Une autre présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne : Mohamed Ould Cheikh, le plus proche équipier de Moktar Ould Daddah de 1957 à 1966 – journal et entretiens en Décembre 1967

rim drapeauLe contexte d’un témoignageMohamed Ould Cheikhn’a écrit qu’un livre, à ma connaissance,: ce ne sont pas des mémoires. Ecrit au début des années 1970(1), le propos était de systématiser une vision alternative du pays et des moyens de construire l’Etat-nation mauritanien mais il a semblé une accusation globale contre le pouvoir de l’époque, qu’il avait tant contribué à mettre en place :

Il n’existe pas non plus de biographie de ce rare homme d’Etat. Parallèlement aux témoignages donnés par Le Calame à sa mort, trois portraits ont été esquissés :Abdel Wedoud Ould Cheikh et par Inrahim Mariam Diallo, publiés le 19 Août 2013 par Noorinfo.

Enfin, le site des forces armées mauritaniennes (www.armee.mr) rappelle factuellement sa carrière, unique texte du genre à venir de l’autorité militaire, mais surtout cite la notation – en 1963 – que, conformément aux règles de la jeune fonction publique mauritanienne, le président Moktar Ould Daddah attribue, en tant que chef de l’Etat, à son premier collaborateur (avec un 20/20…) :  » Monsieur Mohamed Ould Cheikh exerce depuis 1961 les fonctions de Secrétaire Général à la Défense Nationale.

Il s’acquitte de ses importantes responsabilités avec un sens de l’autorité, un souci de l’efficacité et une compétence également remarquables. Animé par un patriotisme Intransigeant, il s’est entièrement consacré à la création et à l’organisation de l’armée nationale : tâche considérable, au service de laquelle il a pu déployer ses exceptionnelles qualités.

Il a affronté les multiples problèmes à résoudre avec un réalisme et une ténacité qui lui ont permis d’obtenir des résultats dont le bilan est particulièrement positif et mérite les appréciations les plus élogieuses….  » Les entretiens que j’ai eus l’honneur d’avoir avec lui donnent sa vision de la Mauiritanie, sa compréhension des modes, alors en cours, pour la construire en Etat et en nation, et enfin son appréciation de personnes considérables dont le président Moktar Ould Daddah, Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, d’autres.

L’analyse historique des premières années du pays, faites par ces grands acteurs, est confirmée, nuancée. Les propos de Mohamed Ould Cheikh témoignent surtout du calme intérieur et de la hauteur de vues qui étaient les siens – à la fin de 1967, comme ensuite. Ils révèlent enfin une perspicacité communicative : Mohamed Ould Cheikh excelle à passer du constat sociologique à la manière de s’y prendre pour atteindre un but.

Il est clair que nous n’avons pas là l’anticipation d’un scenario putschiste, mais la présentation d’un homme passionné de son pays et ayant choisi l’outil nécessaire : l’Etat. Cette liberté spirituelle et ce stoïcisme forcent l’admiration alors que le parcours fait l’effet d’une course du soleil d’un lever de toute jeunesse jusqu’à un couchant tellement prématuré.

27 Juillet 1956, secrétaire général de l’A.JM. et le restant à l’issue du 2ème congrès, le 17 Juillet 1957 – 14 Janvier 1958, adjoint au commandant de cercle duBrakna (où sera huit ans plus tard sa dernière affectation dans l’intérieur du pays – 17 Juin 1960, commandant de cercle de l’Assaba - 7 Juillet 1961, secrétaire général de la Défense nationale – 26 Juillet 1965, ministre des Affaires étrangères et de la Défense nationale, justement les portefeuilles qu’abandonne le président de la République – 21 Février 1966, il en est démis et selon un choix réputé personnel est nommé le 24 commandant du cercle du Brakna - 26 Août 1966, directeur des Transports – 5 Août 1967, co-signataire avec Yahya Ould Menkousset Elimane Mamadou Kane d’un tract par lequel huit hauts-fonctionnaires protestent  » contre l’utilisation de l’appareil judiciaire à des fins politiques  » et apportent  » leur plein et entier soutien  » à Ahmed Baba Ould Ahmed Miske – il est suspendu de ses fonctions le 9 Août et exclu du Parti avec d’autres anciens ministres le 31 Août suivant .

