SOUVENIRS SCOLAIRES (suite)

Oies Diawling

MOKHTAR O/ SIDI O/ NECHE:

L’ homme qui marqua positivement le destin du village de BIRETTE , était MOKHTAR O/ SIDI O/NECHE d’une taille moyenne ,honnete ,véridique ,il aimait le courage et haissait tout ce qui pouvait porter atteinte à l’honneur du village ou aux jeunes .Il détestait les bassesses et les dénonçait :issu du serail noble de OULAD AYED ,il fut le principal sinon l’unique artisan et défenseur inconditionnel de la scolarisation de notre génération :il fut l’initiateur coriace et persévérant de notre expédition historique et légendaire à HSEYE EL MAHSAR (MEDERDRA ) en 1971-72 pour pouvoir continuer nos etudes .Certains égoistes détracteurs voulaient à tout prix saborder notre avenir et celui du village .Ceux qui se rappellent de lui, ils sont légion ,se souviennent de son sens aigu des relations humaines et le don de soi dont il faisait montre .Fidèle en amitié comme dans la vie tout court ,il incarnait le dévouement et le sacrifice pour une cité meilleure où il fait bon vivre .D ‘un contact facile ,il se caractérisait par une ouverture d’esprit sans reproche.
Aimant la discussion avec les jeunes ,il se complait dans leur compagnie . Sociable ,il était respectueux et respecté de tous, jeunes et anciens ,il constituait une référence de sagesse africaine .Notre génération lui doit tout .
Le dernier soir au centre de Mederdra où chaque groupe d’élèves des écoles environnantes avait son bivouac à part, nous, nous étions réunis autour d’un thé.
Les dernières nouvelles faisaient état d’une épidémie de cholera qui faisait rage dans la campagne autour de Mederdra, quand, vers vingt et une heures, un homme assez age s’approcha de notre tanière, épuise, amorphe, habillé en loques, pour demander pensions –nous l’aumône, salua poliment comme pour s’excuser du dérangement, il s’identifia en se présentant.
Entre deux souffles, il nous raconta qu’il avait fait le tour de la ville de Mederdra depuis le crépuscule pour chercher des volontaires afin de l’aider à accompagner celui qui était son fils à sa dernière demeure, mais en vain.

Cette nuit, l’obscurité a Mederdra n’était pas celle qu’on connaissait .Elle était opaque, vivante, obstructive, visqueuse, infecte, fuyante, féline, félonne ; le cholera n’était pas étranger a cela, il était la, devant nos yeux, entre nos murs, parmi nous, dans notre bivouac qui guette sa proie dont la mort imminente était irréversible.
En entendant le récit du vieux, tout le groupe se mit debout comme mu par un ressort géant, compatissant à sa douleur de fils d’Adam.
Nous désertâmes les lieux, ne laissant pas de garde –bivouac .Nous n’avions pas d’or à surveiller! Le soin le plus parfait fut accordé à la purification du corps du défunt héritier. Le linceul, le parfum, le coton, le savon et tous les accessoires étaient là, apportés par les uns et les autres dans un élan de solidarité sans précèdent.
A l’issue de l’enterrement, nous avions réconforté le vieux par des hadiths à propos de la perte d’un être aimé, ensuite nous lui avions présenté nos condoléances les plus sincères.Tout au long du trajet à l’aller comme au retour, avant, au cours et après l’enterrement, le vieux ne cessait d’implorer ALLAH à haute voix pour faire descendre sur nous tous les bienfaits de Sa miséricorde ,de la réussite dans la vie ,de longévité, de paix ,de bonheur parfait dans l’au-delà . Toutes les précautions d’hygiène individuelle et collective ont été systématiquement appliquées par le groupe avant le retour au bivouac.
Extenués mais heureux d’avoir porté assistance à un frère venu de la lointaine brousse de Iguidi.
Nous continuâmes à deviser jusqu’à tard dans la nuit ,en ayant de temps en temps une pensée aux défis qui nous attendent le lendemain et au sort qu’ALLAH réserverait à ce vieil homme démuni ,sur une terre hostile, entre des hommes indifférents et inhumains .
A l’aube du jour du concours Hamar lança l’appel invitant les musulmans a la prière du matin .Apres avoir fait soigneusement nos ablutions, nous exécutâmes l’obligation sacrée de la prière. Ce fut ensuite le petit déjeuner qu’une dame, a l’age avance, avec une barbiche rebelle sur la joue gauche, nous présenta :constitue de pain et de lait tiède. Lemlih confectionna une théière rapide, grand amateur de thé qu’il était. Ce fut ensuite la vérification du materiel nécessaire à l’examen, surtout les stylos bleus qui seront très sollicites trois jours durant, particulièrement lors de l’épreuve reine à l’époque : la dictée.

