Tenez-vous bien… Voilà le fond de l’histoire…

MkheitirCHEZVLANE : Il manquait dans ce puzzle un morceau, il manquait dans ce cruel jeu politico-religieux une carte, un mobile qui seul pouvait justifier qu’il fallait faire un exemple terrible d’un jeune mauritanien jusqu’à le condamner à mort malgré son repentir, malgré l’article 306 de notre code pénal malgré même l’avis de certains oulémas contre cette façon radicale de traiter ce jeune ingénieur qui est depuis le symbole d’une justice implacable qui semble obéir à des intérêts autres que le devoir de la justice impartiale d’un islam éclairé.

Ce que je vais vous dire là est connu dans le petit milieu arabisant concerné, c’est connu de l’état mauritanien et c’est connu des réseaux islamistes qui ont détruit la vie du jeune forgeron mais je vais m’exprimer avec la même prudence que le célèbre mollah des pauvres, le médiatique Sidi Yahya, qui contrairement à toute attente,  n’a pas voulu participer aux marches condamnant Charlie Hebdo. Ainsi dans son message enregistré, pour un leader islamiste qui avait là de quoi faire recette, il fait montre d’un inattendu sens des responsabilités qu’on n’a pas vu chez les mollahs qui soutiennent le pouvoir comme la corde soutient le pendu et qui ont fait leur ragoût de cette affaire en excitant les foules pour les présenter, aux portes de la présidence, conquises ou conquérantes… Sidi Yahya les appellent les oulémas banaveu.

Sidi Yahya s’en est expliqué en disant que vu que la Mauritanie est actuellement très fragile, il se doit de mesurer ses paroles, de peser chaque mot de peur qu’il soit mal compris ni interprété de travers, puis il a utilisé le même argument que j’ai développé à la télé en disant que vu qu’il n’y a ni photo ni image du prophète psl, on ne devrait pas donner raison à ceux qui dessinent un affreux personnage dans des postures odieuses en disant «  ceci est une caricature de votre prophète ». Sidi Yahya parle en jeu de mots  via la racine de Charlie qu’il appelle charlot et rappelle que le prophète psl n’est pas à la portée de ces caricatures.

De même, parlons avec prudence dans cette affaire du jeune Mohamed Cheikh Ould Mkheitir que nous suivons depuis le début car elle nous concerne tous, d’abord parce qu’il s’agit de la justice de notre pays ensuite parce que cette justice se dit agir au nom de notre religion à tous. Aussi si nous sommes témoins d’une injustice due à un manque d’information, en tant que journalistes, nous devons protéger l’information, en l’occurrence surtout le deuxième texte du repentir afin de n’être pas complices devant Dieu de rétention d’information. Ceci a été fait avec un certain succès puisque désormais à la télé on commence à parler du deuxième texte du repentir écrit avant d’être arrêté. Texte qui aurait dû suffire à éviter non seulement la peine de mort mais à le réhabiliter dans la communauté des croyants et des citoyens de la république tel que le prévoit l’article 306.

Depuis, nous croyions que le reste ne nous concernait plus et que c’était aux ONG, aux partis politiques, aux intellectuels mauritaniens de sortir de la torpeur qui les éloigna de notre affaire Dreyfus afin de demander à l’Etat et aux oulémas de respecter ce que prévoit la loi dans cette affaire.
Il faut croire que Dieu en ait décidé autrement puisque au cours d’une discussion, au hasard d’une rencontre, j’ai eu confirmation à propos de l’origine de toute cette affaire car j’en avais déjà entendue parler mais comme il s’agissait du monde arabisant dans une affaire complexe mêlant les services de renseignements mauritaniens, les réseaux islamistes voulant manipuler les uns et les autres et des jeunes dont je ne savais pas grand-chose, je me suis éloigné de ce volet dont je n’en maîtrisais pas les tenants et les aboutissants.

Cette fois, je ne pouvais pas faire la sourde oreille  car j’entendais, d’une autre connexion, la même affaire confirmant la première version mais apportant de nouveaux éléments parfaitement explosifs dont personne ne fait état aujourd’hui et personne ne devrait le faire sans risquer d’impliquer d’autres jeunes dans le sort de Ould Mkheitir.

Comme Sidi Yahya, je vais donc parler en pesant mes mots pour dire à ce monde francisant ce qu’il faut savoir, le reste concernant ceux qui ont les informations en détail, libre à eux d’étaler ce qu’ils veulent mais je crois que dans leur intérêt, ils ne le feront pas.

En octobre, novembre dernier, les discussions sur internet sur des sujets impliquant la religion allaient bon train sur internet comme à la télévision on entend tout et n’importe quoi à propos des races et des castes jusqu’à en inquiéter certains. L’Arabie Saoudite n’avait pas encore déclaré terroristes les frères musulmans qui ont chez nous une antenne sérieuse avec son aile politique fréquentable et dont la voix modérée est celle du président de Tawassoul Jemil Ould Mansour qui déclara modérément à l’annonce du verdict contre Ould Mkheitir, à savoir la peine de mort, que « c’est un criminel qui n’a eu que ce qu’il mérite ».

Jusque-là je pensais que le jeune Ould Mkheitir avait payé durement car il parlait en jeune forgeron contre les zouayas, ce qui est probable vu d’autres affaires où les auteurs ont eu droit à la clémence, notamment l’affaire classée du coran profané. Seulement il manquait quelque chose pour justifier cette rage à faire un exemple.

Voilà que maintenant tout s’explique. On pourrait bien sûr citer tous les noms de ceux qui sont impliqués dans cette affaire mais cela n’est pas notre rôle car cela ferait encore plus de dégâts inutiles, on va donc parler avec la prudence de Sidi Yahya.

