Un rapide retour sur la dernière conférence de presse du Président Ould Abdel Aziz…

loLors de sa dernière Conférence de presse telle que rapportée par l’AMI, le Chef de l’Etat a fait plusieurs déclarations qui laissent songeur sur ses intentions réelles de chercher à stopper la descente aux enfers du pays sous la poussée des politiques antinationales suivies sur les questions clé :

Dialogue ?

« Nous avons contacté l’autre partie dans les rangs de l’opposition. Certains ont répondu positivement et ont été contactés ces derniers jours par le ministre secrétaire général de la présidence de la République. Donc la balle est plutôt dans le camp de l’opposition et non celui de la majorité ». Dixit le Président , d’après l’AMI.
Il y’a erreur sur « qui détient la balle » puisqu’en réponse à l’initiative du pouvoir, présentée par le Secrétaire Général de la Présidence de la République, le FNDU (« l’autre partie dans les rangs de l’opposition ») a remis à ce dernier , depuis la veille de la visite à l’Est du Chef de l’Etat, « la feuille de route du dialogue » qui contient ses propositions en vue d’ouvrir sans tarder les négociations politiques auxquelles M. Aziz se disait disposé sans tabou.
L’opposition attendait la réponse à ses propositions pour ouvrir le dialogue proprement dit. Il semble que le Président ait choisi la voie de cette Conférence de presse pour lui opposer une fin de non recevoir ! C’est dommage, surtout pour le procédé et la manière utilisés pour le faire.

BASEP et libération des détenus politiques ?

« Comment peut-on négocier avec l’existence des conditions irréalisables comme l’ingérence dans des questions soumises aux tribunaux et la dissolution du BASEP, par exemple.(…). Ceux qui pensent ainsi occultent le rôle primordial de cette unité d’élite, qui a fait ses preuves dans la lutte contre le terrorisme… » Pour M. Ould Abdel Aziz, il y’a donc des conditions non négociables a priori, puisque « irréalisables ». Exemples ? Les arrestations arbitraires et les procès politiques comme ceux dont été victimes Biram Ould Dah, Sow et leurs compagnons ou comme le statut du BASEP. Donc rien ne pourrait être discuté que ce que le pouvoir aurait accepté a priori de discuter. Sur le fond : qui pourrait croire que les juges décident en dehors de toute influence de l’Exécutif, particulièrement de son Chef- lequel semble avoir opportunément oublié ses propres déclarations à ce propos concernant des affaires en cours et pour lesquelles il promettait telle ou telle décisions judiciaires ? Le BASEP ? Son passé très actif en matière de Coup d’Etat et ses rapports très spécifiques avec le reste de l’Armée Nationale justifient que son statut ( pas nécessairement sa dissolution) soit normalisé, clarifié et assaini vis-à-vis des autres institutions armées républicaines.
Elle n’a pas fait ses preuves qu’en matière de lutte contre le terrorisme et en tout état de cause, elle n’est pas une institution au dessus de la République devant échapper à un dialogue républicain sur le rôle des forces armées et de sécurité et l’exigence de leur neutralité politicienne . Peut-on demander moins que réunifier la situation juridique des différentes composantes de l’Armée nationale dans un contexte républicain ?
Passif humanitaire ?
« En réponse à une question sur le dossier du passif humanitaire, le Président de la République a indiqué que c’est le régime actuel qui a œuvré pour trouver une solution à ce problème en associant les oulémas et en engageant une concertation avec les intéressés, loin de tout marchandage .Il a précisé que le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés avait lui-même annoncé la fermeture du dossier, félicitant, pour l’occasion, la Mauritanie pour les efforts déployés dans ce sens. ».
Depuis son arrivée au pouvoir une première fois et sa fameuse prière de Kaëdi, ce dossier du passif humanitaire ne cesse d’être clôturé par M. Ould Abdel Aziz, suivant le même scenario. S’appuyer sur certaines organisations fantoches de réfugiés et tergiverser pour continuer à ignorer les droits reconnus et réaffirmés par l’Etat lui-même depuis le régime de Sidi Ould Cheikh Abdallahi et dont la mise en œuvre a été freinée net par les gouvernements successifs depuis lors. Sans parler des fonctionnaires radiés et autres victimes dépouillés, l’extrême misère des déportés vivant depuis presqu’une décennie dans certains sites de la vallée, en parias dans leur propre pays, en dit plus long et bien mieux que tous les discours d’autosatisfaction.
Le Chef de l’Etat a visité les camps de Touaregs maliens de Mberra à la frontière du Mali et en fait une véritable campagne de promotion politico-humanitaire. Ces camps sont même pourvus d’eau courante et d’électricité solaire. Galère pour les réfugiés mauritaniens dont même les pièces d’état civil leur sont encore déniés et sollicitude et bienveillance pour les réfugiés de pays frères sur notre territoire national. A quel compte mettre cette politique de double standard ? Est-ce ce que le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a également délivré un satisfecit pour cette politique discriminatoire à l’égard de ses propres nationaux ?
Est-ce que ce Commissaire a également cautionné et validé la répression des marcheurs venus à Nouakchott pour attirer l’attention du Chef de l’Etat et de l’opinion sur leur sort inacceptable ? Quels Oulémas ont été « associés » au règlement de cette honteuse question du passif humanitaire ? Ceux là même qui jubilaient au moment où le régime de Ould Taya commettait les crimes odieux contre les habitants de la vallée lors de la genèse de ce que l’on dénomme ironiquement « Passif humanitaire » ? Vouloir que des signes effectifs de solution à ce problème soit donné par le pouvoir dans le contexte d’un dialogue national républicain, en quoi cela serait-il déraisonnable ou excessif ?