Au son de la cloche ,les candidats se dirigèrent vers leurs classes respectives .Mohamed FALL TAIVOUR ,Président de la commission tenait les listes et lisait de sa voix de ténor pour permettre à chacun de bien saisir son nom .Lorsque revint l’ordre à l’intérieur des classes ,débuta la dictée par une lecture préliminaire.Dès la première lecture ,toutes les astuces et tous les pièges étaient décelés d’avance par les vrais connaisseurs à l’ouie entraînée et mille fois éprouvée .Ce qui fait la force du combattant c’est sa connaissance du terrain ,la place de l’objectif et l’effet majeur recherché .Cela s’acquiert par l’expérience ,la pratique des exercices tactiques en ambiance de combat .
A la sortie, vers dix heures, un de mes anciens enseignants à N’diago, DICKO que j’avais rencontré avant les épreuves pour l’affaire de Baye, me donna la copie de la dictée en souriant :< > me dit-il.
Notre groupe s’était rassemblé autour de l’Imam pour constater tous qu’ils n’avaient pas commis de faute! Ce fut le même constat heureux pour les autres matières tout au long des trois journées.C’etait facile comme du thé à boire!

Le cholera faisait des ravages à Mederdra et sa banlieue .Le lazaret était rempli de fond en comble .Le vent des vacances souffle sur la ville et dans les esprits laborieux des élèves à la fin des épreuves du concours .

Il y avait cette année-là pour le centre de Mederdra un effectif de 72 candidats au concours. L’examen terminé, nous avions loué un véhicule modèle *unimog* qui nous déposa vers 11heures à Ligwerbatt. A Rosso nous rencontrâmes notre brave enseignant qui venait d’un autre centre d’examen vers R’kiz.Il nous demanda un compte rendu détaille sur le déroulement des épreuves et nous demanda aussi nos chances de réussite.Tout lui fut relaté, sans oublier le cas de notre ami Baye .Emus jusqu’à la moelle nous primes conge les uns des autres après avoir fait des adieux pathétiques à celui qui, par la grâce d’ALLAH, fut notre sauveur. La séparation avait un goût d’amertume mêlée à un sentiment qu’on n’arrivait pas à déterminer, ni définir, tant l’instant était solennel, grave, saisissant, ankylosant .C’est le cœur serré et les yeux lourds de larmes que l’une des plus belles pages de notre existence vient de se tourner.

MOHAMED O/AGHNEIB,notre Directeur d’ecole:

Il était plus qu’un éducateur, plus qu’un protecteur ou formateur, il était pour nous tous un frère, un confident et un ami à la fois. C’était un homme d’une grande taille, chauve avec une démarche rythmée, s’exprimait rapidement par saccades, mais avec clarté ; il maniait le français avec aisance, il avait un regard perçant, un front dégagé, un nez fin et pointu tel un bec d’aigle ; il était organisé, méthodique avec un sens élevé de la pédagogie. Il était psychologue doublé d’un sociologue.Il avait un souci, le seul souci permanent, constant, celui de voir ses élèves réussir ; il les motivait incessamment, créait l’émulation positive.C’était un homme rigoureux, exigeant mais indulgent, coopératif et compréhensif .Il était disponible, ouvert au dialogue et aimait le consensus qu’il recommandait à ses élèves et l’entretenait en leur sein .Intransigeant,il exigeait le respect des engagements pris .Il se sacrifiait pour ses élèves et leur servait de modèle.Fidèle ,juste et véridique .Il avait un sens élevé de la déontologie ,cultivait l’excellence et la perfectionnait dans le mental de ses élèves .C’était un homme vertueux et développait les qualités de sagesse à travers ses protégés .D’une grande capacité humoristique ,il distillait à ses élèves d’inépuisables connaissances avec adresse et facilité . Il fut pour nous le maître modèle par excellence.

