Tout en écoutant Saad et Biram par Mohamed Hanefi

Mohamed HanefiSaad ould Louleid a parlé. Il était magnifique et majestueux dans son boubou blanc écarlate.

Ce n’était plus le Saad d’il y-a quelque temps fâché et agressif devant un Ould Ahmed Aicha qui tenait l’autre bout du rideau raciste et ségrégationniste qui s’échine à déchirer la Mauritanie. Sub-hanallah Celui qui change les velléités et les situations.

Beaucoup d’autres ont changé leur vision des choses et la situation des harratins est restée presque la même.

Le seul tort de monsieur Saad est qu’il a ajouté des divisions aux divisions déjà existantes et suffisamment douloureuses et plus que suffisamment encombrantes.

Quelques centaines de kilomètres plus loin.

De l’autre coté, à Dakar, Biram a parlé. Dans son costume neuf, le nœud de la cravate un peu inclinée vers le coté, comme pour marquer la ou les différences, nécessaires à la circonstance « divisionniste » qui doit prévaloir. Il a dit son mot, à son tour.

La prison est finie. Elle a ouvert ses portes pour permettre à une autre prise de position « costumée » de s’étaler à la lumière.

Il était bien visible que l’un et l’autre tenaient un morceau de fromage, subtilisé quelque part du bec d’un corbeau. Chacun avait raisonnablement tort ou « tort-ionnellement » raison.

La cause des harratins en Mauritanie est si douloureusement intense, si intentionnellement douloureuse, qu’on ne peut se hasarder à condamner quiconque y met du sien pour la redresser ou la condamner sans s’attirer les tonnerres et les foudres des cieux et de la terre.

Saad se plaint d’une certaine vente de la cause des noirs, aux noirs embusqués à l’étranger pour voler ce « trésor harratin ». Comme si le harratin a jamais eu quelque chose à voler.

Tout le monde est hors du pays pour cause d’un mécontentement quelconque. Sauf ceux qui, chasseurs de primes, étaient sortis pour gagner des sous. Voilà le mal, ou le pays en entier devait s’arrêter qu’il doit méditer et décider du changement nécessaire à la vie en commun.

Les changements s’opèrent à l’intérieur. L’extérieur c’est pour l’exportation d’une pacotille nationale qui devait être couverte pour le respect et par la pudeur.

Allah ne change ce qui est en une communauté que si elle change (positivement) son fort intérieur.

La témérité, la vraie témérité est, était et restera celle de régler le problème des uns et des autres loin de tout esprit de division de tout esprit de vengeance et de tout piège.

Un peul ou un wolof n’est pas moins mauritanien qu’un maure ou un harratin. C’est la corde sensible d’ailleurs sur laquelle Biram a accordé, semble t-il les cordes de sa guitare avec la chaine Dakar-actu. Et quelque part Biram avait raison. Car il y-a d’autres acteurs dont je n’ai pas parlé encore qui lui donnent raison et qui expliquent son courroux.

Biram a voulu dire que les maures, les arabo-berbères, comme il aime parait-il les désigner, sont des conquérants, des brutes, des tyrans qui sont venus imposer quelque chose de pas potable en Mauritanie.

Il avait raison Biram. Ou en partie raison. Il régnait en Mauritanie une certaine façon de voir de concevoir de percevoir et de traduire les relations sociales et interclasses, qui renfermaient une injustice flagrante et honteuse. Un tort manifeste. Mais pour nous les habitants du vingt unième siècle. Pas pour eux. Ceux dont la vie était réglée et rythmée par ces paramètres de leur temps. Pour eux cette organisation était la « Référence ». Cette communauté là est morte, finie, désamorcée par les griffes du temps. La poursuivre serait comme vouloir échanger des coups de cornes avec le vent.

Le tort de Monsieur Biram ould Dah est qu’il semble condamner à mort son peuple malade au lieu de prodiguer des soins calmes et doux qui assurent une convalescence sereine.

Est-il juste d’appeler la communauté internationale à mettre les embargos et les sanctions économique sur les descendants de ces histoires de l’histoire? Les traiter comme a été traité l’Irak A cause de Saddam Hussein et ses armes de destructions massives qui n’ont jamais existé? Saddam est mort. Mais le peuple irakien lui a-t-il survécu?

La plus grande cause de misère est la volonté têtue de vivre dans le passé. Vous ne pourrez rien contre le passé. Il est révolu, immatériel et donc inchangeable. Quand au futur, Seul Allah en dispose. Mais il dépend grandement de vos actions et de vos intentions.

Il n’est pas utile, voire dangereux de consigner tous les maures ou comme il aime à les nommer « Les arabo-berbères » dans les « 20% de la population ». Ni de trop « scandaliser » la condition noire dans ce pays de « l’apartheid » qu’est la Mauritanie comme vous dites.

Il est injuste que monsieur Biram, bien que ce pays a vécu une certaine grande injustice et sur laquelle je reviendrai plus bas, il serait trop grand de le qualifier « d’Apartheid. ». Le châtiment est trop lourd pour la taille et le volume de la faute. Il y-a une grande différence entre le volontaire et le traditionnel. L’un est accompli avec préméditation et l’autre est appliqué suite à une fausse conviction, de faux legs ou une fausse tradition.