Esclavage ?

Selon l’ AMI, « le Président de la République a évoqué les progrès réalisés en matière de lutte contre les séquelles de l’esclavage par la création d’une agence dénommée Tadamoune, l’élaboration d’une feuille de route et d’un arsenal juridique incriminant ce phénomène.
Il a, par la suite, fait remarquer que cette question a été exploitée par certains à des fins égoïstes au détriment de la dimension sociale du phénomène dans son ensemble. Ceux -ci occultent les vrais problèmes liés au manque de services essentiels. L’État s’active à fournir ces services par différents moyens aux plans de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique, de l’électricité qui sont les seuls moyens de traiter les séquelles de l’esclavage. ».

Comme pour le passif humanitaire ou d’autres questions nationales ou sociales, le régime s’en tient aux invectives contre tous ceux qui tentent de lutter pour leur trouver de justes et pérennes solutions. Le pouvoir voudrait que l’on s’en tienne à ses « réalisations » en prenant pour argent comptant toutes ses déclarations sans que nul ne puisse invoquer à son encontre l’amère réalité des faits ! De textes juridiques en textes politiques, la lutte contre les « séquelles de l’esclavage » a été graduellement réduite en une simple affaire paperassière et de sémantique. Pendant ce temps , les seules institutions en mesure de donner sens et corps à cette lutte, à savoir la justice et ses auxiliaires, police, gendarmerie et les divers services de renseignements et qui ont le monopole de l’effectivité de la main de l’Etat, restent complaisants voire souvent complices des pratiques décriées lorsque des dénonciations leur sont portées ou lorsqu’ils sont mis quotidiennement au courant des choses réelles.
Les discriminations de toutes natures, surtout contre les haratines se poursuivent plus que jamais et alimentent un climat de plus en plus irrespirable pour eux et pour le reste du pays, au grand dam des patriotes sincères qui veulent l’unité et l’entente entre nos nationalités et au sein de nos communautés. L’opposition est donc en droit de demander de l’Etat des signes tangibles de respect du droit en matière de lutte contre l’esclavage comme gage de sa bonne volonté d’assainir le climat social du pays. Le déni de vérité et de justice est toujours un très mauvais conseiller.

Déclaration des Biens du Chef de l’Etat?

L’Agence de presse gouvernementale écrit :

