Sport: Mort d’Albert Ebossé au stade de Tizi Ouzou : Faillite mortelle

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La fédération, qui a initié le professionnalisme, n’a pas observé toutes les règles, surtout celles liées à la sécurité dans les installations sportives des clubs pompeusement gratifiés de l’étiquette «professionnels».

La tragédie de Tizi Ouzou est venue cruellement mettre à nu la faillite du football algérien en matière de sécurité dans nos stades. Samedi, les limites de la faillite dans le domaine de l’organisation et de la gestion des compétitions sportives ont franchi les frontières de l’inacceptable avec pour conséquences le tragique décès d’un footballeur professionnel, Ebossé le joueur de la JS Kabylie, au moment où il rejoignait le vestiaire en fin de partie.

Sur l’aire qui sépare le terrain des vestiaires, il a reçu un projectile sur la tête. Un accident mortel. Cet acte tragique, avec de terribles conséquences, est loin d’être un fait isolé. Il était même prévisible pour tous ceux qui suivent de près l’évolution lamentable du football algérien depuis au moins deux décades. C’est-à-dire depuis l’apparition du phénomène de la violence dans les stades. Le drame de Tizi Ouzou traduit la faillite des politiques menées dans ce domaine par plusieurs acteurs structurés et non structurés.

Que de temps, d’énergie, d’argent perdus et engloutis par des apprentis sorciers qui n ont strictement rien à voir avec le football, qui se sont appropriés des prérogatives qu ils étaient incapables d’assumer et qu’on a laissé faire dans ce qui apparaît aujourd’hui comme une véritable entreprise criminelle qui fauche sans distinction supporters et joueurs. Il y a quelques mois,  deux jeunes supporters ont perdu la vie au stade du 5 Juillet où ils   suivaient le derby algérois USma-McA.

Mourir dans un stade est une menace qui guette tous les acteurs du football en Algérie. Pour ne pas avoir assez anticipé sur ce type de situation, les différents acteurs et partenaires du football se partagent la responsabilité de la tragédie survenue samedi. La Fédération, la Ligue, le club (jsk), la direction du stade, le service d’ordre, chacun à son niveau porte une responsabilité dans ce qui est arrivé. La fédération, qui a initié le professionnalisme, n’a pas observé toutes les règles, surtout celles liées à la sécurité dans les installations sportives des clubs pompeusement gratifiés de l’étiquette «professionnels».

En effet, n’est-il pas spécifié dans le cahier des charges des clubs pros que ces derniers doivent se doter d’installations de caméras de surveillance pour contrôler tous les mouvements des supporters dans les stades ? Que dire des places numérotées, de l’installation d’organes chargés d’orienter les supporters, c est-à-dire des stadiers, sans oublier le directeur chargé de la sécurité. Tout cela est contenu dans le cahier des charges du professionnalisme. Tout a été laissé en jachère. La Ligue de football professionnel a-t-elle un jour pris la mesure de l’ampleur de ses responsabilités en matière de sécurité de ses compétitions ? Pas si sûr ! Chaque jour de compétition allongeait la liste des incidents.

Laxisme et bricolage

A terme, elle ne contrôlait plus rien et se contentait tout juste de programmer des compétitions dans des installations sportives dénuées de tout confort (un luxe) et sécurité (un droit et un devoir). Le laxisme a toujours été la posologie préconisée face à la montée régulière et constante des périls. Au lieu d’être le fer de lance dans la lutte contre la violence dans les stades, à l’instar des instances et organes dans les autres pays, en Algérie, la Ligue de football professionnel a totalement abandonné ses prérogatives en la matière au profit d’autres parties qui ne manquent pas de la pointer du doigt au lendemain du drame de Tizi Ouzou.

A-t- elle pris toutes les mesures liées à la sécurité et le déroulement de ses compétitions à travers sa commission d’homologation des stades ? L’enquête le dira. Sur ce chapitre précis, beaucoup de choses peuvent être dites, comme les homologations de complaisance, les passe-droits accordés à quelques individus et clubs, les sanctions à la carte et à la tête du client qui exacerbent le chauvinisme et favorisent la montée de la violence.

Un exemple pour illustrer ces propos : la saison dernière, un dirigeant au statut récent, en colère contre l’arbitre après la défaite de son équipe, s’est pointé devant le vestiaire des hommes en noir et a proféré des insultes et des menaces à l’endroit de l’arbitre de premier rang.
Le délégué a tenté d’interférer et a été expulsé manu militari des lieux par des accompagnateurs du dirigeant. Le délégué a rédigé un rapport sur l’incident, qui, malheureusement, n’a pas eu de suite tout simplement parce que l’arbitre n’a pas signalé l’incident et que le rapport du délégué a fini sa trajectoire dans la poubelle.

Le service d’ordre peut-il être exempté de l’accident mortel qui a coûté la vie à Ebossé ? Sur la question de sa responsabilité dans ce type d’événement, on ne peut pas l’absoudre totalement dans la mesure où elle revendique la totale prise en charge de ce volet lors de manifestations sportives et plus particulièrement celles qui drainent les foules. La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) doit se rendre à l’évidence et admettre que les politiques et actions qu’elle a menées dans ce domaine pour éradiquer le phénomène de la violence dans les stades ont lamentablement échoué sur le terrain. Les statistiques dont elle se gargarise comme des trophées dans la lutte contre ce fléau n’ont jamais traduit la réalité du terrain. S’il faut une preuve c’est bien la mort d’Ebossé.

Comment est-il possible que des cailloux et autres objets contondants puissent être à portée de main des semeurs de terreur et de mort dans les stades ? Le pire est peut-être à venir. Qui un jour aurait pensé qu’un footballeur de rang laisserait sa vie sur un terrain ou un stade algériens ? Dans les prochaines heures, des états-majors vont se mettre en branle qui pour se dédouaner de ce qui est arrivé, qui pour perpétuer le statu quo. C’est justement ce qu il ne faut plus accepter après la mort du jeune Camerounais. La violence dans les stades est une affaire trop sérieuse pour être abandonnée aux charlatans de tout poil. L’Algérie peut quand même faire l’économie d’une autre «aventure» qui a fini par faire d’elle et de son football la risée dans le monde.

Yazid Ouahib du journal Al Watan d’Alégrie

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