Timbuktu : les gazelles resteront

tim2_article_story_largePour une avant-première, ce fut bien une avant première. La présentation à Nouakchott du film « Timbuktu » de Abderrahmane Sissako ameuta la crème de la société Nouakchottoise. Les membres du gouvernement, les députés, les journalistes, les artistes, les intellectuels de tout bord…, il y avait de tout ce soir là.

Le Président de la République lui-même avait choisi d’être là, et c’est cette présence qui explique peut être l’arrivée de bon nombre de nos responsables et de nos élus. C’est que ni la culture, ni l’art n’ont jamais été au centre des préoccupations de notre classe dirigeante.

Le Chef de l’Etat, en assistant lui-même à cette avant-première, donne un signe, celui de la place de choix accordée désormais à la culture et à la création. « Timbuktu » est à mes yeux d’abord un hymne à la vie, celle que ni les outrances, ni les injustices ne peuvent condamner au silence.

Oui, la gazelle libre, qui s’élance dés le début du film, dans le pur désert, pour échapper à ses poursuivants est toujours là, à la fin, elle continue sa course, elle n’est pas morte, ils ne peuvent pas la tuer : elle est la vie. Oui, la femme qu’on fouette parce qu’elle chante, continue à chanter, sous les coups, on ne peut pas arrêter la musique : c’est la vie.

Oui, les jeunes auxquels on n’interdit de jouer au foot, organisent tout de même une partie, surréaliste, sans ballon : on ne peut pas interdire le jeu, c’est aussi la vie. A chaque fois que la force, l’idéologie ou le fanatisme tentent de fermer un passage naturel, celui-ci s’ouvre, spontanément, parce que le fleuve ne sait obéir qu’aux forces réelles qui le meuvent, pas aux injonctions des fanatiques.

Un film c’est aussi des images et Timbuktu nous en offre en abondance qui nous coupent le souffle. Le désert se donne à nous ici et le fleuve aussi, et la calme placidité d’une cité très ancienne et qui a tout vu. L’agitation fébrile des extrémistes n’émeut pas les vieilles pierres : Tombouctou restera Tombouctou, Oualata restera Oualata.

Arrêt sur image, disons : un homme vient de mourir, et le fleuve sans états d’ âme s’offre à nous , dans sa belle et inébranlable tranquillité. Le fleuve et la gazelle se sont donnés le mot : quelque soient les tribulations de l’instant, quelles que soient les douleurs, la nature ne dit mot, elle continue à étaler devant nous sa splendeur , et ce ne sont pas les hauts parleurs qui interdisent tout (la musique, la danse, le football) qui empêcheront la vie de s’exprimer.

Le film Timbuktu , présent au festival de Cannes a ravi le cœur de tous les connaisseurs et du public, demain il sera certainement nominé aux oscars,et la première de ce film est prévue en Décembre à Paris, puis le film fera le tour du monde. Mais, d’abord, Nouakchott!

Abderrahmane a voulu que ce film soit d’abord projeté ici, en, Mauritanie. Et pendant toute une semaine, le public pourra le voir à la Maison des Jeunes, au Village de la diversité puis à l’Institut Français de Nouakchott.

Demain peut être de nouveaux cinéastes apparaitront et tireront grand profit de ce film, demain peut être des artistes mauritaniens de tous bords tiendront le haut du pavé, partout dans le monde, demain certainement, on oubliera beaucoup de choses, les hommes politiques, les discoureurs, les ministres, les élus, et on ne se souviendra plus que des artistes, des écrivains, et des poètes. Comme dans le film, c’est seulement les gazelles qui resteront.

Mbarech Ould Beyrouk

Source : Adrar-Info

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