Bien avant novembre dernier, en plus d’écrire des articles critiquant la charia à propos de mille sujets notamment la place de la femme dans l’héritage pour ne donner qu’un exemple, des jeunes se disant laïcs ont ouvert une page Facebook pour s’exprimer. Il est fort probable que celui qui a ouvert cette page, soit un jeune activiste en exil actuellement aux USA car c’est parce que j’ai renoncé l’année dernière à aller aux USA, invité par le département d’Etat, que le second sur la liste fut convié à me remplacer. Ce jeune n’est jamais revenu après le programme Murrow for journalists.

Apparemment 80 jeunes étaient inscrits dans cette page mais le webmaster a mal géré l’identité de ceux qui ont été acceptés à participer, c’est cela qui les a trahis. Emportés par la spontanéité de l’écrit virtuel et les débats qui agitent le monde arabe à propos de laïcité et même d’athéisme, certains sont allés loin dans l’écrit.

Non seulement cela commençait sérieusement à déranger les islamistes de pareils discours facilement accessibles au plus grand nombre mais en plus les islamistes ont trouvé là de quoi monter au créneau et impliquer le pouvoir accusé de laxisme face à cette liberté d’expression sauf que cela ne pouvait pas justifier une telle rage à faire un terrible exemple.

L’autre terrible raison étouffée qui est connue dans le milieu concerné, connu du pouvoir comme des islamistes, c’est que parmi les agitateurs de cette page facebook, les plus virulents n’étaient pas les fils de n’importe qui… Comme partout dans le monde, ce sont souvent les gens éduqués, les fils de nantis par rapport au plus grand nombre qui par jeunesse veulent renverser l’ordre établi sachant qu’ils sont intouchables de par leur naissance.

Ainsi de la même manière que lorsque Mohamed Ould Abdel Aziz lança un mandat d’arrêt international contre Mustapha Ould Liman Chavi, on découvrit lors de l’incident de la première balle amie, qui rendit paralysée une jeune fille, que les deux amis étaient l’un le fils du président Aziz et l’autre le frère de son ennemi Liman Chavi car en Mauritanie c’est ainsi et ce n’est pas plus mal, les jeunes se rencontrent et se connaissent sans hériter des querelles de leurs parents…

…de la même manière parmi ces jeunes poursuivis par les islamistes, ces derniers ont découvert sinon leurs propres fils du moins ceux de certains d’entre eux… Pour étouffer l’affaire, ces islamistes sont allés voir les parents des jeunes concernés. Ainsi un célèbre mollah, un certain Ould. R a émis une fatwa, dont la copie existe, où il dit que tel fils de tel s’est repenti et qu’il est revenu dans la communauté des croyants car c’était la seule façon de faire vu que ses écrits sont connus, plus terribles que ceux de Ould Mkheirtir qui lui valent la peine de mort…

Ainsi, il fallait par le jeune forgeron faire un exemple pour que tous les autres notamment les fils de certains islamistes ne jouent plus avec le nom de la famille sinon quelle crédibilité pour la confrérie ? Cela a réussi à merveille car bien avant qu’on arrête Ould Mkhétir, les jeunes concernés par ce pardon ont arrêté leurs écrits et sont devenus ostensiblement musulmans comme s’ils avaient eu la peur de leur vie sachant ce qui se tramait pour faire un exemple, à moins qu’ils n’aient reçu la grâce divine en même temps que la fatwa les réhabilitant, ce qui est toujours possible mais ça, ceux qui les connaissent doutent qu’ils puissent faire un tel revirement sinon par la peur de la justice radicale promise à Ould Mkheitir.

Ce n’est pas tout… On avait entendu dire lors du procès à Nouadhibou à l’origine du verdict fatal, que le procureur répondant à Ould Mkheitir, lui aurait dit devant l’assistance « je défends les zouayas » sachant que dans le deuxième texte du jeune, il rappelle que nul ne respecte le prophète psl plus que lui mais que son combat est juste contre les zouayas qu’il accuse de se servir de la religion pour des intérêts de classe sociale pendant qu’ils servent de faux hadiths pour humilier les forgerons.

 Hélas les procès-verbaux ne sont pas disponibles, on se demande pourquoi vu que ceux du premier interrogatoire sont connus. Il paraît que là encore le procureur de la république a dû faire machine arrière en étudiant tous les écrits de Ould Mkheitir sur sa page facebook car ils lui ont tout sorti. De source sûre, le procureur en voulant impliquer plusieurs autres jeunes, il a découvert que quelqu’un lui étant très proche était de leurs amis, ce qui n’est pas étonnant vu que ces débats virtuels intéressaient et agitaient des jeunes de la même génération.

Nous comprenons maintenant pourquoi Ould Mkheitir a subi un tel acharnement car personne n’allait défendre un jeune forgeron dans une affaire pareille, pas même les forgerons qu’on n’a pas entendus mais qui semblent avoir eu réparation via certains postes importants… Le résultat est là, plus personne n’ose parler parmi ces jeunes, le nom de certains islamistes est sauvé et plus personne n’ose débattre de rien à propos de religion.

Au milieu d’enjeux étrangers qui nous dépassent, nous voilà dans une république islamique apparemment impuissante que se disputent la politique saoudienne et celle des frères musulmans. Ça promet… 
L’Islam modéré, d’obédience soufie, tel qu’on le rapporte dans les livres d’histoire, c’est du passé, il faut le savoir.
Ironie du sort, en déposant Sidioca, on expliqua que c’était aussi pour lutter contre ce sympathisant islamiste mais depuis, jamais les islamistes et leur influence politique n’ont autant prospéré en Mauritanie.

A qui la faute ?

 

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