Travail: Et si les Harratines croisaient les bras 48 heures ?

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Imaginez le scénario ! Qu’adviendrait-il dans le pays si les haratines croisaient les bras pendant deux où trois jours, eux qui portent sur leurs bras la masse de travail de toute laMauritanie? Avec leur capacité à atteindre et maintenir un niveau d’effort qui parait impossible, ils le mettraient simplement à genoux. 

Dans une société, pour un commerce juste et équitable, le cycle des échanges doit viser une complémentarité solidaire entre les hommes et non le profit, le bénéfice au détriment du prochain. 

Tout travail n’est pas forcément une libération. Exercé dans certaines conditions, il devient aliénation, car il fait perdre à l’homme son humanité et en Mauritanie, nous somme passés maîtres. L’aliénation vient du mot latin « aliénus », c’est-à-dire qui appartient à un autre. 

En vendant à bas prix sa force de travail, l’ouvrier haratine, le boy soninké, la bonne wolof, se voient dépossédés du produit de leur travail, lequel devient pour eux un objet, une marchandise extérieure. Ils deviennent esclaves de cette tache, payés à la journée au mois de leur travail.

Quant aux « maîtres » ils sont renommés pour la qualité de leur commerce, vis-à-vis de leurs subordonnés, ne fuyant pas leurs avantages indus. Secrets et fermés, ils vivent repliés sur eux-mêmes dans la crainte que des éléments extérieurs ne s’introduisent dans leur petit royaume, et porter atteinte aux profits considérables qu’ils engrangent dans des activités prétendues légales.

Pour cette « activité vitale », on donne au hartani ce dont il a besoin pour le maintenir d’aplomb afin que demain il puisse encore retravailler. Sa paie, une somme modique destinée à reconstituer la force de l’ouvrier qu’il est, et non à récompenser des heures pénibles de travail. 

Le pire, c’est que ce qu’il produit ne lui appartient pas, il lui demeure étranger. C’est la propriété d’un « maitre » à qui il revient exclusivement d’en faire ce qu’il veut et même de le lui revendre pour en tirer profit. C’est toujours ainsi que çà se passe. Il apparait nettement que le travail exercé dans ces conditions aliène l’être humain. 

C’est ainsi qu’il se perd dans une réalité étrangère ou il est dessaisi de sa propre essence. C’est l’avis de MBareck, véritable force de la nature que nous avons rencontré au marché de la capitale, déchargeant avec autres titans, un camion remorque ; « cette tache ingrate n’est pas une activité grâce à laquelle je m’épanouis ou me réalise, mais une contrainte pour pouvoir survivre dans la société ».

Quant à la question de savoir si la force de leurs biceps connait une amélioration avec la diversification des nombreux produits qui inondent le marché, il souligne que les gens dans leur ensemble ont une image écornée de leur statut, « je peux dire que si le ciel a une moitié, c’est nous manœuvres qui la portons sur notre tête dans ce pays, s’il nous arrivait de croiser un jour les bras, l’héritage de notre repos sera lourdement négatif, car tout s’arrêtera ».

S’employant à nous faire un diagnostic sans complaisance du mal qu’ils feront s’ils croisaient leurs solides bras. C’est dire donc que si l’on lui reconnaissait sa force de travail de façon équitable, le fardeau deviendrait un instrument d’épanouissement collectif, d’accomplissement et de libération pour lui. « S’il est vrai que tout le monde est d’accord que la vie humaine n’existe qu’au pluriel, il nous faut humaniser nos rapports » a poursuivi MBareck.

S’il y a un pays où on peut « démocratiser » l’offre de service, afin d’améliorer la qualité de vie des populations, c’est bien la Mauritanie estime M. Alpha Saydou, un agent en armement et consignation, venu faire une livraison dans un magasin. 

Il fera savoir que les porteurs ou les dockers sont payés 2.000 UM à la tonne et que s’ils sont vingt comme le cas de notre ami du marché, « ils n’auront que des miettes ». Il fera savoir qu’au quai de Nouakchott, un bateau amarré fait 150.000 UM l’heure, à 250.000 UM et le double, « pendant les jours ouvrables et le double le week-end ». 

Les navires sont accostés par un remorqueur qui est payé à lui seul à un montant supérieur ou égal à 150.000 UM/H. Il a reconnu que c’est un univers financier où tout le monde est à la fête financièrement. Si un navire accoste sans être débarqué, c’est une perte pour le consignataire et un avantage pour le port, fera observerAlpha, poursuivant « qu’il nous faut réinstaurer un commerce équitable pour sauver le monde de nos affaires des affaires qui ne sont qu’entre les mains de quelques nantis ». 

Il n’est pas souhaitable que les haratines croisent les bras, car les impacts de leur acte seront nombreux et variés, ils sont des piliers sur lesquels reposent les grands équilibres de notre économie à l’image du mat d’une tente, dira l’agent en armement et consignation.

ADN

Source : Cridem

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