Un frère dans la miséricorde d’Allah

Ahmed Ould Abdel AzizaMa relation avec mon frère et cher  ami Feu Ahmedou ould Mohamed ould Abel Aziz avait débuté au milieu des années quatre vingt-dix. Je l’avais connu depuis  lors accueillant et toujours souriant.   Nous n’étions alors que des bambins voisins  qui jouaient dans les rues du même quartier. Notre relation s’était  développée et s’était  beaucoup consolidée plus tard lorsque nous avions passé presque dix ans dans la maternelle  et l’école primaire privée El ashbal de TevraghZeina.

Le défunt passait la plupart de la journée chez moi car nous étions liés par de très solides  relations d’amitié basées sur la considération et le respect réciproque. Ma mère l’aimait beaucoup pour plusieurs raisons dont l’une est qu’il ressemble beaucoup à un membre de notre famille,  selon elle. Son excellente moralité   et son  comportement exemplaire sont  venus renforcer l’amour et l’estime que toute notre famille voue à ce jeune homme. Il considérait ma mère et le reste de ma famille comme les siens.

Ma mère de son coté n’avait épargné aucun effort visant  ma bonne éducation ainsi que celle de mon très cher compagnon. Elle nous avait toujours empêchés de tenter  l’aventure enfantine.  Dans ce cadre, nous avions  plusieurs anecdotes suite à des tentatives d’évasion que nous avions eu. Une fois, nous avions pu tromper sa vigilance pour  nous rendre à la plage. Après des heures de recherche et d’angoisse, elle nous avait surpris en compagnie d’un gosse de grosse taille qui était un peu plus âgé que nous. Pensant que c’est lui qui nous avait emmenés à la plage, elle l’avait menacé de charcuter son gros ventre au cas où il nous y ramènera. Notre innocent bouffi avait eu si peur qu’il évitera désormais notre compagnie. Cette histoire avait toujours été dans la mémoire du regretté  disparu qui la racontait toujours en riant.

Les cas ou Feu Ahmedou s’était dignement comporté ne se comptent pas. Pour les citer tous, il faut écrire des livres entiers. Il avait toujours été disponible à faire du bien à tout le monde. Il nous a toujours exhorté à prier aux heures régulières de prière alors que paresseux  nous étions. Il tenait  à toujours prier a la mosquée malgré son jeune  âge. Je me rappelle d’une citation qu’il nous répétait toujours : « Si vous voulez qu’Allah  accomplisse vos vœux, priez toujours à la mosquée ».

Il était doté d’une forte personnalité doublée d’un charisme de leader. Il était d’une intelligence rare et avait un esprit d’initiative. Il avait toujours réussi à nous  faire sortir des mauvaises situations et problèmes grâce à sa capacité de convaincre facilement.

Une fois, j’étais parti en colonies de vacance au Maroc sans l’informer. Ce qui l’avait beaucoup irrité car il ne voulait pas  se séparer de moi. L’année suivante, il m’avait enregistré avec lui dans une colonie de vacances spéciale toujours au Maroc. Mon nouveau séjour était de loin meilleur que le premier, cardes, parents et amis à lui nous avaient traités de tous les égards.

Le défunt et moi avions fait nos études secondaires au petit centre avant de nous séparer. Il était allé au lycée français alors que j’avais choisi le lycée El baraka. En terminale, je l’avais retrouvé   avec un grand plaisir mais le destin va de nouveau nous séparer. Il avait obtenu avec brio son diplôme de BAC avec rang de troisième du pays.  Ce qui lui avait permis d’aller faire ses études supérieures en Europe alors que j’étais parti faire les miennes au Maroc.

Les réseaux sociaux étaient alors  nos seuls moyens de contact durant l’année scolaire. Nous nous retrouvions pendant les vacances que j’attendais  avec impatience. Un fois, il m’avait agréablement surpris en débarquant dans ma chambre de  Rabat pour passer avec moi quatre inoubliables jours. Durant ces séjours au Maroc, Il avait toujours évité les protocoles et n’aimait vivre que modestement comme un citoyen ordinaire, préférant utiliser les moyens de transport public dans ses déplacements  et  sans avoir aucun contact avec l’ambassade de Mauritanie au Maroc.  Il n’aimait pas qu’on le présente à quiconque comme fils du président de la république pour vivre de façon simple  dans l’anonymat total.

Je ne l’ai jamais vu une seul fois utiliser le trafic d’influence depuis que son père détient les rennes du pouvoir.  Aux postes de contrôle de police, du GSSR et de la gendarmerie, il s’arrête correctement quand il est au volant d’un véhicule, exhibe ses papier quand on le lui demande et redémarre quand ils lui font signe de continuer sans qu’on  sache  de qui il s’agit. Sa modestie avait toujours étonné tout ceux qui avaient eu à le côtoyer au cours de sa courte et  importante vie.

Je me rappelle d’une nuit au cours de la dernière campagne électorale présidentielle ou j’étais avec lui à bord de son véhicule quand un vieux mendiant nous avait abordés au feu rouge. « Mes fils, pouvez vous m’emmener afin d’avoir un moyen de transport pour Toujounine », demanda-t-il. Feu Ahmedou lui ouvrit aussitôt la portière et il s’embarqua. Commençant aussitôt à proférer toutes sortes de critique envers le président Mohamed ould Abdel Aziz, j’avais voulu lui faire objection mais le défunt  m’en empêcha l’écoutant attentivement. « Laisse le pauvre homme exprimer librement son point de vue »,  chuchotait-il.  Il continua  sa longue diatribe durant tout le trajet croyant nous faire plaisir. Une fois déposé devant chez lui,  le défunt descendit   et lui remit une somme d’argent.  Qu’Allah lui multiplie la récompense de  ce bon acte.

Le syndrome de la disparition de mon frère Ahmedou que je continue à vivre m’empêche de citer ses autres nombreuses qualités. Sa mort subite a eu un  énorme  effet psychologique sur ma personne qui me fera souffrir encore pour longtemps.  Une semaine avant sa mort, il m’avait téléphoné pour me demander de revenir en Mauritanie pour l’accompagner dans sa noble mission à l’est du pays. Il voulait par sa gentillesse profiter de son périple afin me faire visiter ma région d’origine où habite mon grand père. Je lui avais demandé son report jusqu’au mois de  Janvier car mes examens sont en cours. Sa volonté d’aider les enfants de sa patrie l’avait emporté car, il voulait faire des distributions aux élèves des  régions visitées avant les  premières  vacances.  Notre contact  avait continué par What’s up  où je lui avais envoyé un message le Lundi soir.  J’attendais sa réponse quand la douloureuse nouvelle  était tombée.

Le prophète paix et prières sur lui  avait affirmé que celui qui prie la prière de l’aube dans un groupe est sous la responsabilité directe d’Allah jusqu’au soir.  Toi Ahmedou tu l’es éternellement car tu avais  prié en Jemaa  quelques heures avant ta mort.  A  Allah ce qu’il  a pris et toi tu es sous la responsabilité du plus clément d’entre tous les cléments.  Je l’implore de t’agréer  dans sa vaste  miséricorde et de t’abriter dans son saint paradis.

Comme je me sens solitaire  quand tu nous as quittés.

Tous ceux qui sont aujourd’hui autour de moi ne te valent point.

Sans toi, je me sens  dans un lieu  étrange.

Je me concentre pour revivre notre passé commun…  Je revois les instants où tu venais souriant.

Je suis très nostalgique des paroles avec lesquelles tu me consolais…  Je suis aussi très nostalgique des mots avec lesquels tu m’encourageais  quand il le faut.

Allah est témoin que je n’ai  jamais eu avant toi un compagnon qui  a une telle ouverture d’esprit, une aussi excellente morale  et d’aussi excellents comportements. J’aurai voulu avoir l’opportunité de te rencontrer avant ton destin pour te dire directement Adieu.

Ahmed ould Chighaly ould Moulaye Zein :

étudiant au Maroc

Source: Le calame

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