« En réponse à une question relative à la déclaration des biens, le Président de la République a indiqué qu’il a bien déclaré ses biens devant l’ancien Président de la Cour Suprême, précisant que l’actuel président de la Cour suprême a dit que le texte relatif à la déclaration des biens n’est pas contraignant pour le second mandat et que les violations commises par les autres responsables à ce sujet reposent sur des interprétations individuelles. ».
Etonnante réponse ! La question qui se pose et que pose l’opposition n’est pas celle de la déclaration (clandestine) des biens devant l’ancien ou l’actuel Président de la Cour suprême mais de rendre publique cette déclaration, c’est-à-dire de porter à la connaissance du public la nature exacte et exhaustive du patrimoine pour tout celui qui exerce la charge suprême de Chef de l’Etat. C’est la loi, la loi 2007/054 du 18 septembre 2007 relative à la transparence financière dans la vie publique.
La Cour suprême ne peut en dispenser le Président de la République en exercice puisqu’elle-même n’échappe pas à l’autorité de la loi. Une question aussi essentielle peut-elle échapper à l’examen des conditions d’assainissement du climat politique d’un pays dans lequel doit s’ouvrir un dialogue républicain ? Le point de vue de l’opposition sur cette question est que le régime doit fournir des signes tangibles de bonne volonté en respectant la législation en vigueur. Le respect des lois en vigueur est l’une des conditions irréductible d’un dialogue républicain quelconque.

« GhanaGate » ?

Sur la question connue désormais sous l’enseigne de « GhanaGate », l’AMI écrit :« Répondant à une question relative à la tentative d’une personne qui a essayé en 2011 de se passer pour quelqu’un qui a des financements destinés à être investis en Mauritanie, le Chef de l’État a affirmé que de telles tentatives ont parfois lieu en Mauritanie et dans le monde en général. Mais, a-t-il dit, il est du devoir des journalistes de rechercher la vérité, de respecter les particularités nationales et de s’éloigner des propagandes extérieures et des articles de presse tendancieux. Le Président de la République a noté que de telles propagandes ont, dans beaucoup de cas, conduit leurs auteurs à tomber dans le piège de l’espionnage ou à terminer devant les tribunaux, rappelant, dans ce cadre, la question connue le nom de « la question Mamère » qui s’est avérée pour la justice comme étant une propagande mensongère. »
Pour la deuxième fois officiellement, le Chef de l’Etat reconnaît la réalité d’un fait lié à un échange enregistré entre lui et un escroc d’origine irakienne et basé au Ghana (d’où le nom Ghanagate). On se souvient que la révélation de cette étrange et nébuleuse affaire est venue d’un ressortissant malien se déclarant ancien agent des renseignements mauritaniens « suivi » par M. Ould Abdel Aziz, alors chef du fameux Basep et après son premier coup d’Etat. Les accusations portées par M. Hamma est d’une particulière gravité et c’est lui qui avait mis en ligne semble-il la bande enregistrée d’une conversation entre M. Aziz et le mystérieux interlocuteur identifié comme un escroc irakien par ce dernier.
Cet enregistrement pose deux problèmes spécifiques : l’identité des personnes en cause et l’objet de leurs transactions. Le Président de la République admet à nouveau être l’interlocuteur de l’escroc et parle de tentative d’escroquerie de la part de quelqu’un qui lui aurait proposé financement et investissements en Mauritanie. C’est ce que des experts internationaux commis par une ONG de droits de l’Homme (Sherpa) vient de confirmer.
Mais l’ « agent Hamma » et certains passages de la conversation laissent croire que la discussion avait porté sur un trafic de faux dollars. Hamma parle même de trafic de drogue. Sur ces questions, l’opposition ne porte aucune accusation contre le Chef de l’Etat. C’est Hamma et ce sont les enregistrements qui l’accusent. L’opposition lui demande de s’expliquer et de tirer définitivement au clair cette sombre affaire.
M. Ould Abdel Aziz a opportunément rappelé à cet égard qu’il est « du devoir des journalistes de rechercher la vérité… ». Mais leur donne t-il l’occasion de le faire souvent ? Ceux qu’il a choisi pour l’interroger ne lui ont apparemment pas donné l’occasion de faire enfin éclater la vérité sur cette sombre affaire, ou l’inverse, peu importe ! Toujours est-il que sur cette affaire comme sur d’autres, le peuple reste sur sa faim et la vérité reste accrochée entre ciel et terre, entre Accra, Bamako, Nouakchott et Bagdad !
Sur toutes ces questions et sur toutes les autres, le FNDU n’a en rien déclaré qu’elles conditionnent l’ouverture du dialogue. A la demande du pouvoir lui-même, l’opposition démocratique a donné son point de vue exprimé sous la forme d’une proposition de feuille de route dont chaque point appelle une réponse de la part du pouvoir. Au vu des réponses de ce dernier, elle appréciera du sérieux de la proposition de dialogue évoqué dans la conférence de presse.
Décidément, la balle est bien dans le camp du pouvoir.

 Source : gourmo lo

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