TRAGÉDIE MUETTE DE L’ESCLAVAGE EN MAURITANIE

Guy Samuel NYOUMSI, Pdt de Solidarité Africaine de France  A l’invitation des autorités gouvernementales de la République Islamique de Mauritanie, le Conseil Représentatif des Associations Noires de France – le CRAN  a effectué du 23 au 26 Septembre 2013, une visite en Mauritanie, aux fins de vérifier « in situ », la réalité tant décriée par les Associations et Organisations Non Gouvernementales du cru (locales), de l’existence de l’esclavage ainsi que de la lutte, conduite contre la persistance de ses séquelles.

Au cours de cette visite qui se sera limitée à la capitale Nouakchott, l’ouverture et la disponibilité des membres du gouvernement, des hauts responsables du parlement et du Sénat, seront remarquables, tout comme le sera la mobilisation des représentants des organisations et Agences en charge de la lutte contre l’esclavage, les discriminations raciales, sociales et autres inégalités.

A cette occasion, la liberté totale du choix des interlocuteurs souhaitée par le CRAN avait été respectée par nos hôtes, un peu pour souligner la transparence et l’esprit de coopération qui sous-tendraient et animeraient nos investigations, nos interrogations, nos inquiétudes et nos avis…

Cet état d’esprit encourageant et ces dispositions exceptionnelles ont favorisé, outre les échanges avec les hautes autorités de la République, au premier rang desquelles, le Président mauritanien, son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, de nombreuses rencontres avec les membres du Commissariat des Droits de l’Homme, de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, l’Ambassadeur de France en Mauritanie, la Société Civile, les Ministres du Culte musulman : l’assemblée des Oulémas…

Ces audiences et rencontres étaient la plupart du temps agrémentées de tasses de thé  infusées au clou de girofle : « le fameux Tchaï » dont la présence et la permanence apportaient « une touche de chaleur » à la légendaire hospitalité mauritanienne, comme à la bienveillance entourant nos échanges.

I-1- L’OMBRE MUETTE DE L’ESCLAVAGE…

          A la faveur de ce « rituel hospitalier », mon attention a été attirée par un fait divers, banal, presque trivial : chaque fois que la tasse de thé nous était proposée, elle était servie par des Négro-Mauritaniens à la vêture « défraîchie », « négligée » et généralement chaussés de « sandales sommaires ».

Autant que nous avons eu à partager « ce symbole de la convivialité des Hommes du désert », la scène s’est reproduite sans que « l’irruption détonante » de ce servant Négro-Mauritanien « dépenaillé» dans le décor « aseptisé » des hauts lieux du pouvoir, n’émeuve personne, ne suscite ni l’attention, ni la manifestation d’une quelconque gêne.

Je me résigne relativement à cette évocation, à n’émettre aucun jugement de valeur, mais à établir avec le recul, un premier et douloureux constat : en Mauritanie, il existe des « Hommes » et des «ombres ».

Les « ombres » sont des personnes dont l’apparition furtive et la soudaine éclipse dans le décor, confèrent un statut « d’automates consentants et s’estimant privilégiés d’être au service des Maîtres, de l’élite…, de la « crème de leur pays(…)». Ce sont en quelque sorte « des figurants » ; mieux, «des ombres de leurs maîtres… » « Elles font partie du décor et n’en sortent que pour y rentrer».

Les « Hommes » quant à eux, sont reconnaissables à leur fière allure, à leur port altier, à leurs « vêtements ». Ils sont visibles sous la lumière du fait de leur position sociale, de leur ascension sociale, de leurs fonctions politiques, de leurs pouvoirs religieux, mais aussi, mais surtout de leur naissance.

Maures « blancs », Arabo-Berbères, Négro-Mauritaniens ou descendants d’esclaves (Haratines), ils sont par leur instruction ou par leur lignage « les maîtres » au sens où ils ne se sentent  pas incommodés « par leur ombre »… leur signe distinctif sciemment ou inconsciemment, réside dans la distance qu’ils adoptent par rapport à « l’ombre », en tout cas, la superbe indifférence qu’ils affichent vis-à-vis des « personnes qui s’accommodent de l’ombre ».

          Je m’appesantis sur ce fait divers au motif simple qu’il m’a interpellé et permis d’être attentif, pendant la Mission d’observation du CRAN, à tout ce qui se passait à l’intérieur des « lieux convenus » comme à la périphérie des salons feutrés ministériels de Nouakchott. Alerté, je me suis surpris à observer, entendre et marquer un arrêt sur tout ce qui ne se disait pas, mais se vivait, spontanément, et à l’abri de toute idée préconçue ou de tout a priori…

I-2-LE DRAME QUOTIDIEN ET MUET DES DISCRIMINATIONS RACIALES

     EN MAURITANIE…

 C’est au demeurant ce qui m’autorise le deuxième et douloureux constat qu’illustre l’anecdote que je m’empresse de vous relater… Certes les faits qui y sont rapportés ne sont pas l’apanage de la seule Mauritanie, il reste qu’ils traduisent, dans une large mesure, « le drame quotidien et muet de nombreux jeunes Négro-Mauritaniens discriminés, marginalisés, ostracisés ».

