Tawassoul : Un pieds Ici, un autre Ailleurs

Jmil_0mensour_0_25Le positionnement du parti Tawassoul sur la scène politique provoque toutes les interrogations et questionnements au sein de l’opinion publique. Il est membre actif au sein de l’opposition la plus radicale au pouvoir et dirige, en même temps, l’institution de l’opposition démocratique partenaire de ce même pouvoir. Même au sein de la formation islamiste, des voix s’élèvent et s’interrogent sur l’opportunité de l’adoption d’une ligne confuse et contradictoire.
Le bureau politique de Tawassoul vient de tenir la seconde session ordinaire de l’année en cours (25 avril) sanctionnée par un long communiqué qui aborde les grandes questions à l’ordre du jour dans le pays.
Exactement comme l’aurait fait tout autre parti de l’opposition, l’instance dirigeante du parti Tawassoul a réaffirmé au terme de ses assises son appel pour l’amélioration des conditions de vie des populations ‘’qui ne cessent de se dégrader ’’, sa réprobation des ‘’visites carnavalesques’’ entreprises par le président Aziz à l’intérieur du pays et sa disponibilité au dialogue ‘’sérieux’’ avec le pouvoir…
En plus des éléments mentionnés ci-dessus, le bureau exécutif de Tawassoul est revenu, entre autres sujets, sur la question qui fâche, divise ses partisans et intrigue l’opinion : la participation des ses élus à l’accueil du président Aziz en Assaba.
Il insiste sur le fait que c’est le parti qui a demandé à ses élus d’assister à l’accueil du président dans cette Wilaya. Cela ‘’relève d’un acte de citoyenneté et du devoir de représenter les populations pour poser leurs problèmes’’, note le communiqué du bureau exécutif du parti islamiste.
Une position commune à toute la direction de Tawassoul ou s’agit-il plutôt de l’expression de la majorité de ses membres ? Le second cas de figure parait refléter la vérité de ce qui a enfin été la position du parti, même si cette majorité qu’on évoque n’a pas été si écrasante au sein du comité permanent : deux ou trois voix seulement !
Bien sûr, ceux qui étaient mis en minorité ont effectivement acquiescé et se sont pliés, contraints, à la loi de la majorité. Une règle scrupuleusement respectée au sein de la formation islamiste par rapport aux prises des décisions…
Mais cela ne s’est toutefois pas fait sans murmures et n’a surtout pas empêché certains –même des dirigeants- de la mouvance d’afficher, parfois publiquement, leur désapprobation d’une décision qui est difficile, objectivement, à être justifiée pour une grande partie de leur opinion, plus à l’aise et plus habituée à militer dans les rangs de l’opposition.
Le positionnement politique de Tawassoul est si quand même si difficile à expliquer que son président, Jamil Ould Mansour, orateur sans pair, n’a pas pu trouver les mots pour faire passer ou plutôt faire avaler la position, plus ou moins paradoxale, de sa formation.
Au cours d’un débat, animé par une autre figure de proue de l’islamisme politique en Mauritanie, Ahmed Wadiaa (qui dirigeait le groupe de presse Essirage jusqu’au mois dernier et à la tête duquel fut placé un autre fidèle de la cause), sur la chaine pro islamiste Al Mouarbitoune, Ould Mansour n’a vraiment pas été convaincant dans ses réponses aux questions franchement pertinentes de son interlocuteur.
Ce n’est pas certainement du fait qu’il ait perdu la maitrise du verbe, ni du manque d’habilité, mais c’est surtout parce qu’il était à bout d’arguments logiques susceptibles de l’aider à justifier la ligne pas très évidente de son parti. Est-il lui-même convaincu de cette ligne ?
En tout cas, le parti Tawassoul est devenu avec le temps une exception dont le positionnement sur l’échiquier provoque les vertiges : il est membre actif du FNDU, cette coalition de l’opposition qui ne reconnait même pas les institutions issues des dernières législatives, municipales et présidentielle.
En même temps, il assure pleinement la présidence de l’institution de l’opposition démocratique à côté d’autres partis de l’opposition dite modérée qui reconnaissent les institutions actuelles et traitent avec elles. Lequel des Tawassoul faut-il prendre en considération ?
Aussi gênante soit-elle, cette position ne semble pas outre mesure intimider la formation de Ould Mansour qui s’est bien accommodée de ce positionnement, même si la question commence tout de même à être évoquée au sein de leur débat interne, tant il est vrai que certains gens de Tawassoul ne cachent plus leur crainte de ce qu’ils estiment être une dérive d’un ‘’bébé’’ qu’ils ont enfanté et qui est en train de tomber dans les mains d’une tendance conservatrice hostile aux aventures politiques et adepte du partenariat ,ou du moins la paix, avec celui qui gouverne.
II semble bien réel que la tendance conservatrice de Tawassoul contrôle ce parti, pour ne pas dire qu’elle le prend en otage. C’est elle qui détiendrait les cordons de la bourse, qui possède des relais dans la base et ailleurs et qui est, par conséquent, en mesure de dicter la présente orientation au parti islamiste, faite de persévérance et de réalisme.
Cela est d’autant plus vraisemblable qu’au cours des dernières législatives, boycottées par les partis de l’opposition dite radicale, Tawassoul, au nom de la règle très en vue de l’alternance, s’est vu contraint de se débarrasser des ses anciens élus au parlement, une équipe de députés rompus aux joutes politiques et aux polémiques, à la faveur de gens novices qui n’ont pas pu émerger en dépit du nombre important de leurs élus à la chambre basse (16). Ils n’apprécient même pas, dans leur grande majorité, le fait de s’opposer de manière ostentatoire au pouvoir, mais plutôt cherchent à le ménager.
Cette même logique qui a conduit les élus de la formation islamique à Tintane d’aller accueillir le président Aziz sans même référer à la direction du parti qui s’est trouvée plus tard forcée de marcher avec cette tendance en autorisant ses élus en Assaba d’accueillir le président Aziz en visite dans leur Wilaya.
Jusqu’où et jusqu’à quand Tawassoul pourra-t-il continuer de jouer ce jeu paradoxal ? Un jeu qui donne l’impression de lui réussir, mais qui risque de l’affaiblir sur le long terme dans la mesure où il finira par perdre son âme…
C‘est-à-dire son identité politique, car à force d’être ici et là-bas, aucun partenaire n’aura plus confiance en lui. Exactement comme l’ont été les frères musulmans d’Egypte qui, au finish, ont réussi la performance de dresser toute la classe politique égyptienne contre eux. Ce qui les a fragilisés et a fait d’eux une victime facile à abattre pour Sissi et ses amis militaires…
Amine Lazrag

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