Une agence de lutte contre les séquelles de l’esclavage : Pourquoi faire ?

La création de l’Agence nationale de lutte contre les séquelles de l’esclavage, de l’Insertion et de la Lutte contre la Pauvreté (ANLSESILP) continue de provoquer des vagues de protestations. Les anti-esclavagistes s’insurgent contre son appellation mais aussi contre la nomination d’un ancien ministre qui, à leurs yeux, n’a rien à voir avec le combat qu’ils mènent.

biram_photo archivePlusieurs personnes ont manifesté leur désarroi face à ce qu’elles considèrent comme une «injustice » de trop. Après les condamnations de principes, les anti-esclavagistes et les victimes de l’asservissement passent à la vitesse supérieure. Ce mercredi 10 avril, ils ont organisé un sit-in devant le palais présidentiel pour protester contre la nomination de Me Hamdi Ould Mahjoub, débarqué récemment du ministère de la communication. Cet ancien bâtonnier des avocats nommé à la tête de l’Agence par le président Aziz, est aux yeux des Haratines, quelqu’un qui ne pourra faire leur affaire. Pour Ethmane Ould Bidiel, cadre Haratine et membres du mouvement anti-esclavagiste IRA, il faut non seulement «changer la dénomination de l’agence et designer à sa tête un anti-esclavagiste convaincu et de préférence un Hartani qui a un actif dans la lutte anti-esclavagiste », se propose-t-il.  Mieux, soutient-il, il fallait impliquer les leaders et cadres haratines qui ont depuis longtemps combattu ce phénomène. Citant nommément Messoud Ould Boulkheir président de l’APP et de l’Assemblée nationale ou encore Boubacar Ould Messoud de SOS Esclaves, tous deux « symboles » de la lutte contre l’esclavage et ses séquelles depuis belle lurette. Aujourd’hui, estiment les protestataires, rien ne peut se décider par rapport à ce phénomène sans pour autant impliquer les combattants de l’esclavage. Comme pour reprendre un adage indien : « Si tu fais quelque chose pour moi, sans moi, tu le fais contre moi ». Et par conséquent, personne d’autre, si ce n’est qu’un Haratine, ne doit être à la tête de cette agence, mordent-ils. D’ailleurs, l’appellation lutte contre les séquelles ne leur conviennent pas. Parce que selon les anti-esclavagistes, « la pratique de l’esclavage existe encore et encore dans ce pays ». Ils veulent donc en lieu et place, «une agence de lutte contre l’esclavage et ses séquelles ».

Pour Biram Ould Dah Abeid, président de l’IRA, «il est aléatoire de prétendre lutter contre les séquelles seulement alors que plus de 20% de la population mauritanienne continue à être l’objet de pratiques esclavagistes, et vivent sous le joug de celles-ci ». Le leader du mouvement abolitionniste va plus loin. «Cette agence ne pourra rien faire sans diligenter une enquête nationale indépendante sur l’esclavage en Mauritanie. C’est à travers cette enquête que l’on pourra faire le point de départ de tout programme probant de lutte contre l’esclavage et ses séquelles. Il faut qu’elle soit une agence entre les mains de personnes qui croient à la nécessité de la lutte contre l’esclavage », persiste-t-il. Les abolitionnistes, faut-il le rappeler, avaient incinéré des livres du rite malékite le 27 avril 2012. Un acte jugé par le pouvoir comme une offense à la religion. Ce qui a valu la détention de Birame et compagnons de lutte avant de bénéficier d’une libération.  Le président de l’IRA soutient mordicus qu’il y a un «obstacle fondamental » dans l’action du gouvernement dans la gestion de la question esclavagiste. Selon lui, cet obstacle, ce sont «les livres qui fondent la religion des mauritaniens et le droit en Mauritanie comme le Code Pénal mauritanien».

Badiana

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