Tel peuple, telle administration

administrationVous avez, sans doute, connu ou entendu parler des SDF (sans domiciles fixes). Moi, j’appartiens à une catégorie professionnelle qui lui est comparable. Je suis parmi les sans profession fixe (SPF). Je suis un consultant. En effet, Je suis « Sultan » quand j’ai un boulot, ce qui me bombe la poitrine, rehausse les épaules et me donne l’impression de dominer le monde entier. Pauvre monde que celui qui va être dominé par moi, tandis que les dominateurs, les vrais, n’ont aucun dénominateur commun avec moi. Je suis tout bêtement « Con », quand je n’ai pas de boulot, et que je suis contraint de faire le tour quasi-quotidien pour sourire, sans conviction, ou faire sourire, à grands efforts, tous les édentés ou camouflés derrière des prothèses, pourvu qu’ils aient le pouvoir de décider de me confier la tâche de formuler des recommandations que personne n’a demandées, dont nul n’a besoin, et qu’aucun désœuvré ne perdrait le temps à lire.

C’est en  ma qualité de Consultant, que j’ai été chargé, ces jours-ci, par une importante institution de la République, de collecter une série d’informations auprès d’administrations, organismes, OSP, OSC, etc…
Le 19 Octobre 2015, au cours de ma tournée aussi ennuyeuse que peu productive, je commence par une institution qu’on va appeler Biberon (on verra pourquoi, plus tard).

Tiré à deux (seulement) épingles, je me gare devant Biberon dès 07 h 30 mn. Je reste à l’intérieur de mon « Bolide« , tout en scrutant tantôt le tableau de bord de la voiture, dont la montre, miraculeusement, marche encore, et tantôt mon téléphone qui, avec sa pile Lithium obsolète, a une précision de + ou – 2 minutes.

A huit heures O’clock, je quitte la voiture (elle ne se ferme pas), pour me diriger vers une sorte de gardien-jardinier-planton. Raccord à la main, avec un jet d’eau étouffé ou essoufflé, il me fit signe de faire quelque chose. Imperturbable, je continue mon avancée. Vexé par le flegme (seulement d’apparat) que j’affichais, il m’interpella : « je t’ai dis de t’arrêter; il n y a personne devant toi »; je ne me suis pas attardé sur le « toi », comme si on était familiers. C’est dans les mœurs locales de se tutoyer au premier contact. Je lui ai présenté mes excuses, expliquant que ne comprenant pas la langue des signes, je ne pouvais décrypter ses premières injonctions. Maintenant, comme il parlait en langage clair et impératif, je ne pouvais que comprendre les « ordres » et y obtempérer. Ainsi, la discussion pouvait s’enclencher sereinement.
Moi: vous dites qu’il n y a personne devant moi ? C’est bien le Biberon, ici ?
Lui : affirmatif mais la secrétaire n’est pas encore là (comme si elle était la seule à devoir être là, à l’heure, la pauvre) »;
Moi : elle vient à quelle heure ?
Lui : à 9 heures. Elle allaite.
Moi : qui d’autre pourrait venir pour me renseigner ?
Lui : Le SG. Mais pas avant 9 heures, lui aussi !
Moi : Il allaite encore celui-là, ou mer.. ?
Lui :  Non, il tète, me répondit-il imperturbable.

C’est seulement à ce moment là que j’ai compris le sens de l’expression largement et souvent utilisée « Notre Jeune Administration«

L’affaire de la secrétaire qui allaite et de son SG qui tète ne m’ont guère découragé. Un peu déçu, je ne peux m’en cacher, pour notre « performante » administration. Mais il était prématuré pour porter un jugement définitif.

Je me suis dis, entre moi et moi-même, que je suis chargé d’une mission importante de la part de l’Etat, que je suis très généreusement payé pour ça, et que je devais me battre pour réussir.

Je décide de changer, non pas de fusil d’épaule, mais tout simplement de cible. Je cherche une « proie » dans les parages. Vite localisée. Je décide d’attaquer frontalement une grosse pointure de l’administration, et pas n’importe qui ; le Secrétaire Général, en chair et en Os, d’un Ministère censé être Stratégique. Moi, je ne vais y trouver que les stratagèmes.

Celui-ci, il faut reconnaître à César ce qui lui revient, il vient à l’heure. Même un peu avant. On pourrait soupçonner qu’il s’ennuie un peu à la maison. Mais laissons les intimités et les supputations de côté. C’est pas notre affaire. Je suis en service commandé.

L’accès était facile, le planton m’a introduit rapidement après avoir annoncé mon nom à son patron, et semblait se prendre pour notre patron à tous. Le planton semblait très disponible, mobilisé, motivé; Escomptait-il, peut-être, à la sortie, des largesses de ma part ? Il sera, quand même, déçu. Je n’avais pas une « Ouguiettes » dans mes nombreuses poches, mais piteusement dégarnies.

Il me connaissait apparemment, le gars qui « jouait » au SG. Mais la difficulté d’arracher un sourire ou une expression quelconque du visage de mon interlocuteur était sans commune mesure mesure avec la facilité d’accès à son bureau. A mon arrivée, il ne s’était même pas remué pour feindre de m’accueillir chaleureusement. A voir sa position (de marbre) sur le fauteuil, j’ai soupçonné des hémorroïdes. Je vais m’intéresser à ça ? Vicieux que je suis ! Je suis consultant, en mission officielle, et je dois m’habituer à me limiter à ce qui me concerne

Je lui tends ma lettre de mission : c’est un document que j’ai exigé de mon employeur, qui dit que je suis un tel, chargé de faire ceci, qui devrait servir à cela, dans le but d’arriver à n’importe quoi, n’importe comment, à travers n’importe qui…

Il jette un regard furtif sur mon équivalent de diplôme Sciences Po, et me le tend sans arriver (vouloir?) m’atteindre. J’ai dû me soulever pour récupérer le précieux document. C’est mon viatique pour faire cette expédition qui s’amorce comme vous voyez. Mes soupçons d’hémorroïdes vont, quand même, gagner en plausibilité. Rapidement, je chasse cette hypothèse de mon obstinée imagination.

De marbre, il met en branle toute l’armada de téléphones Hi-Tech à sa portée. Personne ne semblait joignable, ou bien personne ne voulait l’être. Il était très tôt ; 7 h 50 à Nouakchott, 10 h 50 à Doha, 14 heures ou quelque chose comme ça à Pékin, la communauté internationale (Les USA) dormait de Honolulu à Kaboul. Le village planétaire est petit, c’est certain. Ce qui est moins sûr est si nous y sommes ou pas ?

Gêné, voulant jouer au bien élevé, sachant que notre vaillant SG a des dizaines de dossiers desquels dépend la vie et la survie du pays et des états voisins, je lui propose d’attendre un étage plus bas.  C’est plus  Plus proche de ma position normale.

Je vais y attendre 150 minutes, comptées en base 10, sans que personne ne se souciât de mon peu enviable sort. Je me décidai à partir. Je revins à la charge le lendemain presque à la même heure. Même cérémonial, les téléphones qui ne répondent pas, d’autres qui n’envoient pas les signaux, des répondeurs semi-automatiques, et,,,,

Rien, en tout cas pour faciliter ma mission. Constatant que le Secrétaire Général commençait à trouver gout à tripoter les claviers de téléphone sans composer de numéros valides, je décidai de lui offrir une porte de sortie -pour pouvoir retrouver la mienne- et sauver ce qui lui restait comme face.

Moi : Monsieur le SG, je crois que je suis venu très tôt, encore, aujourd’hui ! Vous savez, nous les campagnards et autres montagnards avons cette fâcheuse habitude de couche-tôt/lève-trop tôt. Je vais vous laisser mon contact. Vous pourrez le donner à l’un de vos collaborateurs. Qu’ il me contacte, et à sa convenance, on fixe un rendez-vous, C’est bon comme ça ?
Lui : (apparemment délivré, soulagé) C’est ça ! C’est ça ! C’est bon ! On marche comme ça !

Je vous assure qu’on n’a pas marché du tout. Deux semaines plus tard, j’attends toujours mon hypothétique appel téléphonique qui m’annoncerait ce précieux rendez-vous.
Personne ne devra dire que j’ai critiqué notre administration devenu performante, grâce aux efforts du Ministère dédié à cette mission de modernisation depuis « ces dernières années« . Je n’ai fait que relater des faits avérés et vécus. J’en suis arrivé, quand même, au constat suivant : tel peule, telle administration.

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