UN AUTRE REGARD SUR LE MALI


Mercredi 20 mars 2013, à 18h au Palais de Tokyo, rencontre avec Bakary Diallo et Seydou Cissé. En présence d’Alain Fleischer* et de Jean-Loup Pivin**.

Mali autrementSuite aux événements politiques qui troublent le Mali, Alain Fleischer – directeur du Fresnoy, Studio national des arts contemporains – a  été invité dans le cadre du programme des Alertes du Palais de Tokyo afin de sensibiliser l’opinion à la situation culturelle et artistique du Mali.

Les Alertes sont des invitations faites à des artistes et commissaires d’exposition à investir un espace du Palais de Tokyo et à réagir au fil brûlant de l’actualité, qu’elle soit politique, économique ou émotionnelle. Quatrième Alerte organisée par le Palais de Tokyo, « Alerte : un autre regard sur le Mali » met en exergue la fragilisation de la vie culturelle malienne dans ces temps de guerre. Elle cherche à donner à voir une autre actualité que celle militaire et stratégique qui nous est transmise à propos du conflit au Mali.

Bakary Diallo et Seydou Cissé sont deux jeunes artistes maliens récemment diplômés de l’école du Fresnoy. La vidéo est leur médium de prédilection, la société malienne leur matière première. Les récents évènements qui se sont déroulés dans leur pays ont rendu la pratique de leur art difficile. Vivant aujourd’hui à Trappes dans les Yvelines, ils portent un regard sur l’évolution de la société et s’interrogent sur la survivance de pratiques sociales et culturelles en temps de guerre.
* Alain Fleischer est cinéaste, photographe, plasticien et écrivain français, fondateur et directeur du Fresnoy, Studio national des arts contemporains.** Jean-Loup Pivin est architecte, critique d’art, auteur de nombreux essais sur la création contemporaine africaine et éditeur. Fondateur de la « Revue Noire » et du BICFL1, l’un des premiers bureaux d’ingénierie culturelle.


« Le Mali vit des événements particulièrement sinistres, où l’histoire de l’art fait les frais, comme souvent, d’un épisode aberrant de l’Histoire : outre les souffrances imposées aux populations par une force brutale, l’obscurantisme, le fanatisme, l’extrémisme, l’intolérance, la perversité ont causé de graves préjudices au patrimoine culturel, dans une ivresse de vandalisme et de destruction. À l’heure où le Mali est progressivement libéré, l’attention des médias et du public international est attirée, sans doute à juste titre, par cette actualité.

Il ne s’agit pas de profiter de cet intérêt pour un épisode qui, pour être réconfortant, n’en est pas moins militaire, c’est-à-dire douloureux, mais au contraire de rappeler qu’il y a des raisons encore meilleures, et plus durables, de s’intéresser au Mali. Ce pays compte une jeunesse créative, curieuse du monde contemporain, avide de formation et d’informations, attentive aux innovations, désireuse de s’exprimer avec les langages d’aujourd’hui, même lorsque c’est pour explorer et évoquer la mémoire, les traditions, les moeurs, les coutumes.

Il y a trois ans, dans un Mali alors en paix, le Fresnoy-Studio national des arts contemporains est allé à la rencontre de jeunes artistes, à Bamako. Deux d’entre eux, issus de l’excellente école qu’est le Conservatoire des Arts, ont été invités à parfaire leurs études au Fresnoy à Tourcoing, avec l’aide, pour l’un, d’une bourse de la Fondation Lagardère, pour l’autre, d’une bourse de l’Institut Français. Pendant leur cursus de deux ans, Bakary Diallo et Ceydou Cissé ont produit des oeuvres vidéo en retournant filmer dans leur pays, avec des moyens techniques dont ils n’avaient pas bénéficié auparavant, et dont ils ont fait un usage d’une remarquable pertinence, donnant forme au dialogue entre l’imagerie contemporaine et un imaginaire qui puise loin dans le passé, ses thèmes et ses figures.

L’exposition consacrée par le Palais de Tokyo, dans le cadre des « Alertes », avec la collaboration du Fresnoy-Studio national, aux jeunes artistes-vidéastes maliens Bakary Diallo et Seydou Cissé, est une occasion de porter un autre regard sur la réalité du Mali, c’est aussi une revanche anticipée de l’histoire de l’art sur l’Histoire. »

Alain Fleischer

SEYDOU CISSÉ : FARAW KA TAAMA, 2012

Le film Faraw ka taama se réfère à une légende, celle du voyage des pierres liées à l’édification du pont-barrage de Markala (région de Ségou, Mali). En ayant recours aux procédés numériques, cette oeuvre trace un lien entre l’animisme et la vidéo d’animation, et évoque les croyances qui traversent la culture malienne. Elle se veut aussi un hommage à l’endroit de tous ceux qui ont participé à la construction de cet ouvrage. Liant rêve et réalité, tradition et modernisme, le pont-barrage de Markala est une voie ouverte au trafic routier. Construit entièrement en métal pendant la période coloniale entre 1934 et 1947, il lie le nord et le sud du Mali à travers le fleuve Niger. Actuellement, il est un point stratégique pour les forces de l’ordre maliennes et étrangères.

BAKARY DIALLO : TOMO, 2012

En donnant à voir des êtres fantomatiques enflammés qui effectuent des tâches de la vie domestique, Bakary Diallo aborde de manière symbolique les blessures physiques et psychologiques que subissent les peuples dont le territoire est ravagé par la guerre. Si cette vidéo a été tournée au Mali, l’artiste représente les déséquilibres générés par les conflits armés d’une manière générale. Bakary Diallo évoque également la question des mouvements de population, « Tomo » signifiant littéralement en Bambara « un territoire déserté du fait de la guerre » : ces déplacements sont un autre signe universel du territoire en conflit.

Source:  .palaisdetokyo du 16/03/2013

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