Ce monde maure a été programmé à une période ultérieure pour agir comme il le faisait et comme certain continuent à vouloir maintenir la situation du pays, malgré des dangers évidents qui planent dans son ciel et menacent son existence. Les normes décrétées par Dieu pour que cet univers roule comme il faut, font que ceux qui vont contre, font figure de criminels et doivent en subir la conséquence. La Mauritanie l’a compris. Timidement compris, mais compris quand même. Il faut bien admettre que le réveil a été plus que brusque et brutal.

Le maure est de nature paresseux. Il aime le thé, les histoires et la poésie. Parfois c’est heureusement. Regardez comment ils ne parlent jamais de victimes maures de 89. A toute chose malheur est bon. Parfois ne pas aggraver les circonstances malheureuses, évite d’autres circonstances peut-être plus graves ou plus malheureuses.

Mais beaucoup de maures se sont levés en même temps que les harratins et les noirs pour condamner ces injustices et lutter contre elles. Ceci leur a valu à certain, quelque fois le bannissement de leurs communautés.

Ils ne doivent pas se sentir à l’aise aujourd’hui de voir qu’au même titre que toute la « beydanerie », comme certain se plaisent à leur coller ce sobriquet, condamnés à être des « arabo-berbères », méchant et anachroniques qui doivent disparaitre.

Mais avant de sauter sur les boucs, occupons nous d’abord de traire les chèvres. Avant d’être arabes, berbères ou autres, essayons d’êtres nous-mêmes: Des Mauritaniens.

Beaucoup de facteurs à bon ou a mauvais escient ont concouru et se sont tendu les mains pour nous embrigader en vue d’être les acteurs convaincus de certaines pensées et de comportements que nous voyons normaux, mais que les autres voient tout autrement. Nous voulons que les mains tendues pour nous sortir des ténèbres vers la lumière, soit des mains secourables et non fossoyeuses de notre destin. Nos fils sont braves et courageux. Surtout ceux qui ont eu le courage de faire face a tous les sévices pour nettoyer le pays de ses cancers. Comme Biram, Saad et tant d’autres. Mais ils doivent agir de sorte à ne pas nettoyer tout le pays avec sa poubelle.

On peut faire une ablation de prostate sans sectionner le reste alentour. Ceux qui se « graissent » aussi sur ce rachitique corps social et qui soulèvent toutes ces poussières dans l’unique but de parvenir doivent savoir que comme les autres ils seront douloureusement rattrapés par la justice implacable de l’histoire.

Ceux qui poussent le pays vers la catastrophe doivent savoir qu’ils ne sont pas à l’abri de leur propre flamme. Déclencher un incendie est facile. L’éteindre est une autre histoire. Qu’Allah nous accorde la paix, la sérénité et la justice. Et qu’il nous fasse diriger par les meilleurs d’entre nous. Certes il y-a encore des personnes malheureusement aveuglées par un gain, un orgueil une méchanceté, ou une vanité et qui continuent à remuer les couteaux dans les plaies nationales. Mais elles s’amenuisent et se ridiculisent chaque jour un peu plus. Elles sont condamnées à laisser place à des générations plus justes, plus intelligentes et plus conscientes des droits de l’humain et de l’égalité des citoyens, de tous les citoyens.

Soyez optimistes et laissez à votre société une petite marge pour changer dans la paix. Elle changera.

Au lieu de maudire l’obscurité, allumez un réverbère. Essayez de régler vos problèmes entre vous. Une rixe interne vaut mieux que mille solutions internationales.

Croyez moi c’est une réalité.

L’autre acteur qui se love dans un silence presque tombal est le décideur politique. L’impression qui se dégage de cet inextricable imbroglio national est que le pouvoir observe et laisse la gangrène de la division, faire son chemin. L’état doit faire son travail et avoir une feuille de route viable et crédible, pour renverser cette situation plus que gênante.

Il ne s’agit pas de distribuer quelque vivre par l’intermédiaire des boutiques d’Emel, mais d’éclairer des citoyens longtemps restés dans l’opacité totale d’un système humainement inacceptable et légalement criminel.

Il faut que le gouvernant dresse un registre annuel pour y consigner graduellement les réussites et les changements opérés. Mais aussi les échecs à faire face à ce fléau qui menace toute la patrie mauritanienne. Même si c’est difficile, la succession des échecs aboutira pour sur, sur la réussite. Il faut prendre des mesures pour que ceux qui continuent sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, à chanter le tribalisme, le clanisme ou le racisme, soient sévèrement punis, pour que cela cesse.

Rappelez-vous que parmi les programmations in-sensorielles, figure celle de dresser les gens à respecter les autres et à prendre en considération la valeur humaine. Un peuple qui fait fi de la valeur humaine est un peuple sans principes et sans valeurs.

S’il est urgent d’appeler les abolitionnistes à ne pas souiller la renommée du pays devant les autres, il n’est pas moins urgent de rappeler à ceux qui veulent perpétuer les injustices que pour les injustes, la colère d’Allah est terrible et que le tort peut vivre un moment, mais ne peut continuer pour toujours. Essayez de sortir de vos habitudes maladives et considérez la Mauritanie dans le cercle des environs. Elle est une responsabilité entre vos mains. Faites en sorte que vos mains ne soient pas les mêmes que celles de Abou Lahab. Ne trahissez pas votre patrie, pour une vanité ridicule ou une miche de pain. Tout finira et vous regretterez. »Allah n’aime pas ceux qui trahissent. »

Source : Mohamed Hanefi

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