          Après un « marathon » d’audiences, d’entretiens et d’échanges avec diverses autorités mauritaniennes, nous avisons une excursion sur la bande côtière de Nouakchott. La capitale de la République Islamique de Mauritanie jouit d’une vue imprenable sur l’Océan Atlantique, bien que sa bordure côtière ne constitue qu’un « segment » des 753 kilomètres de côtes d’un pays essentiellement désertique.«Les eaux côtières de la Mauritanie », il convient de le relever, « comptent parmi les zones de pêche les plus riches au monde ».

          Parvenus en convoi sur cette plage splendide de Nouakchott, singulier lieu de convergence entre « la mer » et « le désert », nous sommes médusés devant la variété et l’éclat argenté des poissons, disposés sur des étals, et proposés aux « visiteurs » par des pêcheurs et autres vendeurs à la criée.

Notre arrivée n’est pas passée inaperçue : déjà les enfants accourent pour poser en photos ; les marchands d’objets d’art, amulettes et autres curiosités touristiques s’ingénient à nous approcher, pour écouler leurs « produits ». C’est alors que je suis abordé par un jeune Négro-Mauritanien qui me propose de lui acheter des bibelots, bracelets et autres pendentifs en perles qu’il a, lui-même, pris le soin de confectionner.

Son enthousiasme et sa fébrilité sont tels que gêné, je lui avoue ne pas disposer d’argent sur moi(…) Me croît-il ou ne désespère-t-il pas ? Toujours est-il que devant son « entêtement », j’entreprends de l’interroger sur la manière dont il procède pour obtenir le « résultat » de sa production(…) D’encouragements en manifestations d’intérêt, je lui signifie néanmoins mon sincère désappointement de ne pouvoir lui faire, même symboliquement, la recette(…).

Nous nous apprêtons à prendre congé du lieu de notre excursion, lorsqu’accourant vers notre cortège, le jeune Négro-Mauritanien nous rejoint pour me demander pressement d’accepter, malgré tout, le collier de perles noires portant en médaillon une sculpture réussie de l’Afrique.

          Interloqué, je lui demande ce qui me vaut un tel « présent », alors que c’est à moi qu’il appartenait de lui apporter mon soutien et mon appui(…) sa réponse fuse, pondérée mais appuyée : « Je vous offre en souvenir ce collier,   parce que vous ne vous êtes pas moqué de moi… ». Pourquoi me moquerais-je de vous ? Lui ai-je répliqué, curieux et surpris à la fois, du tour que prenait notre échange. Formelle, sa réponse fut à peu près la suivante : « les gens habillés comme vous et en convoi administratif, ne manifestent à notre endroit que répugnance, répulsion et mépris. Même nos propres frères Négro-Mauritaniens, lorsqu’ils sont « vêtus » comme vous, nous rejettent sans ménagement et souffrent très mal de nous voir les aborder… ».

          Rapidement, je vais le rassurer en lui disant : « Nous sommes précisément en Mauritanie, pour observer, échanger avec les autorités et aider à combattre toutes les formes de discriminations, de racisme, d’esclavage… ».

Hochant la tête en signe de désapprobation, le Jeune Négro-Mauritanien martèlera pendant que je tenais en main « le collier offert » : « Non, Monsieur … il y a trop de racisme en Mauritanie… même entre les Négro-Mauritaniens… ».Confus, je lui ai lancé : « Merci beaucoup … nous sommes  sur le départ, mais nous reviendrons » « Courage ! Au revoir et à bientôt ! » ai-je ajouté, un tant soit peu perplexe et bouleversé.

          Perdu dans mes pensées et à peine sorti de mes émotions, j’ai attentivement examiné « le collier de perles noires » que je conserve jusqu’à ce jour… Sur le verso du médaillon représentant une Afrique miniaturisée aux rainures vertes et jaunes, il est inscrit : « I love Africa » : « j’aime l’Afrique… ».

 I-3- LE VISAGE SINGULIER DE L’ESCLAVAGE EN MAURITANIE : INVISIBLE ET PRESENT

          Selon qu’il est « éclatant », « terne ou usagé », « le vêtement » loin de dénoter la simple apparence, connote en Mauritanie, plus que partout ailleurs, l’appartenance à la caste « des maîtres », a contrario à celle « des ostracisés » pour ne pas dire « de ceux qui, du fait de leur vêture, portent les stigmates à peine déguisés de l’esclavage… ».

          Boubacar Messaoud, Président de S.O.S. Esclaves, l’une des ONG abolitionnistes mauritaniennes, confiait à la Mission d’observation du CRAN, le 26 Septembre 2013 à Nouakchott : « il y a tous les jours ici (en Mauritanie) des contrôles au faciès… Certains noirs sont contrôlés parce qu’ils ont un boubou maure. Suivant l’habillement il y a des discriminations. L’habit maure protège des discriminations du quotidien… ».

          Un peu plus tôt, il nous avouait : « Je suis descendant d’esclaves. Tous mes professeurs me l’ont reproché (…) Celui qui ne parle pas de l’esclavage ne veut pas que la Mauritanie avance… »* (BOUBACAR MESSAOUD est Architecte de formation – ancien Directeur des domaines et militant actif de la lutte  pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie).