Yahya Ould Menkouss retrouve un commandement territorial (Chinguetti),Elimane Mamadou Kane un poste universitaire à Dakar – 18 Janvier 1968, sanctions pécuniaires pour de nouvelles diffusions de tracts. Quand nous nous entretenons, en Décembre 1967, il n’est plus rien, il n’a aucune  » poire pour la soif « (2) et, à Dar El Barka, révoqué de la fonction publique et sans retraite, il survivra à l’exercice du pouvoir, près de cinquante ans, seul devant Dieu, aidé par ses enfants mais oublié des hommes. Nous ne le savons pas encore à notre rencontre.

En Décembre 2001, il revoit Moktar Ould Daddah :  » ne m’oubliez pas « , lui a-t-il dit en l’accueillant parmi tant d’autres à Boutilimit. C’est ce que ce dernier me rapporta. Nos conversations de Décembre 2003 et de Décembre 2005, alors qu’il a perdu une bonne part de la mémoire des détails, sont inoubliables de foi nationale et de sagesse : elles restaient très exigeantes.

Bertrand Fessard de Foucault - Ould Kaïge Journal manuscrit (suite) N o u a k c h o t t + Vendredi 15 Décembre 1967 20 heures 05 Assisté au retour du Président à l’aérodrome à 19 heures 20. Une trentaine d’officiels mauritaniens : permanents du Parti, ministres, chefs de service, etc., les boubous bleus dominants, complets-veston archi-rares. Mme Moktar sans élégance mais affable.

Avion DC4. Très accueil de famille, très simple. Accolade à ministre chargé des affaires courantes, Laigret. Ne serre que la main à Mme MoD, après avoir vu le ministre chargé des affaires courantes. Serre toutes les mains des officiels mauritaniens. Très grande simplicité.

Puis passage au salon d’honneur, et quelques minutes après départ en voiture, au passage il serre la main de l’agent montant la garde à l’extérieur du salon, et pétarade du cortège. Seul dans la voiture avec sa femme. Famille émouvante. Mais absence de l’opposition, disons Mohamed Ould Cheikh, qui est àNouakchott.

Serré pas mal de mains : Mohamed Moulaye, Ahmed Killy, Hamdi Ould Mouknass, Ahmed Ould Mohamed Salah, Zein Ould Maloum, Samba Kamara. Cheibani(3) presque nez à nez. Aucun membre du corps diplomatique, sauf deux Chinois qui se sont, comme moi, tenus à l’écart. Moktar maintenant, et il y a dix ans. La Mauritanie maintenant et il y a dix ans. __ 22 heures 30 Dîner avec Hamdi Ould Mouknass(4), haut-commissaire à la Jeunesse, Abdallahi Ould Sidya, haut-commissaire à l’Information, Ahmed Ould … , ambassadeur en URSS et très européen.

Sous des dehors effacés, et avec une intelligence peu brillante, c’est Abdallahi Ould Sidya qui a dit les choses les plus intéressantes ce soir : – Mauritanien ne s’installe pas en Europe, revient au pays, contrairement à beaucoup d’Africains ou d’Asiatiques. Reste mauritanien tout en s’adaptant très bien. Quelques heures après son retour en Mauritanie, rien ne le distingue du reste. – France se retire de l’Afrique, net en matière de radio.

Voix des Arabes, voix de l’Amérique, BBC : les plus écoutées – notion très stricte de la fidélité, estime que je ne suis pas encore à l’E.N.A. ici, de même, il y a deux ans, que je ne le reconnaissais pas – à propos du recueil des  » interventions et discours  » de MoD, fait remarquer la constance de la pensée de MoD depuis le 1er Juillet 1957(5), constance surtout frappante en politique extérieure, dit-il, et il ajoute, sauf sur la Chine, aucun changement depuis 1957 (le  » sauf pour la Chine  » attire l’attention) – envoie copie de tous les documents officiels au Monde Quand je crois rencontrer Béatrice, dans ce décor de Nouakchott, je ne me possède plus.

