Sortir de la crise : Les scénarios possibles

Le chef de file de l’Alliance populaire progressiste (APP), qui vient de convenir d’une nouvelle coalition avec les partis Al Wiam et Sawab, n’a pas hésité, lors de son discours d’ouverture de la nouvelle session parlementaire de voir dans le nouveau cri de mobilisation de la COD,  » Aziz dégage « , scandé quasi quotidiennement par des manifestants et écrit sur de nombreux murs et bâtiments de la capitale Nouakchott, un appel à la rébellion et à la violence politique. Les députés de la COD qui se sont retirés de l’hémicycle en guise de protestation, ont fini de voir, en le président de l’Assemblée nationale et son parti non plus un troisième terme de la crise politique en Mauritanie mais une sorte d’accointance avec le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, oubliant, du coup, qu’il y a moins de vingt-quatre heures, Messaoud Ould Boulkheir, Boidiel Ould Houmeid et Abdesselam Ould Horma avaient officialisé leur alliance en transformant leur statut d’opposition  » dialoguiste  » (ou participationniste) en une Convention pour l’Alternance Pacifique (CAP). Et que, en même temps qu’ils accusaient la COD de dangereuses dérives visant à arriver au pouvoir par n’importe quel moyen, leurs anciens compagnons d’armes – et d’infortune dans toutes les élections qui se sont déroulées depuis la chute de Taya – n’ont nullement ménagé le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce qu’il faut comprendre, à travers les différents aspects de la crise politique qui secoue la Mauritanie depuis l’arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz (par une  » Rectification  » transformée par la suite en élection avec plus de 52%), c’est que la volonté de la COD de mettre fin au mandat de ce président se présente comme un éternel recommencement : départ (par élection ou putsch, élection, contestation, crise, etc). Un cercle vicieux que d’aucuns mettent sur le compte de l’immixtion de l’armée dans la politique, il y a plus de trois décennies. C’est le  » péché originel  » dont il faut se laver définitivement, en donnant à l’armée le rôle qui est le sien. Parce que, qu’on dise, le fait même que tous les présidents qui se sont succédé depuis 1978 soient issus de ses rangs (ou  » managés  » par elle) fait douter de la nature même de la démocratie qu’on présente à la face du monde. Une sorte d’avatar qui fait qu’on soit encore loin du  » modèle  » qui permet à des pays, qui ont fait un long chemin avant d’arriver à la forme achevée de ce mode de gouvernement, de se donner en exemple de bonne conduite. L’alternance pacifique à laquelle appelle la CAP ne peut être le fruit d’un hasard. Il faut d’abord qu’elle se prépare à partir d’un  » lavage  » à chaude eau de cette scène politique dont les acteurs principaux ont été pratiquement de tous les régimes. Des pouvoirs qui, à part celui de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi – et encore – avaient à leur tête des officiers supérieurs en activité ou ayant choisi de ranger au placard leurs uniformes (Taya, Aziz) tout en restant des militaires dans l’âme. Changer radicalement La crise actuelle ne peut finir, selon bon nombre d’observateurs, comme s’est achevée celle qui l’a précédée en août 2008. Avec un compromis. Ce sera alors l’erreur de trop qui ne permettra plus alors d’éviter les risques inhérents à une déflagration provenant d’une accumulation de vexations, d’attentes déçues et de mauvais parcours. On retomberait dans les mêmes travers de la démocratie  » imparfaite  » si l’on accepte un autre coup d’Etat contre le président actuel. Même avec tous les défauts du monde, il faut accepter, comme le dit si bien le président de l’Assemblée nationale qu’Aziz finisse un mandat déjà bien entamé. Alors à ceux qui disent qu’il est désormais désavoué par le peuple de travailler pour qu’il parte comme les Sénégalais l’ont fait avec Wade. Pour cela, il faut œuvrer, avec fermeté, à ce que les prochaines élections (municipales, législatives et présidentielles) soient les plus transparentes possibles. Que l’opposition qui réclame le départ d’Aziz ne commette pas la même erreur qu’en 2009, en se lançant, tête baissée, dans une élection présidentielle que l’occupant des lieux ne pouvait aucunement perdre. Même quand il a donné de  » sérieuses  » garanties à ses adversaires politiques (Intérieur, Défense, Finances, Communication), Aziz avait en toute vraisemblance déjà préparé son troisième  » coup  » : vaincre à la régulière une opposition dont le principal défaut était la naïveté. C’est pour dire que l’essentiel maintenant ce n’est pas de répéter à l’infini ce slogan désobligeant pour la démocratie ( » Aziz dégage « ) mais de faire en sorte que ce qui a conduit à des situations de doute et d’incertitudes politiques, à cause, justement, des erreurs commises par les uns et les autres, ne soit plus possible. Que l’on accepte plus des compromissions avec d’éventuels putschistes (l’amendement voté par les parlementaires ne protège pas contre un éventuel coup d’Etat), que l’on ne se précipite pas dans une élection sans être sûre que sa transparence est garantie. Mais il reste essentiel, pour tous, que les principes priment sur les ambitions. Sans cela, notre démocratie sera toujours un éternel recommencement.

Sneiba Mohamed.

Source:lauthentique

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge