Un président mauritanien illégitime à la tète de l’Union Africaine

Aziz sepaerC’est un chef d’Etat africain bien effacé, qui a pris, jeudi dernier, la présidence tournante de l’Union africaine (UA), lors du 22e sommet de cette organisation panafricaine à Addis Abeba. Dans un contexte régional dramatique où en Centrafrique comme au Soudan ou au Mali, les communautés se déchirent, les Etats se délitent, l’Afrique choisit comme président le mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, un chef d’Etat vulnérable entre tous. Si la théorie des dominos a un sens en Afrique, la Mauritanie pourrait bien être le prochain maillon faible de toute la région.

Pour vivre heureux, vivons caché. Telle est la devise du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, qui jusqu’à son coup d’Etat en 2008 n’avait pratiquement pas voyagé. Depuis, il est resté à peu près inconnu dans le monde entier, même si la France le considère de façon surprenante comme un allié sur et verse quatre vingt millions d’euros par an à ce pays de quatre millions d’habitants. Ce n’est pas l’opération militaire française au Mali, un pays avec lequel la Mauritanie partage 1200 kilomètres de frontières, qui a donné plus de visibilité au nouveau président de l’Union Africaine. Grand pourfendeur en apparence du jihadisme, le chef de l’Etat mauritanien n’a pas jugé bon de prêter main forte à l’allié français, contrairement aux Tchadiens et aux Nigériens. Son armée forte de 22000 hommes est tout juste bonne à consolider son pouvoir et à surveiller les opposants.

Les fragilités internes d’une société où la pauvreté et l’islamisme progressent expliquent en grande partie ce manque de solidarité avec la France. Les Imams de Nouakchott, souvent salafistes, avaient pris position contre l’intervention au Mali. Le président Aziz n’a rien voulu entreprendre qui puisse heurter un courant fondamentaliste de plus en plus influent. De plus, trop de liens tribaux que cultive la présidence mauritanienne existent entre la classe dirigeant maure et les arabes et touaregs du nord du Mali. Il était urgent pour le président mauritanien de ne rien faire. A quelle autorité peut prétendre Aziz pour organiser l’intervention des troupes africaines dans des régions à feu et à sang, un dossier devenu aujourd’hui urgent pour les Etats de la région ? Comment peut-il être entendu par ses pairs ?

Pire, le président Aziz, en toute impunité, a fait main basse sur son pays, nomme ses proches à la tète des principaux groupes industriels du pays, multiplie les marchés frauduleux de gré à gré. Ce qui explique l’ouverture en Angleterre ces jours ci d’un procès pour corruption contre le gouvernement mauritanien. Plus significatif, la Banque Islamique de développent (BID) avait décidé, la semaine dernière, de ne plus financer l’extension de la centrale thermique de Nouakchott. Du moins jusqu’à la grosse colère piquée par Aziz auprès de l’Arabie Saoudite, qui a obligé le président de la BID à revenir sur sa décision.

« Le plus grave, estime-t-on chez certains sécuritaires français, c’est la fracture ethnique entre les descendants d’esclaves majoritaires et les élites maures. Si cela explose, ce sera bien pire qu’au Mali ». Or le traitement de cet antagonisme racial par Aziz est révélateur du fossé chez lui entre les déclarations et la pratique. .Récemment, le conseil supérieur de la magistrature, une instance présidée par le chef de l’État mauritanien, « a décidé de la création d’un tribunal pour juger les crimes d’esclavage », rapporte l’AMI, l’agence officielle d’information. Autant de postures qui ne sont pas suivies d’effets, faute d’une « volonté politique d’appliquer les textes existants », selon Biram Ould Dah, le très charismatique président de l’Initiative pour la résurgence de la lutte contre l’esclavage (IRA). Cette ONG très active dans la lutte contre l’esclavagisme a reçu, le 10 décembre 2013, le prix des droits de l’homme de l’ONU. Hélas en Mauritanie, l’IRA n’a même pas droit de cité.

Comment l’Union Africaine, à l’école du président Aziz, ferait-elle avancer la cause de la démocratie et de la paix en Afrique ?

PAR NICOLAS BEAU

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