          De fait, en Mauritanie, la complexité de la question de l’esclavage relève « du déni d’existence d’un phénomène partout visible, mais consensuellement banalisé, quotidiennement disqualifié, politiquement occulté… ». Les us, coutumes et privilèges féodaux rémanents au fil des siècles se sont érigés dans « le corps social » mauritanien en « lois non écrites », ancrées dans les mentalités tant des Maures blancs, Arabo-Berbères, Toucouleurs, que des Négro-Mauritaniens composés de Soninkés,  Ouolofs, Sarakolés, Bambaras, Halpoulars et Haratines (descendants d’esclaves)… etc.

Parler ouvertement de l’esclavage en Mauritanie c’est comme « enfoncer une porte ouverte » tant la pratique esclavagiste s’est à la fois sédimentée et cristallisée avec le temps, au point de faire partie intégrante du quotidien, des us, coutumes et mœurs voire même de la structuration traditionnelle de la Société mauritanienne.

L’histoire récente de la Mauritanie a été fortement ébranlée par de multiples révoltes des esclaves réprimées dans le sang… Les massacres, l’ostracisation, la déportation, les peines de prison ont constamment été l’unique solution de recours des gouvernements successifs administrés, la plupart du temps, par des régimes militaires.

A l’évocation des questions liées à la poursuite de la pratique de l’esclavage en Mauritanie, le silence et la gêne qu’affectent les officiels mauritaniens sont tributaires d’une part, du refus d’assumer « un passé présent, douloureux et dévalorisateur » et de l’autre, l’ardente volonté des membres du Gouvernement issu du coup d’état du 03 août 2005, de faire admettre à l’opinion internationale, « la nécessité de la lutte contre les survivances des pratiques esclavagistes » que l’on désigne en Mauritanie, sous « l’atténuateur lexical » : « séquelles de l’esclavage ».

          Lors de la Mission d’observation du CRAN en Mauritanie, le Président de l’Assemblée Nationale de l’époque, lui-même descendant d’esclaves, s’est ouvert à nous, en ces termes :

« (…) Nous sommes nombreux à penser que l’esclavage continue ici (en Mauritanie). Il n’y a pas de chaînes en fer, mais des chaînes religieuses. Nous sommes croyants, et cela enchaîne parfois plus. Le problème se pose. Les discriminations existent aussi entre Arabes et non-Arabes. Il y a différentes cultures et communautés, différentes langues (…) L’esclavage a toujours empoisonné la structuration de l’état et de la Société… ».* (Le Président de l’Assemblée Nationale MESSAOUD OULD BOUKHEIR, membre fondateur et premier président d’EL HOR, premier mouvement d’émancipation des Haratines fin 1978-1980).

 Ce 25 Septembre 2013, alors qu’il était 13h à Nouakchott, le Président de l’Assemblée Nationale, du haut de ses 70ans d’âge, nous avait semblé préoccupé par « le  crédo négationniste selon lequel l’esclavage n’existait pas en Mauritanie dès lors qu’il avait été qualifié de crime contre l’humanité… »L’inscription dans la constitution de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage, pour avoir été une avancée majeure, n’en avait pas moins suscité le mécontentement tant des ONG et Associations « abolitionnistes » que des autorités conservatrices mauritaniennes ou autres « négationnistes » qui y entrevoyaient «la perte de leurs privilèges intangibles ».

 Un ancien ambassadeur mauritanien, en l’occurrence M. HAMOUD Ould Ely, Arabo-Berbère très estimé en Mauritanie, pour son implication dans les victoires diplomatiques acquises à l’étranger par son pays, de récente date, aurait déclaré en substance, à la télévision : « Si on scolarisait les esclaves, certaines tâches, services et emplois ne seraient plus effectués… ».

 Il résulte des propos de ce haut responsable mauritanien, au-delà de l’émotion qu’elle a générée dans « les cercles abolitionnistes », la preuve des difficultés d’application pratique de la loi 2007-048. De fait, ladite loi s’était entourée de « précautions » qui continuent au mieux à rendre son application « symbolique », au pire, « inopérante » dans la pratique.

 La Société Civile Mauritanienne qui peine à être écoutée par l’Etat Mauritanien est formelle : « l’esclavage existe encore en Mauritanie. On ne peut pas en parler. L’Etat Mauritanien ne veut pas qu’on en parle (…) En Mauritanie, l’esclavage n’a pas de couleur. Il est de nature particulière (…). Ici, la législation est très avancée. Nous sommes habiles : personne ne pourra nous libérer. Nous nous en sortirons nous-mêmes… ».

Notre interlocuteur à la tête du Parlement Mauritanien de lors, ne disait pas davantage : « Aujourd’hui, sur le plan juridique, on a vraiment avancé malgré les négationnistes. On a réussi à faire voter cette loi et à qualifier l’esclavage de crime contre l’humanité (…). Mais nous sommes fragiles, je choisis la méthode non-violente. J’ai 70 ans. Je suis pour ce qui nous libère, mais pas au point de tout briser  (…) ».

 C’est tout dire : l’enracinement de l’esclavage en Mauritanie est tel que l’éradiquer s’apparenterait au plan psycho-social, à une véritable secousse sismique ».

 Selon les informations qui nous parviennent dans l’intervalle, nous sommes contraints d’admettre que c’est dans l’histoire, l’anthropologie et le multiculturalisme propres aux Mauritaniens que peuvent être tracées des voies et esquissées des solutions propices à exorciser un mal, dont les tentacules sont parvenues à enchaîner « les universaux mentaux » du peuple mauritanien, au point de se muer en « tragédie muette … ».