Cela m’a pris deux ou trois fois, à mon arrivée et ce soir. Un éclair fugitif, dans une voiture qui passe, ou une silhouette. o OOO o + Samedi 16 Décembre 1967 21 heures 40 Toute une après-midi, très détendue et amicale avec Ahmed Killy, ministre du Travail et de la Fonction publique, qui a le même âge que moi, et a fait sa licence en droit.

Une amitié est-elle possible ? Comme il le dit lui-même, il est dans une phase transitoire de son existence, surtout le plan social. Pour ma part, j’y suis prêt et le désire. En tout cas, on se sent vraiment de plain pied avec lui o OOO o + Dimanche 17 Décembre 1967 23 heures 30 Après-midi en brousse avecMohamed Ould Cheikh. Liens d’amitié et d’estime tissés au long de ces heures de conversation.

Quel merveilleux séjour, et quel pays passionnant. o OOO o + Mardi 19 Décembre 1967 minuit trente Reçu deux heures par Birane Mamadou Wane. Sa réputation de vénalité n’est, semble-t-il, plus à faire. Mais il faut reconnaître ses qualités de clarté, d’intelligence.

Questions sur la politique extérieure, qu’il connaît bien et sur la question culturelle qu’il a remarquable présentée – distinction entre le problème politique qui pouvait aboutir à un conflit ethnique et qui ne s’est jamais posé auparavant, et le problème de langue qui, simplifié à ce stade, ne fait plus difficulté. Reçu de 12 heures 20 à 15 heures 20 par le Président de la République(6). Accueil et confiance vraiment extraordinaires.

Dit avoir tout de suite senti en moi que j’étais  » moralement intéressant « , ce qui est rare en ce monde. Pense avec moi (aveu implicite de solitude, qui n’a rien d’amer). – pas de problème à ce que j’ai vu Ahmed Baba Ould Ahmed Miske(7).

Semble finalement plus  » monté «  contre Mohamed Ould Cheikh. Il déclare s’être trompé à son sujet. A quoi fait-il exactement allusion ? ou bien, ce qui est plus probable, les pensées ont divergé. – se dépeint lui-même comme faisant confiance spontanément aux gens et acceptant de travailler avec eux, confiance alors totale car elle ne se partage pas mais conviction lente à se faire, ne peut agir que convaincu, d’où ces surprises dans l’action, qui ne paraissent à première vue » coller «  avec son caractère. – partage mon analyse sur la Nahda(8), en tout cas l’admet – goût (accentué, m’a-t-il semblé, par rapport à 1965) du pouvoir, plaidoyer pro domo pour le mouvement sur l’unité, ce qui est d’ailleurs la vérité.

 » Rien ne peut se faire en Mauritanie si je ne le cautionne pas « , etc… – MifermaConvention pas appliquée complètement : transports, fait du commerce local. Entrevue avec Leroy-Beaulieu à Paris : revoir l’ensemble des rapports entre la République Islamique de Mauritanie et Miferma, car depuis dix ans les choses ont changé (et d’autres que nous ont nationalisé, etc…). pas question de changer le régime de Miferma, mais problème des relations.

Une  » table ronde «  en Février 1968. Atmosphère assez extraordinaire, quand on pense que c’est un chef d’Etat. J’ai maintenant une très grande liberté de parole. Et il est de plus en plus confiant avec moi. __ Dîner chez Mohamed Ould Moulaye, avec Ahmed Ould Daddah, retour de France depuis deux mois, qui m’a beaucoup agacé :  » que les riches cessent le pillage des pauvres « . Vision très  » jusqu’au-boutiste «  en matière économique. Me paraît très influencé par Cheibani. Et au fond, ni très cultivé ni très intelligent. A ce stade, mieux oublier les études que d’en tirer des idées fausses.

Bien sûr, il me prend pour le  » gars de droite « . Entretiens avec Mohamed Ould Cheikh badia, sous la tente, aux environs de Nouakchott dactylographie, seulement ces jours-ci, des notes manuscrites prises pendant l’entretien – je ne les réécris mais les restitue telles quelles avec les abréviations courantes des noms par leurs initiales.

Sous les yeux de mon hôte, une liste de sujets : l’AJM - la Nahda - la subversion – les pourparlers, la Table ronde, le Congrès de l’Unité – le PPM, 1961 – l’organisation des forces armées mauritaniennes – la question culturelle – le consensus mauritanien – événements de Février 1966 – le Rio de Oro - les relations avec la Chine – Miferma ? – jeunes – société traditionnelle – évolution actuelle – hamallisme et je note ses téléphones : 25 74 entre 10 heures et 12 heures, le matin – ou 26 87 au milieu de la journée I – Samedi 9 Décembre 1967 L’A.J.M. 1955. Le Congrès de l’U.P.M. Remonter plus loin en fait.

Elections constituantes de 1945, celle provisoire de Senghor. Premier contact avec les institutions centrales, premier contact avec la notion de citoyen. Cela ne s’est pas précisé tout de suite. Quelques moments de confusion. Il y a des gens qui ont porté leur ambition là-dessus, surtout des fonctionnaires proches du gouvernement colonial. C’est dans cette zone d’influence que l’on devait se rencontrer. Candidats qui ne se sont pas exprimés. Autant il y en a eu, autant il y aura de clivages et de partis.

Regroupement vers ces partis : administration coloniale et ceux qui étaient avec elle – et les gens qui contestaient. Ce n’était pas un nationalisme précis, mais exprimait un poids de l’administration, un poids de l’intermédiaire administratif colonial plus lourd.

Jusqu’en 1954-1955, le nationalisme… l’U.P.M., des gens qui soutenaient ou plutôt utilisaient l’administration coloniale, les autres se sont trouvés pris dans le parti de l’Entente (tribalisme autour de la personne de Horma) et d’autres enfin disponibles, ne voulant ni de l’U.P.M., ennemi précis, ni du parti de Horma, qui était plutôt tribal (sa tribu avait cru que c’était le Maroc).

Ces gens disponibles sont allés quand même au congrès de l’U.P.M. pour chercher à les orienter, en y constituant une aile marchante. Quelques concertations quand même entre personnes, surtout de l’Ouest : Ahmed Baba et Mohamed Ould Cheikh, Yahya Ould Menkouss, Soumare Gueye Sili et Sy Seck(Gueye n’est pas celui du P.A.T.). Groupe presque constitué au moment du Congrès.

On ne voulait pas de ce parti, une forme d’intermédiaire des chefferies, et des interprètes, et du système colonial, mais ne pas se couper non plus. Sur place, on voit que la chose est claire : radicaliser la position ou laisser tomber. Constitution de l’A.J.M.. Pas d’illusion sur le présent, et sur le passé. Apolitique, parce que refus de résultat politique immédiat qui eût été insuffisant.

Conférence en marge du Congrès, nomination de responsables provisoires qui commencent une organisation provisoire et la préparation d’un Congrès. La plupart d’entre nous était enseignant(9), d’où un congrès pendant les vacances scolaires où nous avons alors essayé de tenter de rester à l’intérieur du parti. Contacts avec Sidi El Moktar.

Nous nous sommes rendus compte que c’était impossible. Premier semblant de congrès, en même temps que l’autre congrès. Deye Ould Sidi Baba nous rend visite, devient président d’honneur. Etait à l’époque un des notables du mouvement hormiste, cherchant à avoir le plus de sympathie avec les jeunes, et de les défendre le plus : conséquence pour comportement ultérieur. Rien à pouvoir s’accrocher au Parti, mais exprimer ce que nous pensions.

Série de mutations de la part de l’administration, qui nous rapproche du parti hormiste. Mais c’est au sein de cette association que… A ces élections, décidé qu’Ahmed Ould Jiddou serait notre candidat. Décidé plutôt de l’appuyer. Se présentait tout seul, sous son propre bonnet. Cela lui a donné à nos yeux quelques sympathies. En 1956, j’étais représentant de Ahmed Ould Jiddou, et aussi de Horma, je me demande si je n’avais pas été non plus son représentant.