Il était modeste, courtois et sociable, endurant, sobre et se consacrait à sa mission avec cœur. Il fut intraitable sur les questions relevant de l’avenir scolaire de ses *princes*, surnom qu’il affectionnait quand il s’adressait à nous .Bienveillant, attentif à toutes doléances .C’était un homme d’une rare éthique .En un mot il fut l’homme providentiel : le Sauveur.

Le Grand Suspense …des admissions .

A l’époque les résultats passaient à travers les ondes de *Radio Mauritanie *.Lorsque le speaker annonça la nouvelle des résultats qui seront publiés à 18 heures 30mn en français, la vie s’était brusquement arrêtée au village. L’oxygène s’était raréfié .Seules quelques rares vagues du bras du fleuve Sénégal où se mirait le village pour faire sa toilette, continuaient sans relâche leurs incessants flux et reflux.On entendait le bruit du silence qui était maître des lieux. Des hirondelles retardataires regagnaient leur refuge dans les toits des maisons et sur les arbres luxuriants de Birette, attendant, inquietes, le sort qui serait réserve a la pépinière juvénile de ce beau village. Des nuages sombres s’accumulaient vers l’Est annonçant le début d’un hivernage précoce .Le soleil déclinait à l’Ouest, caché sous les feuillages de la végétation, de crainte de témoigner de la gravité de l’instant. Le cœur des parents d’élèves (les vrais parents) telle une locomotive en rupture de combustibles, battait irrégulièrement (avec des rattements chroniques). Le visage livide, les regards blafards, anxieux, les élèves de Hseye Mahsar attendaient la sentence.
Heureux était en ce moment sublime, celui qui pouvait, serein, respirer à pleins poumons, remuer la langue pour dire n’importe quoi, cligner les paupières pour changer de point focal et regarder autre chose que le vide.

Après un match de football joué jusqu’aux dernières heures de la soirée, je prenais un bain dans *Diagoub-rey* avec son eau qui conserve encore la tiédeur des derniers rayons du soleil du jour finissant. Des attroupements se constituaient autour des foyers possédant des récepteurs bien règlés pour distinguer avec clarté la prononciation des noms des admis au concours, si admis il y aura.
Après m’être soigneusement sèché, je peignais nonchalamment ma chevelure en formant des ondulations chères à mon ami Baye. Debout devant la véranda de notre maison qui faisait face au bras du fleuve, ma mère m’interpella en vue de faire vite et pour ne pas rater le début de la liste (comme si elle pressentait que je serais en haut de la liste) des admis. Pour la satisfaire, cette digne mère douce et affectueuse, à qui je dois tout! La syntaxe s’excusera en même temps que moi devant notre incapacité de qualifier cette mère –vertus aux mille et une qualités! Je fis une foulee de 100 mètres pour rejoindre notre demeure .J’avais comme une intuition dictée `par mon expérience d’ancien combattant, d’être parmi les admis .Mais je ne laissais rien paraître a travers ma conduite quant a ma possible admission. Je participais à ma manière à l’attente collective teinte d’angoisse indicible et de suspense.
Dans mon for intérieur, il y avait comme une joie en sourdine, latente, en filigrane que je maîtrisais pour ne pas la laisser éclater au grand jour .J’avais une conviction, une espèce de vision ou une illumination intérieure que la pratique assidue et constante de la méditation solitaire me procurait.

Mon souci majeur, ma préoccupation se focalisait sur le sort de mes compagnons de route .Nous sommes parvenus à cet idéal où chacun pensait à tous et vice-versa : la parfaite symbiose. Des signes particuliers servaient de système de liaison entre nos cœurs et nos esprits et cela, grâce a ALLAH, a notre attachement à l’Islam et aux enseignements de notre brave maître. Nous avions un langage qui nous était spécifique par le biais duquel nous communiquions entre nous sans que les autres s’en rendaient compte.
Des liens solides, inaltérables nous soudaient les uns aux autres .Les épreuves vécues ensemble, les privations, l’éloignement et la communauté de destin avaient tisse de main d’orfèvre cette grille d’intimes relations

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