Tanger, le «Dreamland» d’Afrique

55383900ce6511429747968Tanger est la seule ville d’Afrique qui constitue un point d’intersection entre la Méditerranée et l’Atlantique. C’est à partir de Tanger que débute le continent africain. Les pieds de Tanger forment l’extrémité de la lithosphère. Et à moins d’une heure de vol d’oiseau, commence un autre continent.

Tanger est aussi la fille du mythe grec, selon lequel deux dieux, en l’occurrence Atlas et Hercule, se prennent éternellement becs et ongles. Tanger est la terre sur laquelle l’Arche de Noé a accosté après une longue perdition à cause du grand Déluge. Son nom est la dérivation de deux mots: «Tin+ja’ (l’Agile est là)». Lorsque la colombe est revenue avec dans le bec une manette d’agile, pour prouver que la terre a absorbé toutes les eaux du déluge, les rescapés ont crié «Tin ja’ ! Tin ja’ !». Des cris qui portent un espoir à une nouvelle vie, après le Déluge.

Au fil du temps, Tanger a toujours porté cet espoir. Un espoir qui n’a cessé de se renouveler et attirer du monde venu de tous les coins de la planète. C’est ainsi que l’écrivain américain Paul Bowles l’a qualifié de «Dreamland», dans son merveilleux «Thé au Sahara». Bowles était venu à Tanger, à la recherche d’une créativité qu’il avait à exploser sur cette terre. Et sur cette terre, il a décidé de faire son éternel sommeil. Même son de cloche chez un autre écrivain: John Jennier.

Comme eux, l’écrivain et romancier espagnol, Juan Goytisolo a élu domicile dans la ville. Il fuit alors les potences du général Franco. Du port de la ville, l’écrivain observait les montagnes andalouses avec amertume…

Mohamed Choukri, venu des régions rurales marocaines, y a logé avec sa famille. Ils y sont installés pour une raison qu’il a lui-même décrite dans son roman «Pain sans goût». Choukri dit dans le premier passage dudit roman: «A Tanger, les gens mangent trois fois par jour». Le célèbre couturier français Yves Saint Laurent y a acheté une villa sur le mont de «la grande montagne». Il assiste chaque matin à l’embrassade entre l’Atlantique et la Méditerranée. Car, Tanger est «le paradis des innovateurs». Il panse les plaies, dont il est un baume plein de tendresse. Il fait oublier à tout venant sa tragédie. Il le conduit à vivre la mystification singulière de Tanger.

Tous les créateurs se sont servis des verres de thé à la menthe chez le café modeste et tranquille «El Hafa», le dernier café africain au nord du continent. A commencer par Paul Bowles, Tennessee Williams, le groupe musical anglais Beatles lors de ses années glorieuses, le groupe Rolling Stones, l’acteur Sean Connery… Ils ont tous dansé suivant un rythme que Tanger a défini. A l’époque, le vent de l’Occident soufflait sur l’Afrique.

Abdessalam Al Kadiry est un auteur marocain. Il a beaucoup enquêté sur les œuvres des grands écrivains admirés par Tanger. Il déclare: «Beaucoup d’écrivains sont passés par Tanger, notamment William Bauhaus, Truman Capote. La situation internationale de la ville aidait ; avec la cohabitation des différentes nationalités qui vivent à Tanger et qui fournissent à tout passant tout ce dont il a besoin pour vivre et écrire. Ce qui en témoigne Paul Bowles qui dit qu’il y a tout à Tanger. Et ça ne concerne pas seulement les écrivains occidentaux ; mais aussi des écrivains africains dont les plus célèbres sont Alain Mabanckou et Hogbé Aubody ».

Aujourd’hui, Tanger ne cesse d’inspirer les créateurs. Le plus récent est le journaliste espagnol Javier Valenzuela. Celui-ci a élu domicile à Tanger, durant 9 mois pour y rédiger son dernier roman intitulé «Tangerina», ou «Fille de Tanger». Valenzuela écrit à propos de son inspirateur Tanger: «Tanger est l’endroit idéal pour rédiger un roman, je trouve qu’il constitue une extension de la province de l’Andalousie, même s’il est incontestablement une ville africaine. C’est une ville ouverte et fautive. J’ai  connu la ville grâce à mes visites professionnelles et personnelles répétitives. C’est pour cela qu’aussitôt après ma mise en retraire par le journal El Pais, l’idée d’aller à Tanger m’est revenue immédiatement en tête ; car, il est le lieu idéal des évènements de mon roman, mais aussi parce que toute l’Europe a vécu dans une seule ville africaine qui est Tanger».

Le dernier innovateur arabe de passage à Tanger est le poète irakien Youssef Assaâdi. Il a publié, il y a deux ans, son nouveau recueil de poèmes «Le divan de Tanger». Un livre qui s’est approprié comme l’on s’approprie le pain chaud, grâce aux images poétiques et aux sentiments effervescents qu’il contient. C’est ainsi qu’il dit dans un poème titré «Tanger»:

Je m’assois au café

Café Santa Paola

Depuis tôt le matin, je m’assois au café

Tanger se réveille

Ce n’est pas moi qui réveille Tanger

Qui dit que le rêve dort ?

Le poète irakien faisait tout pour découvrir Tanger. Il allongeait ses regards vers les mouettes de Tanger, au ciel du détroit Gibraltar. Il arrache ses sentiments à partir des sourires des passants dans tous les sens.

Après la vague des innovateurs rêveurs, Tanger est devenu la destination d’autres rêveurs issus d’autres argiles. Ils sont les migrants en provenance du continent noir. Ils sont à la recherche du salut des guerres et des famines. Chacun d’entre eux porte en lui mille et une histoires. Après avoir pris du temps, beaucoup d’entre eux ont abandonné leur rêve de traverser vers l’autre rive. Tanger nourrit leurs nouvelles réalités qui récompensent leur rêve effréné.

Source: dunevoice

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