 I-3-1-Le poids de l’histoire coloniale française sur le multiculturalisme Mauritanien

L’histoire nous renseigne de ce que la colonisation française de la Mauritanie s’est jadis glissée dans le moule de la configuration manichéenne des Arabo-Berbères ou Maures Blancs dominateurs et des Négro-Mauritaniens dominés, assujettis, pour consolider, à travers une manière opportuniste de « pacte hégémonique Franco-Arabo-Berbères», le statut quo de la pratique esclavagiste.

 Il ne nous semble au demeurant pas superfétatoire d’imputer l’entière et flagrante responsabilité du climat social confrontationnel actuel, à la France qui, autrefois, a passé des accords avec les dignitaires Arabes locaux, dans le but de maintenir le système, vieux depuis le VIIIème siècle, lequel accordait tous les privilèges aux Maures « Blancs » et réduisait à la servitude, les « négro-Mauritaniens ».

Le Président du Sénat, le Très Honorable Ba MAMADOU dit Bâ M’baré, assisté de son Directeur de Cabinet, avisant de l’histoire passée et récente de l’esclavage en Mauritanie et de la nécessité des réparations, laissait entendre à la Mission d’observation du CRAN :

« Nous sommes des anciens colonisés. Voilà des réparations qui ont du sens. Il faut nous intégrer dans cette recherche de réparations. La sous-région entière a été victime du colonialisme, qui n’avait pas interdit l’esclavage, étant lui-même  esclavagiste (…) ».

 La responsabilité tout au moins passive de la France a en effet consisté, au début des années 1900, à entériner en Mauritanie, la pratique de l’esclavage tout en exacerbant les privilèges féodaux des dignitaires locaux, fidèle à la devise : « diviser pour mieux régner ».

Le machiavélisme avait partout ailleurs fait ses preuves … Et puis, à quoi aurait servi une longue guerre expansionniste à l’issue incertaine, là où « il suffisait d’obéir à la nature pour mieux la commander » ?

 La conquête d’un espace territorial vital de plus d’un million de kilomètres carrés (1 030 700 km²) partageant géo-stratégiquement une proximité frontalière avec l’Afrique du Nord et de l’Ouest, en sus de la bordure côtière longue de 753 kilomètres, n’était-elle pas un atout suffisant qui surpassait « l’exégèse humaniste et égalitaire » prônée par « la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme… » ?

 En préservant ses intérêts d’époque, la France avait-elle conscience de maintenir des « équilibres instables » qui autoriseraient dans le Maghreb dit Arabe » que, de l’Egypte, au Maroc, en Lybie, en Tunisie, en Algérie, en Mauritanie jusqu’au Sahara Occidental voisin, 80 000 000 (quatre vingt millions) de Noirs autochtones, demeureraient, selon nos informations « invisibles » ?

 En catalysant « le nationalisme négro-africain » contre le « chauvinisme arabe » dans les sous-régions Ouest-Africaine, Maghrébine, jusqu’en Egypte, la France mesurait-elle, au plan historique, la responsabilité idéologique qui lui incomberait, de « la disparition du paysage humain » de quatre vingt millions de Noirs autochtones tout comme de l’effacement des Touaregs, du paysage  culturel et humain au Mali et au Niger ?

 Ce questionnement, utile à la lecture historique globale de la problématique de l’esclavage en Mauritanie et dans la sous-région, est moins une mise en index de la France qu’une volonté de cerner aux sources, ce qui fait aujourd’hui « la complexité de « la délégitimation de l’esclavage en Mauritanie ».

 I-3-2- Le poids de la culture et des traditions

 Le Président du Sénat Mauritanien reconnaissait au sujet de l’esclavage : «il n’y a pas d’échanges marchands, il y a des structures traditionnelles, des phénomènes culturels (…) ».

 La Société Civile mauritanienne relevait quant à elle : « l’esclavage devient tabou en Mauritanie (…). L’Etat français a une responsabilité. Durant la période coloniale, les français ont favorisé certaines communautés. La France… est responsable du racisme ancestral et (de la pratique qui veut aujourd’hui que) les autorités accordent des privilèges (…) ».

La constante qui se dégage des avis recueillis lors de notre mission d’observation c’est l’impact que l’histoire coloniale de la Mauritanie a eu sur la culture et la stratification sociale en Mauritanie.

 L’Ambassadeur de France en Mauritanie, Son Excellence Hervé. BESANCENOT circonspect et prudent, révélait que : « Dans le domaine culturel, on a du mal aujourd’hui à voir les différentes composantes de la société mauritanienne. On peut jouer avec la musique ou autre (…). Notre coopération se doit d’être discrète. Les Mauritaniens et les Maures en particulier sont un peuple fier (…) ».