Les élections ont donné les résultats que l’on connaît. Conséquences : série de mutations, lui-même muté de Boutilimit à Moudjeria. J’ai rejoint au moment de Suez. Notre nationalisme a commencé à être plus précis. Depuis deux ou trois ans, pression de l’administration et surtout de ses intermédiaires. Cela n’a jamais été traumatisant.

Chacun de nous voyait l’Européen du coin, presque ami avec lui, quoique pas d’accord sur tout. Mais surtout les intermédiaires qui étaient pesants : la chefferie traditionnelle et l’interprète. A ce moment, ont commencé de se faire les idées vis-à-vis du Maroc, le pays le plus proche. L’histoire de Mohamed V, le sultan représentant de Dieu sur la terre et la Mauritanie en marge de tout cela.

Sur ce, reçoit la Loi-Cadre, reçu par intermédiaire du capitaine Beslay (les renseignements généraux), parachutage de Sadok (point de vente), précédait les lettres qu’envoyait Moktar, donnait une adresse à ce Sadok, exposant les vues deSadok, et en fait celles de Moktar.

Sollicités à discuter d’une voie que pourrait suivre la Mauritanie, sur une personnalité mauritanienne, et tous les clivages : colonisation, Maroc, et le visage proprement mauritanien. Discuté de çà avec Moktar par intermédiaire. Puis réponse directe de MoD, et rencontre à Saint-Louis. Se trouvait engagé à titre personnel, ou engagé au moins en contact. Pourparlers avaient lieu en Mars-Avril.

Certains se trouvaient divisés, certains trouvaient que ces appels à l’autre étaient douteux et que MoD lui-même était douteux. Enfin que MoD était candidat et battu au siège de l’Union française(10). Lui-même, MoC, né officiellement en 1930, en fait Décembre 1928 ou Janvier 1929 (réponse à question BFF sur différence d’âge avec Moktar Ould Daddah : une dizaine d’années, donc).

De ces discussions se crée une scission. Les gens étaient fort divisés : pro-politiques et non-politiques, ceux qui étaient pour ou contre MoD. J’étais personnellement favorable à MoD. La Mauritanie a ses conditions spéciales, population trop clairsemée et trop peu de gens scolarisés. Tardivement scolarisée, pas de cadres concluants.

Dans cette optique, tant mieux la Loi-Cadre qui nous prépare à nous fortifier. Le mieux serait de faire un groupe. Ahmed Baba était de ce point de vue. Parmi les gens qui étaient contre, certains étaient soucieux, pensaient que l’approche politique de MoD était très coloniale. Cette attitude était défendable, car il était très lié à Poulet et à Razac(11).

Contre ce raisonnement, MoD a réagi, a fait appel à certaines gens qui entraient, qui sortaient ou pas de l’Entente : Dey Ould Sidi Baba, possibilité de faire entrer d’autres membres. On pensait que MoD ne voulait pas tout pour lui et pour ses hommes. Cela était neutre, à côté de cet accueil de la diaspora.

Division au Congrès de Rosso. Mohamed Taki était président et MoC secrétaire général. Au moment du Congrès, et avant, méfiance de MoD, et hostilité du Gouvernement au Congrès, et groupe des jeunes qui défendaient le Gouvernement. Mais c’était une atmosphère, rien de précis. Cela laissait aux fauteurs de division le terrain libre… Nous autres, arrivant de Saint-Louis, nous avons été accusés de défaitisme.

Ce qui a poussé Ahmed Baba à faire la fameuse motion :  » Sa Majesté, le roi duMohamed V, etc… « . On était en Décembre 1957, contexte psychologique. On a été traité de vendus, pour se venger, il a placé l’affaire sur le trône marocain. Moi-même, je suis allé en plein congrès, lui prendre le papier et le déchirer. A ce congrès, nous n’avons pas pu nous entendre. Le mouvement devait-il être politique ou non, avoir ou non des discussions avec le Gouvernement, c’était le premier problème.

Le Gouvernement assistait aux débats en la personne de Dey Ould Sidi Baba. Il est parti de ce congrès se sachant démissionnaire. Nous sommes officiellement partis de là-bas, en dissolvant l’association, en se donnant rendez-vous. Partis deRosso, détermination de certains de faire de la politique et en opposition avec le Gouvernement.

