Une jeune étrangère se demande où rencontrer les jeunes de Nouakchott…

Une jeune étrangèreArrivée pour quelques mois en Mauritanie, le temps d’une expérience professionnelle dans le milieu de l’humanitaire, Yasmina, jeune diplômée en sciences politiques de 25 ans, que les palais avertis estiment à croquer, les yeux grands ouverts sur le monde, découvre Nouakchott et le sud de la Mauritanie jusqu’à Bassikounou.
Déjà il faut avoir du courage pour venir en Mauritanie sans y connaître personne. Non pas que le pays soit dangereux mais juste parce que les informations disponibles  sur le net, dans la presse nationale et internationale en rebuteraient plus d’un.  Via le net le pays est classé zone rouge par quasiment tous nos alliés occidentaux en guerre contre le terrorisme. A l’international, le pays est présenté par mille organismes et même par le dernier rapport du département d’Etat américain comme pays où règne un régime raciste et esclavagiste.
Quant à la presse nationale, on lit que le pays traverse une grave crise économique, politique et sociale. Les islamistes sont la première force d’opposition et le pays est en guerre contre le terrorisme après plusieurs attaques sur son sol. Le régime est critiqué de partout notamment pour tenir captif un jeune ingénieur forgeron, prisonnier d’opinion, condamné à mort sans la moindre clémence malgré son repentir et dont le recours à la cour suprême est toujours en souffrance…
Il est aussi question de passif humanitaire, de racisme quotidien, d‘impunité des tortionnaires, de problèmes de descendants d’esclaves marginalités et exploités. On lit partout que tout va mal : la misère partout, la capitale inondée, la saleté, les coupures de courant, et toute une  affaire à propos d’un nouvel aéroport international qui porte un nom sanglant qui divise les mauritaniens une fois de plus.
Bref, quand on lit la presse étrangère et la presse locale et qu’on regarde un peu ce que conseillent les chancelleries occidentales, on se demande bien ce qui pourrait inspirer à quelqu’un de venir en Mauritanie. Pourtant certains viennent souvent jeunes, moins de 40 ans en moyenne et souvent entre 25 et 30.
Au milieu de quelques migrants, plus ou moins bobos, qui fuient l’Europe déshumanisée, on trouve des gens venus aider les populations locales sous le coup de mille misères pendant que l’élite parle racisme et division. Plus bas, il y a tout un monde, la majorité toutes couleurs confondues, qui est très fatigué. Problèmes alimentaires, illettrisme, maladies, en un mot : laissés-pour-compte ou presque.
Parmi ces étrangers en action, débarquent des jeunes européens, souvent mal payés et qui ont une véritable conscience professionnelle ; du moins en arrivant… vu qu’ensuite c’est très difficile de ne pas se décourager car la Mauritanie est devenue moins facile d’approche, les gens sont plus renfermés sur eux-mêmes et les étrangers sitôt arrivés, et embrigadés dans un milieu, il leur devient doublement plus difficile de pouvoir faire des rencontres naturelles et variées.
C’est ainsi que notre jeune Yasmina, à cause d’une invisible muraille de l’exclusivité, a tout le mal du monde à rencontrer des mauritaniennes et mauritaniens de 25 ans. La voilà gentiment traitée dans un petit monde où règnent ce qui leur semble de beaux restes alliés à des techniques d’espérances bien gentilles mais hors sujet car on peut vouloir rencontrer des gens sans qu’il soit toujours question de plus au-delà des affinités. Ainsi, tous ces sympathiques tontons aux aguets sont bien gentils mais comment faire pour sympathiser avec des jeunes autochtones de son âge sans tomber sur n’importe qui ? Comment rencontrer des gens différents en Mauritanie ? Comment rencontrer des gens tout simplement hors du circuit professionnel et du hasard du premier milieu sympathique où l’on tombe au risque de s’y engluer ?
C’est en effet très difficile car à Nouakchott, l’air de rien, il y a mille mondes qui ne se côtoient pas vraiment voire pas du tout, chacun vit dans une sorte de bulle à travers laquelle on devine à peine celle d’à côté et chacun s’y suffit. Bien entendu quand on vit assez longtemps ici on finit par savoir pourquoi il en est ainsi, c’est d’ailleurs la même dynamique dans tout village, aussi quand on débarque, c’est impossible à voir ni à concevoir surtout que tout dépend des premiers avec lesquels on sympathise car ensuite les autres mondes ne font plus un pas vers vous et peuvent même s’éloigner, certains que vous avez déjà été traités c’est-à-dire qu’on vous aura servi, à tort ou à raison,  une version des choses et des uns et des autres contre laquelle il n’y a plus rien à faire. C’est gâté comme disent les ivoiriens.
D’ailleurs tout le monde s’en fout un peu du sort des derniers venus surtout quand ils ne sont là que pour quelque temps même s’ils sont intéressants et qu’ils ont une véritable envie de sains échanges. De là le hasard de belles rencontres ou tragiques naufrages…
Quant à notre notre Yasmina, elle s’en va bientôt, elle partira avec le souvenir d’une capitale sans jeunes. Elle ne saura pas qu’ils sont pourtant les plus nombreux car la majorité du pays à moins de 30 ans mais ce pays est dirigé par et pour les vieux vu qu’il n’y a pas d’action, tout est guerre psychologique qui paralyse tout, jeu où l’âge autorise une avance en manipulation que seule l’expérience peut rattraper.
De là que les jeunes transparents sont les victimes invisibles et silencieuses d’une société « où le ciel bas lourd pèse comme un couvercle sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis… »
Source: Cheznlan
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