Supermaché Atac : tout ça pour ça…

nouvelles-images-humour-loup-faim-imgCela part d’une bonne idée et d’un réel besoin en Mauritanie où le consommateur aisé ou juste de la classe moyenne a soif de fraîcheur des produits et sûreté de la marque. Ce consommateur a faim de produits de bonne qualité made in Nord. Il y a un vrai petit marché pour cela car les pauvres bourgeois de Nouakchott souffrent, ils se font racketter dans des épiceries où on leur vend des produits dont la date limite de péremption est limite voire consommée…

Galerie Tata faisait venir ainsi tout un stock de fromages divers mais à consommer entre le rayon et la caisse de peur de dépasser la date de péremption depuis longtemps en route. Depuis, Galerie Tata a laissé tomber ce rayon pour se focaliser sur quelques Gouda plus résistants qu’on vend par tranche comme ailleurs dans d’autres épiceries fines. Reste qu’on trouve encore aux rayons couverts, un lot de très charmants plats aux motifs grecs discrets mais avec derrière la mention «  non pour l’alimentation, assiette de décoration » certainement à cause de la toxicité de la peinture. Malheur aux arabisants !

Au milieu de produits pour les pauvres européens,  vendus aux mauritaniens aisés comme la marque espagnole « Dia » qui fait la fortune du précieux Mauricenter, on trouve parfois des choses étonnantes comme des confitures de maîtres confituriers à la cuisson en chaudron de cuivre ! On trouve ça au « bon prix » avec une excellente DLP pour ici à savoir décembre prochain…

Pour revenir à Atac, on y va donc certain que cette fois, on y trouvera des produits qui vont obliger le reste de nos épiceries de luxe à faire moins dans l’attrape-nigaud. J’ai discuté le jour de l’ouverture avec un français qui s’occupait de régler les caisses. A la seconde où j’ai croisé son regard, j’ai compris que ce n’était non seulement pas un toubab d’ici mais qu’il devait certainement mettre les pieds pour la première fois en Afrique. Il avait le regard d’un gentil monsieur qui n’arrête pas de tomber des nues. Il n’en revenait pas tout simplement. Il était là pour quelques jours et ce qui l’a choqué c’est de voir que certains achetaient les yaourts par exemple au détail. Il fallait donc reconfigurer tout l’étiquetage. Il a jugé l’inauguration « pittoresque » même s’il a été agréablement surpris du nombre de visiteurs alimentés par le bouche à oreille. Le fameux téléphone arabe…

On a bavardé et je l’ai félicité comme s’il était le patron pour cette initiative formidable car c’est un marché porteur : trouver dans le même espace un mix entre la boutique couscous et la quincaillerie libanaise. Ainsi pouvait-on y trouver à un prix honnête tout un assortiment de Tefal introuvable ailleurs et autres petites choses notamment des bricoles pas indispensables mais très utiles. Je lui ai donc parlé du problème que nous avons avec la date limite de consommation. Ce à quoi il a répondu qu’ici tout est aux normes européennes.

Je n’ai pas cherché à en savoir plus et je suis parti avec mes bricoles.

Aujourd’hui du retour du Ksar, je me suis perdu en moto et j’ai atterri sur la route du supermarché après force zigzags dunaires. Là, j’ai fait comme certains qui ont ce temps-là car il faut bien de temps en temps prendre le temps du superflu sinon c’est pas une vie. Je décide donc de m’arrêter pour voir ce qu’il y avait de neuf depuis l’inauguration. C’est aussi l’occasion de prendre l’air frais car le supermarché sert aussi à se balader, flâner.

C’est ainsi qu’à l’inauguration j’ai fait là les cent pas avec un artiste peintre qui se promenait aussi pour voir un peu d’Europe, un peu de rayon frais, un peu comme ceux qui découvrent le goudron s’en servent pour une promenade à pied. Nous avons d’ailleurs négocié un petit tableau qui fut payé sinon en filets de sardines parfaitement disponibles en rayon, du moins réglé en bonne et due forme mais à un prix symbolique celui de la transaction en milieu non homologué où la tentation d’acheter permet quelques facilités dans la négociation. En un mot, il m’a donné un tableau et je lui ai donné de quoi se promener sans prendre les produits pour un tableau inaccessible.

Aujourd’hui, j’avais tout loisir de vérifier les dates de péremption. J’avoue avoir été déçu de découvrir au rayon biscuit, un lot sur les 5 pris au hasard avec une date limite qui n’excède pas un mois. Je voulais prendre en photo mais cela allait peut-être m’attirer le regard d’un parano du coin vu que j’avais déjà à mes trousses un agent de sécurité ou deux qui me suivaient de façon assez discrète par rapport à ce qu’on trouve dans les supermarchés de province en France. Il faut dire qu’ici nous étions entre arabes, le bénéfice du doute étant à priori de meilleure facture.

Ils me suivaient dans les rayons car je flânais en effet avec ma dégaine débraillée,  chaussures noires grises de poussière, barbe blanche, lunettes de soleil, jean délavé, mon tee-shirt et mon éternelle chemise d’étudiant. Ainsi je ressemble à un chef plombier ou électricien qui vient se faire plaisir entre deux dépannages à tevrag-zeina. J’avoue que c’est un plaisir de faire marcher des gaillards de la sécurité qui croient reconnaître en moi un voleur patenté et parfaitement tenté jusqu’à ce qu’une caissière me reconnaisse avec un grand sourire qui dispersa les gaillards à mon grand regret.

Après ces biscuits dont la date était limite, à peine un mois sans être au rayon promo, j’ai regardé ailleurs les produits qui ne souffrent pas d’approcher ce genre de perspective sans faire souffrir le palais averti. Ainsi, les sachets de noix de cajou et autres à éviter car avec une telle date ce n’est plus croquant, tout est mollasson. On trouve même une excellente huile espagnole à avaler avant un mois et vendue à plus de 3000 un la bouteille placée en bas de rayon ce qui prouve tout de même un certain scrupule de la maison.

Mais le reste des biscuits est consommable pour certains jusqu’en 2016.

Le rayon fromage est maigre, ce qui est décevant pour une enseigne du pays aux 350 sortes de fromage. J’ai pris un petit camembert  « paysan breton » sans me rendre compte que c’est un produit pour l’export. On le voit à l’emballage. Se méfier des fromages avec mille langues étrangères ! Insipide…

Atac peut donc mieux faire. Attention à ne pas nous refourguer des produits invendables en Europe comme font d’autres sinon le bouche à oreille détruira un élan prometteur dans un secteur qui mérite plus de respect du consommateur.

En fait, ce qui fit saliver certains d’un coup d’oeil, c’est le rayon « surgelés ». Le rêve ! En France, le rêve c’est nos patates fraîches, ici les petits bourgeois veulent du congelé. Ainsi va le monde, les blancs veulent bronzer, les noirs blanchir, les uns se frisent les cheveux, les autres les défrisent. Il en va de même pour les produits, les uns en ont marre du frais, les autres se plaignent du tout congelé.

A quand un Picard à Nouakchott ? C’est le jackpot assuré…

Source : Vlane

 

 

 

 

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