La fierté constitue en effet « un invariant culturel séculaire », des Mauritaniens. Ces derniers sont loin d’ironiser, lorsqu’au sujet de la colonisation française, ils affirment n’avoir jamais été « colonisés » mais « administrés ». Lisez entre les lignes : la France n’avait d’autres choix en Mauritanie que de légitimer l’esclavage, elle-même étant un pays esclavagiste(…)

 Maîtres ou Esclaves, descendants de Maîtres ou d’esclaves, les Mauritaniens ont conservé cette fierté indéfinissable et particulièrement désarmante qui veut que :« le Maître est fier de son statut et le revendique (…)  L’esclave ou le descendant d’esclave n’éprouve  quant à lui, aucune acrimonie  à l’endroit de son ascendance, comme il ne voit aucune objection à faire allégeance à son maître… »

 A la question relative à la frilosité qui entoure l’application de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage, le Président de l’Assemblée Nationale de Mauritanie nous avait séduit et profondément ému par sa sincérité :

« L’esclavage existe et il faut l’éradiquer. Nous travaillons à deux vitesses. Au niveau juridique, les instruments favorisent la lutte. Mais la pratique quotidienne, le plus important, nous sommes au point zéro. Personne n’accepte de parler comme j’en parle. C’est notre société, c’est notre problème (…) ».

 I-3-2-1- Le poids des traditions discriminatoires sublimées par l’histoire

 Les pratiques esclavagistes transmises, enseignées de génération en génération par les chefs tribaux, ethniques, religieux et légitimées par la féodalité conservatrice au pouvoir, ont trouvé un terrain fertile pour une servitude transgénérationnelle.

 La question de l’esclavage en Mauritanie impose par conséquent un décryptage à plusieurs niveaux de lecture. Ces niveaux de lecture s’enracinent dans le schéma dualiste, perpétuellement maintenu « des Arabo-Berbères (Maures Blancs) toujours maîtres de père en fils et des Négro-Mauritaniens « de toutes les colorations », condamnés au statut d’esclaves d’ascendants à descendants.

En effet, sans que cela ne soit nulle part inscrit : « être Noir en Mauritanie est un délit… ».

Le Président de SOS Esclaves M. BOUBACAR MESSAOUD l’illustre bien, lorsqu’il rapporte à la Mission d’observation du CRAN : « on m’invite à la Radio, à la Télévision, anniversaire de l’indépendance, 54 hommes sous la tente, mais six Noirs, cinq ou six Haratines, cinq femmes. Il faut avoir la courtoisie de respecter son peuple. Je ne disculpe personne. Il y a discrimination dans l’intérêt des Arabes. Le Nègre, s’il en avait les moyens, l’aurait fait aussi. Il y a des comportements discriminatoires partout. Le terme « Kori » établit une distinction entre Noirs et Blancs en Mauritanie (…) Il faut respecter dans la langue, les personnes … »

Ces quelques lignes du Président de l’une des ONG abolitionnistes, apportent la preuve du mode opératoire de « la féodalité conservatrice   au pouvoir, depuis l’indépendance de la République islamique de Mauritanie à savoir : « Prendre des décisions qui ont une résonnance conforme aux attentes de l’opinion internationale, n’accomplir aucune des réalisations envisagées, proclamer qu’il n’y a aucune discrimination en brandissant des officiels Haratines hauts placés, exhiber ces derniers comme des « images et figures emblématiques » de la cohésion sociale ; maintenir l’équilibre instable de la coexistence pacifique entre les clans, ethnies, tribus et castes d’une mosaïque non encore répertoriée dans sa totalité, faute de recensements fiables…

 Le schéma dualiste hérité de la colonisation représentant une minorité dominante d’Arabo-Berbères ou Maures appelés « les blancs » (environ 25% de la population) confrontée à une majorité discriminée de Négro-Mauritaniens repartis au sein des communautés de Haratines, Soninkés, Peuhls, Sarakolés, Wolofs, Halpoulars, Toucouleurs, Bambaras…etc (75% de la population) vole progressivement en éclats.

I-3-2-2- L’indifférenciation anthropologique du Maître…

 En République Islamique de Mauritanie, se déploie dans le processus psycho-social et anthropologique, une unanimité tacite reproductrice du Maître, comme modèle et exemple vivant auquel il faut « à défaut de se soumettre, ressembler ». « Le Maître  séculaire » est Arabo-Berbère ou « Blanc », l’esclave de descendance est issu de la caste  des « Haratines », une des composantes « multicolores » de ceux que nous désignons pour des raisons de simplification « Négro-Mauritaniens ».

Or, la République Islamique de Mauritanie est davantage une constellation de tribus, de clans, d’ethnies, de castes lesquels, sur le modèle du Maître, reproduisent ceux des clivages et celles des pratiques féodales qui ont cours au sein de la minorité blanche mauritanienne(…).

Le premier élu du peuple Mauritanien, un Haratine, nous faisait observer : « On m’a souvent dit que je parle uniquement des pratiques  des Arabes, mais je parle de ce que je connais le mieux. Je suis descendant d’esclaves, propriété des Arabes. Ils sont blancs, je suis comme je suis. Je suis leur esclave. L’esclave Soninké ou halpoular est moins visible. Je me suis rebellé très tôt. Mon semblable Soninké ou Wolof ne se voit pas (…) ».

 Qu’est-ce à dire, sinon qu’il existe au sein de la majorité Négro-Mauritanienne dite « discriminée, des Soninkés, des Peulhs, des Wolofs, des Bambaras ou des Sarakoles attachés aux privilèges féodaux. Les Maîtres et les esclaves apparaissent par conséquent comme des figures diffuses, protéiformes, éclatées, banalisées du paysage humain et multiculturel mauritanien : les maîtres, refusant d’être affublés du patronyme d’esclavagistes, tout en demeurant propriétaires d’esclaves ; les esclaves, tout en refusant d’assumer d’être taxés comme tels en cas de dénonciation, reculent devant tout horizon autre que celui d’appartenir à leurs maîtres(…), au point d’être prêts à mourir pour ces derniers….