Préparer le Congrès de l’unité, ou de la décision à prendre. Congrès qui s’est tenu en 1958 à Nouakchott. A ce congrès, l’A.J.M. meurt. Ceux qui n’ont pas voulu faire de politique, se sont surtout revus une fois, et ceux qui voulaient faire quelque chose se sont donnés rendez-vous à Kaédi pour faire appel à la population-même.

Déjà l’A.J.M. commençait d’être pro-marocaine et la Nahda dès sa naissance le serait, pour éviter que cette accusation ne porte et tenter de faire ce parti qui se voulait seulement nationaliste. Mais dès ce moment-là, j’ai suspecté certains d’être pro-marocains. Ahmed Baba et Bamba Ould Yezid, eux-mêmes, n’étaient pas pro-marocains.

La Nahda a été utilisée par le Maroc, dans le cadre de la subversion, c’est certain. J’en ai la conviction, mais la majorité de la direction ne le savait pas. Certains qui sont passés au Maroc depuis, se sont servis de leurs relations avec la direction pour donner des ordres en Mauritanie à des secteurs éloignée, et notamment enAfrique de l’Ouest, surtout quand les dirigeants ont été assignés à Tichitt.

Ils n’ont jamais cessé de vouloir parler avec MoD. J’étais favorable à cela, jamais cessé les relations avec eux, mais ils le voulaient sur des bases solides. Partis au Maroc au moment de l’autonomie interne, n’étaient pas à Nouakchott : Cheikh Ould Sidha, Ahmed Ould Abdallahi (à l’information), Mohamed El Hanchi. Ils ont agi à fond pour le Maroc, à l’insu de leurs camarades, ensuite ne se sont plus cachés.

Problème des  » renseignements généraux « , qui de bonne foi font des bêtises, aveuglés par la lutte contre tout ce qui pourrait lutter pour la liberté de l’Algérie et du Sahara. à suivre Notes [1] – L’indépendance néocoloniale, publié sous le pseudonyme de Hamid Elmouritany [2] – même si  » sur le papier « , il représente Shell puis Hispanoil en 1974-1977, puis, de 1979 à 1981, il est directeur administratif et juridique de la B.M.P.C. ce qui lui va fort peu [3] – Moktar Ould Haïba, fils d’Ahmed Saloum Ould Haïba, l’un des fondateurs de l’U.P.M. en 1948, ministre de la première heure en 1957 jusqu’au processus de l’unité, compétiteur aussi de l’émir du Tagant. Je l’ai rencontré chez nos amis communs, les Darde, à Paris avant d’arriver à Nouakchott en 1965.

Il est encore conseiller économique et financier du président de la République mais le 31 Janvier 1968, il entrera au gouvernement comme ministre de la Planification et du Développement rural [4] – nous avons fait ensemble notre dernière année de licence en droit, suivant notamment le cours de droit international public, donné par Suzanne Bastid à la faculté de Paris, place du Panthéon [5] – le discours d’Atar (1er Juillet 1957) faisant appel à l’ensemble mauritanien de l’Atlantique à l’Azawad, et placé plus tard en exergue des mémoires du Président – le texte en fut adopté unanimement en conseil de gouvernement le 27 Juin

[6] – les notes prises pendant cet entretien ont été publiées, dans ces mêmes colonnes, le 13 Mai dernier [7] – les 23, 24 et 25 Octobre 1967, notes publiées dans ces colonnes du 11 Mars au 13 Mai dernier [8] – publiée dans ces colonnes, le 18 Mars dernier [9] – Mohamed Ould Cheikh est alors secrétaire général du syndicat enseignant de l’A.O.F. que préside Sékou Touré - lequel le voudrait à ses côtés pour le mouvement indépendantiste [1O] – assemblée consultative instituée en 1946 et composée de représentants de chacun des territoires sous autorité française : Maghreb et Indochine aussi à leur époque [11] – respectivement inamovibles secrétaire général du Territoire et sénateur de laMauritanie, depuis 1946

Source : Le Calame

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