Tasiast Kinross : Le couteau de trois opposants dans la plaie

ould-ghadda-lettre-tasiast-Dans une lettre ouverte adressée au PDG de Kinross, trois poids lourds de l’opposition mauritanienne réclament toute la lumière sur des faits présumés de corruption, en Mauritanie, imputables à sa filiale « Tasiast Mauritanie Limited SA » qui exploite, au nord du pays, la mine de même nom.

La correspondance est signée Ely ould Mohamed Vall, ancien chef de l’Etat (2005/2007), Ahmed ould Daddah, leader du Rassemblement des Forces Démocratiques (RFD), candidats malheureux à une ou plusieurs élections présidentielles, et Saleh Ould Hanana, président du parti Hatem et du FNDU, entré dans l’Histoire comme le cerveau du coup sanglant et fumant coup du 8 Juin 2003. La requête des trois opposants mauritaniens au premier responsable du cinquième producteur mondial d’or s’appuie sur deux procédures d’enquête ouvertes, depuis plusieurs mois, par la Sécurité and Exchange Commission (SEC) américaine, gendarme de la bourse de New-York, et la Gendarmerie royale canadienne de Toronto, sur les relations « nébuleuses », entre Tasiast et certaines personnalités mauritaniennes. Une affaire qui fut abondamment commentée, dans les colonnes de la presse internationale, au cours du deuxième semestre de 2015.

Le courrier susdit interpelle directement le PDG de la compagnie aurifère : « Des tribunaux de New-York et Toronto vous soupçonnent d’avoir sacrifié les droits et intérêts du peuple mauritanien, au profit de certains de ses dirigeants actuels. Les contrats d’approvisionnement et services seraient, depuis quelques années, exclusivement adjugés à des personnalités très proches du premier citoyen du pays. Votre politique de gestion des ressources humaines refléterait un alignement total sur les intérêts de certains de nos hauts responsables et l’acquittement de vos devoirs, vis-à-vis de l’Etat, du fisc et du peuple mauritanien, aurait été ajusté en conséquence ».

Au-delà de l’exhumation de quelques éléments des procédures anticorruption pendantes à New-York et Toronto, les ténors de l’opposition mauritanienne abordent, en diagonale, la situation actuelle des relations entre les autorités mauritaniennes et la filiale de Kinross. Pour dire qu’ils ne sont pas surpris, par les difficultés actuelles de l’entreprise, conséquences logiques d’une relation fondée sur des paramètres aux antipodes d’une gouvernance sobre et vertueuse, dans l’intérêt exclusif du peuple vivant sur la terre exploitée par Tasiast. Mais les opposants affichent, sans détours, « leur révolte face à la décision prise, à la mi-Juin, d’arrêter les activités de production, suite au non-renouvellement des permis de travail des cadres étrangers ».

Une orientation fermement rejetée par Ely Ould Vall, Ahmed ould Daddah et Salah ould Hanana : « Les Mauritaniens souhaitent la présence, dans le pays, d’une entreprise, solide et performante, qui gagne de l’argent, fait des bénéfices, se conforme aux lois et règlements, dans le respect de la souveraineté nationale». Sur ce point précis, la situation a d’ailleurs évolué, vers la reprise des activités, sur le site de Tasiast. Officiellement annoncée, celle-ci devrait être effective courant Août, sur la base d’un accord entre le gouvernement et la compagnie aurifère, assorti d’un plan de « mauritanisation » des cadres, à hauteur de 80%, à l’horizon 2020.

Volonté citoyenne

Commentant les enquêtes en cours à New-York et Toronto, maître Williams Bourdon, de l’ONG Sherpa, mondialement célèbre par sa traque « des biens mal acquis » planqués par les dirigeants africains en France, parle de « convergences d’indices, provenant de diverses sources, qui devraient apporter un élément majeur à la compréhension des mécanismes de corruption dont usent les compagnies des industries extractives en Afrique et dans le Monde ». C’est donc dans un mouvement beaucoup plus large de volonté citoyenne d’assainissement des affaires que les opposants mauritaniens viennent remuer le couteau dans « la plaie » de l’immonde et fétide gouvernance des industries extractives en Afrique, à l’origine d’énormes pertes pour les peuples du Continent. A ce rythme, la vérité sur les pratiques présumées  de corruption qui aident les compagnies extractives à verser parties de leurs avoirs dans les circuits des Flux Financiers Illicites (FFI) ne devrait plus tarder à percer. Triste réalité d’un continent dont la plupart des peuples manquent cruellement de tout : éducation au rabais, structures sanitaires défectueuses, infrastructures inexistantes, déficit en eau potable et énergie… Au final, terreau fertile à toutes les aventures, dérapages et autres aveuglements terroristes.

Amadou Seck

Source: Le calame

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