A l’analyse, l’obstacle anthropologique est l’écueil majeur auquel se sont heurtés les régimes militaires successifs qui ont voulu s’attaquer à l’épineuse problématique de l’esclavage et même, des Gouvernements qui ont dû recourir à la répression et à la déportation des Négro-Mauritaniens dont les voix se sont bruyamment élevées contre l’injustice, l’inégalité, l’iniquité et la cruauté d’une pratique surannée et fondamentalement inhibitrice de toute marche vers le développement et l’émancipation des peuples.

 Il va sans dire que les esclaves, dépendent matériellement, économiquement, physiquement, charnellement et spirituellement de leurs maîtres : il s’agit en réalité, de « possessions », « propriétés », « servants ou servantes », « domestiques à charge », « personnes corvéables à souhait et plus ou moins consentantes ».

 Devant tous « ces visages familiers du servage», on serait en droit de se demander, s’ils ne participent pas tous, du «métamorphisme de l’esclavage » ?

 I-3-3- Le poids écrasant des conservatismes féodaux

 J’avais  en mai 2013, en tant que Vice-Président du CRAN, chargé des relations avec l’Afrique, tiré la sonnette d’alarme, au sujet du péril social que courrait la Mauritanie, en entérinant l’héritage esclavagiste légué par la France comme une manière de fidélité et de respect du « Pacte Franco-Arabo-Berbères ». Je réagissais ainsi, à la condamnation des Militants abolitionnistes qui, en avril 2012, avaient brûlé les livres religieux qu’ils considéraient comme le Code Noir de l’esclavage en Mauritanie. L’acte ainsi posé, se destinait à attirer l’attention de l’opinion  nationale et internationale… Dans ces livres religieux, le statut de l’esclave était défini comme suit :

 1.  La femme esclave doit entretenir son maître par sa chair.

2.  Elle ne doit pas couvrir son corps du regard de son maître.

3.  L’enfer est promis à l’esclave qui n’obéit pas.

4.  Un maître peut vendre ou marier son esclave à qui il veut et à tout moment.

5.  Le Maître met fin au mariage de son esclave, chaque fois qu’il le souhaite.

6.  Interdiction pour un esclave ou descendant d’esclave de diriger la prière.

7.  Un Maître peut, à tout moment, entretenir des rapports sexuels avec son esclave.

Le  Maître « peut » parce qu’il détient « le pouvoir » reconnu par « les livres religieux »… L’esclave « doit » parce qu’il a « le devoir » en tant que croyant, d’observer scrupuleusement « les prescriptions sacrées » du rôle qu’il est appelé à jouer…

          L’histoire des peuples structure leur mentalité, remodèle leur culture adapte conjoncturellement leurs mœurs séculaires ; la foi et la croyance, quant à elles, agissent sur leurs « universaux mentaux » parce qu’elles investissent leur sensibilité, affectent leur esprit.

Les militants abolitionnistes d’avril 2012 avaient qualifié par les substantifs, « Code Noir  de l’esclavage », «les livres religieux » qui faisaient l’apologie de l’esclavage et sacralisaient le Maître.

Du fait des « croyances dégénérées », il existe en Mauritanie, des castes d’ascendants et descendants d’esclaves « bâtards » qui ne porteront jamais les noms de leur père ou géniteur en vertu « du droit féodal de cuissage ». Les fils d’esclaves reprendront inéluctablement le nom de leur mère, « Ould Fatma » par exemple… La Société Civile nous faisait remarquer y relativement : « les esclaves n’ont pas d’état civil. Les enfants non plus. L’Etat doit prendre des dispositions pour qu’ils aillent à l’école (…) ».

 Les politiques s’attaquent très peu à la question et pour cause : « l’esclavage est politique », il contribue à conserver la société telle qu’elle est, avec ses inégalités, ses privilèges, ses injustices raciales, claniques, ethniques (…) ».

 La stigmatisation dès la naissance des descendants d’esclaves est appelée, en Mauritanie, à se perpétuer « telle un piège sans fin… », tant qu’il sera interdit aux politiques d’aborder la question de ces fils et filles d’esclaves dont la population s’est démultipliée au fil des  décennies avec des mutations «multicolores » vertigineuses (…).

 Leur maintien dans « l’ombre », leur effacement voulu du paysage humain mauritanien, est une forme criarde d’ostracisme social, de marginalisation sociétale, de réclusion au statut d’apatrides, de déchéance, dans le même temps de la citoyenneté et de la nationalité des fils et filles de la Mauritanie condamnés dès la naissance et au cours de « l’existence » à n’être que « les ombres » de leurs maîtres ; pire, à n’avoir aucune existence légale(…)

Cette stigmatisation peut, par ailleurs, être interprétée sous l’angle d’une volonté hégémonique qui se sert de « l’Eugénisme », pour asseoir la permanence du pouvoir et la perpétuation des privilèges de « la caste des Maîtres »… De fait, en choisissant « l’Esclave-femme » comme « reproductrice perpétuelle d’une descendance qui ne portera jamais le nom des géniteurs… », le Code Noir… a durablement contribué à mettre sur pied, une machine redoutable, perverse, abominable et cruelle destinée à hypothéquer le futur et priver la Mauritanie « des forces vives d’une jeunesse qui n’avait pas vocation, au motif de la naissance, d’être marginalisée… ».

