Système éducatif mauritanien : Au secours!

Système éducatif mauritanienEn 1999, la Mauritanie réformait son système éducatif pour la sixième fois de son histoire après les réformes de 1959, 1967, 1973, 1979 et 1984. Seize ans après, quid de l’Approche Par les Compétences (APC) dont on nous a tant rebattu les oreilles?
Le système éducatif mauritanien d’avant 1999 était bicéphale. D’un côté la filière arabe et de l’autre la filière française. La première était représentée essentiellement par la composante arabophone du pays(les Maures) et la seconde, appelée « filière bilingue », fréquentée majoritairement par la composante francophone(les Négro-mauritaniens).
Cette situation flagrante de cloisonnement social dans le primaire et le secondaire n’était pas la meilleure des options certes, notamment pour la consolidation de l’unité nationale, mais elle avait, au moins, le mérite de refléter la logique des choses quant au résultat. En effet, si l’on disait que tel était arabisant il s’avérait qu’il était bien ou relativement bien en arabe.
Et si l’on disait de tel autre qu’il était francisant ou si vous voulez « bilingue » selon le qualificatif officiel d’alors, on ne se faisait pas de doute sur sa maîtrise parfaite ou relative de la langue de Molière.
Ce n’est pas couvrir de fleurs l’ancien système, loin s’en faut. Il y a eu toujours de bons et de mauvais élèves et il y en aura toujours. Cependant je voudrais seule-ment attirer l’attention de la communauté nationale sur une situation qui, bien que très alarmante, ne semble pas inquiéter, outre mesure, les décideurs politiques de l’éducation.
On est même tenté de se demander si réellement ces derniers sont conscients du problème ou, tout au moins, s’ils sont animés par une volonté sincère d’y apporter les solutions idoines.
Théoriquement la réforme de1999 était bien intentionnée ; elle avait instauré les conditions d’un bilinguisme parfait mais, en pratique, si on fait le bilan aujourd’hui, on est loin du résultat escompté. L’ancien système perdure car, à quelques exceptions près, le français reste toujours la chasse gardée des Négro- mauritaniens et l’arabe celle des maures avec en plus une baisse de niveaux des uns et des autres dans chacune des langues.
Si l’on considère que depuis 1999-2000 tous les écoliers mauritaniens font le même cursus du primaire jusqu’au collège, apprennent également ces deux langues dans les mêmes classes, alors pourquoi cette situation ? Il y a incontestable une bonne dose de laxisme quelque part.
Un travail de diagnostic et de remédiation s’impose donc, illico presto! Mais en tant que professeur de français, mon attention s’est plus portée sur le niveau étonnamment lamentable de bon nombre de nos élèves en cette langue et particulièrement en série littéraire (5e A, 6e A, 7e A) où le français représente une matière de base. Donc une matière éliminatoire.
Que direz-vous alors d’un élève de la terminale A, candidat au bac et qui ne comprend pas le français ? Un élève qui ne connait pas les mots « roman », « théâtre », « poésie », « littérature », qui vous dit qu’il n’a jamais entendu parler de Sous l’orage, de L’enfant noire, pour ne citer que ces deux œuvres-là et qui, lorsque le professeur lui parle, est obligé de recourir à un interprète, un peu moins médiocre que lui, pour ensuite balbutier une réponse en langue maternelle ou en français plus qu’ approximatif.
Vous mesurerez dès lors l’énormité de la tâche du professeur de français qui, en plus de cette carence en culture littéraire, est appelé à expliquer les textes mot à mot car tous les mots sont difficiles ! Cela confirme seulement l’appellation de série-poubelle que d’aucuns utilisent pour désigner la série littéraire.
Alors jugez-en : ce candidat-là, à moins d’un coup de baguette magique, peut-il échapper à l’élimination en français où il est question de résumé suivi de discussion, de dissertation et de commentaire composé? En d’autres termes, peut-il réussir au bac à la régulière ? En tout cas s’il réussit, ce sera sans le français. Donc un bachelier arabisant pur jus. Et à ce rythme-là, nous nous acheminons fatalement d’ici quelques années vers une « pénurie » de professeurs de français.
Par ailleurs les matières scientifiques étant enseignées en français, nos élèves des séries D et C ont aussi besoin d’un bon niveau en cette langue au même titre que les autres pour mieux appréhender les cours de sciences naturelles, de physique et de ma-thématiques qui constituent la base de l’enseignement qui leur est dispensé.
Là aussi des mesures doivent être prises en vue d’améliorer les niveaux. Le français apparait ainsi comme une langue incontournable pour les uns comme pour les autres. Et à ce titre, des actions urgentes et adéquates doivent être engagées pour que la situation change.

Abou Dia, professeur de français au lycée Toujounine1 de Nouakchott

Source : Aboudiah Aboudiah

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge