Temoignage Historique : Les femmes et partis politiques

Mes dames, messieurs, A la fin de cette extraordinaire rencontre, qui a été empreinte de tant de franchise et de sens du compromis responsable, je réitère que c’est un grand plaisir et un honneur que d’avoir modéré un conclave qui rassemble tant de dames et d’hommes de qualité.
Je remercie, à nouveau, les organisateurs, et en particulier Mme Cécile Molinier représentante résidente du PNUD et M. Abderahmane Ould Yessa pour m’avoir proposé la conduite des débats de ce soir.
Je félicite Mesdames Aïssata Kane, Dilitt Mint Zeïne et Jemila Mint Icheddou pour leurs excellents et si instructifs exposés ; Je félicite سما حة الامام Hademine O. Salek pour ce plaidoyer si conforme à l’esprit véritable de l’Islam, religion ouverte, tolérante et pratique où les « Mouminates », loin d’être l’objet de discrimination, ont toujours été traitées comme responsables pour leurs droits et leurs devoirs.

Je remercie également l’assistance pour s’être magnifiquement disciplinée, de nous avoir fait bénéficier de tant d’excellentes contributions et, surtout, d’avoir fait preuve de tolérance, de souplesse aussi et d’esprit de compromis, gage certain d’acceptation du droit à la différence, du respect de l’opinion contraire et donc des véritables paramètres du jeu démocratique…

Je voudrais maintenant souligner que je me suis refusé d’exprimer des opinions personnelles et portant ماأنا الا بشر عند قلب و نظر , d’étaler un état d’âme pouvant, toute prétention mise à part, influer sur le cours du débat. A la fin de notre soirée, qu’il me soit permis de dévoiler, d’une façon concise, quelques idées intimes que vous pouvez, bien entendu, accepter ou que vous pouvez jeter dans la corbeille.

Autant je suis attaché passionnément à mes idées, autant je n’ai jamais été esclave de l’amour propre d’auteur que j’assimile volontiers à la sottise et à la condescendance…

1° Les femmes ?

Il est difficile, sans aucun doute, d’évaluer correctement cet apport de la femme mauritanienne, citadine, rurale ou nomade; arabe, poular, soninké ou wolof, à l’édification de notre pluriséculaire patrimoine national. Comme il est difficile de connaître sa contribution actuelle sur deux plans essentiels : le social et l’économique. De tous temps, elle a joué un rôle marquant dans de nombreux domaines de la vie communautaire de son groupement socio -culturel.

Les différences sont, somme toute, objectivement significatives, entre les natures et les degrés d’implication des femmes, épousant les traditions particulières de leur ethnie, région, tribu ou clan, et la place dévolue à leur condition sociale. Elle embrasse, cette implication, l’ensemble des secteurs d’activité de la cité ou du clan. Quoi qu’il en soit, hier comme aujourd’hui et, nous l’espérons, demain, la femme, au sein de chaque composante de la société mauritanienne, est, était et restera, partie prenante incontournable en sa qualité de:

– Lien de renforcement du tissu social et élément essentiel de sa trame;
– Courroie de transmission, entre générations, des traditions culturelles orales;
– Ecole initiatique aux us et coutumes;
– Praticienne et transmetteur(se) des sciences et techniques traditionnelles;
– Agent économique efficient.

Dans nos sociétés traditionnelles le rôle de la femme, surtout des classes dirigeantes, guerriers et lettrés, était notable mais discret. Nous ne pourrons consigner à ce titre que la période qui précède immédiatement l’indépendance et le parcours de la femme et des organisations et groupements féminins depuis 1960.

L’émergence des femmes, à partir de 1946, dans la vie politique à l’occidentale a été marginale, sinon insignifiante, tout comme leurs partenaires masculins. C’est la création de partis politiques, puis l’instauration du suffrage universel, aux élections de 1951, que la passion engagée des femmes va être sollicitée par les deux partis rivaux de l’époque( Entente mauritanienne et Parti Progressiste mauritanien) .

Avec la Nahda, née en août 1958, les femmes, en pays arabophone notamment, constitueront ses éléments de chocs les plus décidés. L’indépendance engagera les femmes, à partir de 1962-1963 vers des organisations autonomes : l’Union Féminine de Mauritanie et sa rivale la Ligue Féminine de Mauritanie. Seule, la première, qui bénéficiait du soutien du Parti du Peuple Mauritanien, (PPM) qui venait de naître, et de son gouvernement a pu se maintenir.

Après le congrès extraordinaire du Parti du peuple mauritanien, à Kaédi en 1964, qui prépare l’institutionnalisation du PPM, et le IIe congrès ordinaire, à Aïoun el Atrouss en 1966, le mouvement féminin est dit « mouvement parallèle du parti .» Le parti, lui, est désormais décrété « Parti Unique de l’Etat » avec l’amendement, le 12 février 1965, de l’article 9 de la constitution de mai 1961.

Au lendemain du III congrès du PPM, en janvier 1968, le mouvement parallèle devient le Mouvement National des Femmes avec un Conseil Supérieur de I5 membres (dont les secrétaires fédérales des femmes des 8 régions, d’alors, du pays) désignées par le Bureau Politique National du PPM et régi par un règlement spécial. Au congrès extraordinaire de juillet 1971, la présidente de ce Conseil Supérieur des Femmes devient membre de droit du Bureau Politique National, parti unique, avec rang de ministre.

Elle deviendra, en 1975 (année internationale de la femme de l’ONU) ministre de « la Protection de la Famille et des Affaires Sociales » en la personne de Madame Aïssata Mame Diack Kane, ici présente ce soir. Le coup d’état militaire de juillet 1978 dissoudra le PPM et ses mouvements nationaux, en particulier le mouvement national des femmes.

Il faudra attendre la mise en place des Structures d’Education de Masses ou SEM pour que la femme, à partir du début des années 80, revient sur la scène en militant au sein de ces structures gérées par la Permanence du Comité Militaire de Salut National (CMSN), organe suprême du pouvoir militaire d’exception. Le discours à Néma (dont un extrait est cité plus haut), le 5 mars 1986, du président du CMSN, l’ancien chef d’Etat ramène la question de la femme et l’évocation de ses droits dans l’actualité.

En novembre 1986, à l’occasion des élections pluralistes municipales dans les 12 capitales régionales et à Nouakchott, les femmes réapparaissent comme élément incontournable de la scène politique, animant les campagnes électorales et faisant la différence dans les urnes.

Cette tendance sera encore plus perceptible à l’occasion du déclenchement du processus démocratique et la légalisation d’un multipartisme théorique en juillet 1991.Présentes dans les directions des partis, participantes actives dans les manifestations, alimentant avec verve le discours et les joutes oratoires etc. les femmes s’imposent comme acteur politique émergent, mais actif et conquérant.

Depuis lors le gouvernement compte régulièrement plusieurs femmes. Les deux chambres du parlement et les conseils municipaux englobent des femmes dont le nombre réduit n’estompe pas la compétence et le courage des prises de position ajoutent un plus à l’aura, communément admis, de nos femmes : leur inestimable apport, hier et depuis toujours, dans tous les domaines de la vie nationale et les perspectives escomptées d’une contribution importante, et surtout indispensable, à la Mauritanie d’aujourd’hui et à celle de demain.

2° Les partis.

L’article 11 de la constitution de juillet 1991 et dans celle remaniée et adoptée par référendum stipulent : « Les partis et groupements politiques concourent à la formation et à l’expression de la volonté populaire ».Il est clair aussi que dans la définition de leur politique interne et notamment les candidatures, leur indépendance de décision et de choix doit être respectée.

3° Les lois et le citoyen.

Est citoyen dans l’entendement général celui qui participe à l’élaboration des lois, contrairement au sujet qui, lui, subit les lois sans participation à leur élaboration

4° La nécessité de la concertation et du compromis.

IL est incontestable, en conclusion, que les femmes doivent voir leur nombre s’accroître, régulièrement et continuellement, dans les sphères de décision et dans les assemblées nationales et municipales, aujourd’hui, et les assemblées de wilaya, demain. Mais il sera non pas par des quotas qui sont de sérieux handicaps contreproductifs, mais parce qu’elles méritent, en raison de leur position dans n os sociétés, leur excellence et leur poids démographique, d’être équitablement représentées.

Mais cette justice, parce que la raison est politique ne doit être imposée par des oukases mais par la concertation, le compromis et le choix objectif de partis qui choisissent Madame X, parce que c’est le meilleur candidat.

Et merci pour votre patience et votre aimable attention.

Mohamed Saïd Ould Hamody.

Source : Adrar Info (Mauritanie)

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