 Pratique culturelle, cultuelle ou fatalité de l’Histoire ?

 L’esclavage en Mauritanie est tout cela à la fois. Il a le visage de la Mauritanie : pluriforme, pluriel, multicolore, « incolore », « transparent », multiforme… Les mutations du phénomène sont telles que les termes caractérisateurs en viendraient à ne pouvoir être épuisés… Il n’est donc pas surprenant que les politiques, avec une habileté et une dextérité inégalées, usent et abusent de la ruse, pour échapper à « l’aveu que l’esclavage existe en Mauritanie »…

 Notre avis est pourtant qu’admettre l’existence de l’esclavage est un impératif catégorique qui marquera la rupture avec « le marasme identitaire » et sonnera « la fin du culte de l’indifférence face à la misère morale absurde d’être apatride dans son pays dès la naissance et privé de citoyenneté pendant toute son existence(…) »

 Les hommes politiques conservateurs mauritaniens comme les esclavagistes tapis « dans les sables mouvants d’une pratique d’un autre âge », ne doivent jamais oublier qu’ils ne sont pas héritiers « d’une sempiternelle ascendance de Maîtres », mais qu’ils ne font qu’emprunter la terre à ceux qui viendront… Car, qui peut préjuger de ce que réserve l’avenir, si dans les temps présents, rien n’est fait pour endiguer le fléau de « l’esclavage structurel actuel » de la Mauritanie ?

Un dicton africain dit : « Quand on couvre ça sent !!! ».

 Notre Mission d’observation avait émis le vœu que « la découverte » soit « le fil d’Ariane » de nos investigations. Or, « la couverture » en Mauritanie est un « Modus Vivendi » anthropologique, culturel, rituellique, comportemental, vestimentaire… On se couvre quand il fait chaud, assurément pour atténuer les ardents rayons du soleil et stabiliser la température du corps… On absorbe des boissons chaudes, en l’occurrence, « le Tchaï » pour les mêmes raisons… La tendance à « couvrir » l’être, à « se recouvrir » le corps va plus loin ; elle s’étend à l’aptitude à « voiler… couvrir les choses qui fâchent, dérangent, offensent ou plus précisément, pourraient attenter à la liberté, aux croyances et à la « cohésion sociale » de la Mauritanie, c’est-à-dire clairement au statu quo des privilèges… » nous disions, un peu pour prévenir les uns et les autres de la nécessité de ne rien cacher :

« Le soleil n’éclaire et ne sèche que ce qu’on lui montre… »

 Eclairer, mettre à la grande lumière le caractère à la fois « monolithique » et « kaléidoscopique » qu’offre l’esclavage en Mauritanie, permettrait une lisibilité, sans doute, une effectivité des solutions propres à la Mauritanie, adaptées à son anthropologie et à sa culture, acceptées par la branche conservatrice de l’Assemblée des Oulémas dont nous savons « la prégnance » et la profonde influence en République Islamique de Mauritanie.

Nous sommes conscients de ce que « le tendon d’Achille» de l’esclavage en Mauritanie, réside dans ses racines anthropologiques et culturelles, encouragées et légitimées par les préceptes religieux d’un islamisme conservateur. Perçu sous cet angle, il est courant que « les Maîtres » aient la profonde certitude d’être des bienfaiteurs, qui irradient de leur générosité les nécessiteux, en leur fournissant « pitance », « abri », « vêture » et « descendance ». Les esclaves, à cause de la pauvreté ou de l’indigence de leurs ascendants ne se représentent aucune perspective d’avenir, hors de  « leurs bienfaiteurs » qui, à leur tour, ont hérité de leurs ascendants, « une main d’œuvre servile, corvéable et soumise au doigt et à l’œil » à leur volonté…

Lorsque nous déduisions des propos recueillis, l’autre effarante réalité selon laquelle « les pratiques esclavagistes » étaient notoirement plus ardues chez les Négro-Mauritaniens, lesquels, comparés aux Arabo-Berbères, ne bénéficient pas de la même aisance en biens (…), alors surgissent insidieusement  les questions d’une brûlante actualité : Que faire ? Par quel bout commencer ?

 Comment  procéder pour démonter le bloc « kaléidoscopique » miroitant des reflets et facettes multiples de l’esclavage et de ses séquelles, au point de rendre, vaine toute tentative de s’y attaquer ?

La tentation première serait en effet d’ériger hâtivement en postulat« l’irréversibilité de l’esclavage et de ses séquelles en Mauritanie, tant la pratique s’est incrustée dans les mœurs, les cultures et croyances de toutes les composantes de la mosaïque ethnique, clanique, tribale (…) etc

L’autre tentation serait de laisser penser que rien de vertueux n’est entrepris par le Gouvernement actuel et sous la présidence de son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, pour résorber et par touches successives, éradiquer « l’esclavage et ses séquelles » en République Islamique de Mauritanie.

La dernière tentation, celle-là, catastrophique, serait « de faire-semblant »…selon de nombreuses sources qui nous parviennent ex-post, cette dernière option aurait été adoptée par les Autorités Mauritaniennes.

Des informations émanant desdites sources, font état de ce que les Autorités gouvernementales Mauritaniennes auraient choisi d’implémenter des « actions cosmétiques » visant à rassurer l’opinion internationale, avec de « beaux textes de lois » inappliqués et inapplicables, « des recommandations de révision de la législation sur l’esclavage hautement pertinentes », lesquelles sont brandies à l’occasion des forums internationaux et rangées dans les tiroirs, au retour des commissions et conventions partenariales, avec les Nations-Unies, l’Union Européenne et autres entités techniques ou financières ayant voix au chapitre(…).

Récemment, à Genève, les Organisations Non Gouvernementales (ONG) Mauritaniennes en charge de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles, auraient dans un « chorus unanime » repris « le leitmotiv » de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CDH) ; du Commissariat des Droits de l’Homme pour défendre avec brio et sagacité, les actions conduites par le Gouvernement Mauritanien afin d’éradiquer les séquelles de l’esclavage. Cette opération de loyauté empreinte de nationalisme, est louable. Mais, faut-il continuer à grands frais  d’Etat le financement particulièrement coûteux de « l’image de marque de la Mauritanie » ?

 Oui ! A la seule condition que ces dépenses importantes selon nos sources, impactent sur la recherche des solutions idoines à l’éradication, non des séquelles, mais du « vrai visage muet » de l’esclavage en Mauritanie.

 II- LA TRAGEDIE MUETTE DE L’ESCLAVAGE EN MAURITANIE : L’URGENCE D’UNE THERAPIE IDOINE

 II-1- La Thérapie du Gouvernement Mauritanien sujette à caution

 Au lieu d’une chirurgie esthétique, il s’agit de pratiquer en Mauritanie, une chirurgie vive, conforme à « l’éthique thérapeutique appropriée », et non à « la plastique » qui donne plus de place, au « paraître » qu’à « l’être »…

Le plus urgent et le plus approprié aux yeux de l’Etat Mauritanien, était à ce qu’il nous a semblé, lors de notre mission d’observation, la lutte contre la pauvreté.

 Le Ministre de la Justice, à l’époque de notre séjour, nous révélait à ce sujet : « Les gens ne sont pas libres, non pas à cause de l’esclavage ou de ses séquelles, mais parce qu’il n’y a pas assez d’écoles, il n’y a pas de richesses. Nous combattons la pauvreté (…) ».                                                                                 

La démarche gouvernementale est assurément habile qui propose la solution en occultant le problème : les esclaves sont libres en Mauritanie, mais ont tendance à perdre cette liberté parce que non-scolarisés, sous-scolarisés, démunis, indigents, pauvres et la plupart du temps livrés à eux-mêmes.

C’est donc sous le prisme de « marginalisés économiques », que le Gouvernement Mauritanien s’attaque à la lutte contre l’esclavage ou de ses séquelles, mais pour constante qu’elle est, l’approche gouvernementale mérite d’être interrogée tant du point de vue de sa cohérence que  de son efficacité…

Boubacar Messaoud de SOS esclaves prévenait la Mission d’observation du CRAN : « l’esclavage en Mauritanie n’est pas ponctuel, mais structurel… » même la loi 2007-048 censée incriminer l’esclavage n’admet paradoxalement pas son existence en ce qu’elle impose la mention « présumé esclave » à tous « les cas avérés d’esclavage » disqualifiant, à l’occasion, les dénonciations…

L’Agence TADAMOUN,  dotée d’un budget conséquent destiné entre autres, à l’assistance des cas avérés d’esclavage et auréolée  de la capacité d’ester en Justice, en tant que partie civile, ne  saurait paradoxalement, « avoir du grain à moudre » dès lors que lesdits cas ne seraient jamais connus de l’Institution de haut niveau, chargée de l’éradication des séquelles de l’esclavage en Mauritanie.

A preuve, avocat de formation et ancien Ministre de la Communication, M. HAMDI OULD MAHDJOUD, alors Directeur de l’Agence TADAMOUN, avait tenu d’entrée de jeu à baliser le cadre de l’intervention et de l’action de « l’Institution » qui à l’époque n’avait que cinq (5) mois d’existence : « il est un fait, c’est que l’esclavage n’existe plus en Mauritanie. Il n’est plus admis par l’Etat (…) l’Etat n’accepte ni l’esclavage, ni les pratiques esclavagistes ».

Cet extrait éclaire l’option gouvernementale et la position officielle de l’Etat mauritanien : « la non-acceptation de l’esclavage, la négation des pratiques esclavagistes équivalent ipso facto à l’inexistence de l’esclavage…

Il s’agit donc « d’une pétition de principe » ; l’affirmation vaut le fait, un peu comme si « dire » c’est « faire ».

II-2- LA NECESSITE D’UN DIAGNOSTIC LUCIDE, EFFICACE ET METHODIQUE DU PROTOCOLE GLOBAL D’ERADICATION DE L’ESCLAVAGE EN MAURITANIE

Certes, en Afrique, l’oralité et la parole donnée sont des  constantes qui tirent leur valeur, de la chaleur de la voix et du crédit émotionnellement apporté aux mots, que cette voix articule et égrène tel « un chapelet de vérités ». Mais, nous avons aussi pu observer, qu’au sein du Commissariat des Droits de l’Homme (CDH) ; de la Commission Nationale des Droits de l’Homme

Par Guy Samuel NYOUMSI, Pdt de Solidarité Africaine de France

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge