétique centre de dialogue pour transcender les schismes qui sont liés à la nature, à l’histoire de l’islam et à l’interprétation des référentiels théologiques. Guerres fratricides et déchirements tragiques marquèrent toute l’histoire de l’Islam après la mort du Prophète en 632 et depuis la Grande Discorde en 656 jusqu’à nos jours. Aux facteurs religieux s’ajoute un vecteur qui doit être essentialisé à savoir la domination historique des arabes et leur propension actuelle à pérenniser ce leadership.
Aujourd’hui encore on retrouve les mêmes contradictions latentes ou éruptives symbolisées par la guerre larvée entre le duopole sunnite qataro-saoudien d’une part, l’Iran et la Syrie et leurs alliés du Hezbollah d’autre part. Toutes les turbulences aux raisons certes multiples, structurelles et convergentes, au niveau du monde musulman et arabe, expriment, d’une manière ou d’une autre, cette profonde inimitié et restituent la nature des divergences de fond inter et intra musulmans.
Par ailleurs, nous savons que le débat aussi complexe que sensible sur la question de l’islam et de la modernité traverse tous les pans des sociétés musulmanes et crée un autre schisme émergent autrement plus compliqué. Celui-ci est associé bien sûr à l’islam et à son histoire en tant que système de représentation du monde mais surtout en tant que déterminant d’un mode de vie. Cette dernière dimension différencie l’islam des autres religions et suscite interrogations des occidentaux religieux ou pas.
Nous savons que le fait religieux en Occident a connu une décrue sans précédent. La libération de l’individu et de l’Etat ainsi que les sciences et techniques ont cantonné la religion au statut de piété personnelle. Plus généralement ce qu’on appelle le siècle des lumières aura achevé l’évanescence de l’orthodoxie religieuse. L’âge d’or de Platon où le progrès est un simple pis-aller aura été pulvérisé.
En effet, le siècle des Lumières qui est la suite logique de la naissance du moderne avec notamment la Renaissance, la Réforme et la Révolution scientifique désigne, dans la perspective de cet article, un idéal philosophique fondé sur la raison et la croyance dans le progrès. On observa alors l’apparition du rationalisme (Descartes et Newton) et l’universalité de la raison.
Au niveau du monde musulman, on a connu une autre évolution marquée par la persistance du fait religieux qui connait depuis des décennies une résurgence en force et une intrusion notoire dans le champ politique et social. C’est le fond de la crise qui secoue le mode musulman.
En effet, la question centrale se pose en termes d’évolution de l’islam dans un monde moderne où les conquêtes scientifiques et technologiques et la diffusion du savoir libèrent les musulmans et, in fine, le pouvoir temporel. Même si la rédemption par la religion s’exprime encore à travers les agissements de certains groupes extrémistes et reste présente dans l’imaginaire médiéval elle disparaitrait à terme.
Aujourd’hui on observe de lentes mutations qui vont dans le sens de l’ancrage des universels humains et de la diffusion des idées de justice, d’équité, de liberté et de démocratie. C’est une tendance lourde. Tôt ou tard elle emportera sur son passage les systèmes actuels bâtis sur l’arbitraire.
Elle enfantera de nouveaux cadres d’organisation à rebours de toutes les idées rétrogrades et tout errement doctrinal et religieux. Nous devrions, nous musulmans, affronter ces faits sans tabou. Il y va de notre destin collectif. La démagogie et les biais ont souvent pris le dessus sur la raison.

Source:Mohamed Salem MERZOUG

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