Une musicienne mauritanienne parle de l’extrémisme

Malouma mint MeidahMaalouma Mint El Meidah est l’une des grandes artistes mauritaniennes acclamées dans son pays et dans le monde. Son genre musical exprime une révolte contre la tradition et la diffusion de ses idées libérales dans l’art et la culture.

Elle a inspiré de nombreuses générations d’artistes au Maghreb. Elle n’a pas limité ses activités à son seul art, mais est entrée il y a quelques années dans le monde de la politique, devenant la première musicienne mauritanienne à entrer au sénat. Cela lui a permis d’ouvrir de nouveaux horizons.

Magharebia l’a rencontrée pour parler de ses expériences et de ses points de vue concernant la récente évolution de la situation au Maghreb.

Magharebia : Quel message les artistes devraient-ils selon vous faire passer pour éclairer l’opinion, à la lumière de la propagation de l’extrémisme ?

Mint El Meidah : Les artistes doivent avoir une vision claire de la vie, afin de pouvoir tracer une image de ce qu’ils souhaitent exprimer, et doivent avoir un message susceptible d’inspirer leur public et leur audience. L’art est un moyen d’expression au travers duquel nous pouvons communiquer un discours qui mette en place les fondements de la modération. Cela repose toutefois sur la valeur artistique du travail et sur la puissance du message. La valeur artistique du message d’un artiste doit donc être cohérente dans sa musique, sa valeur et son cœur-même.

Magharebia : Selon vous, pourquoi les jeunes sont-ils la proie de l’extrémisme et rejoignent-ils les groupes terroristes ?

Mint El Meidah : Je pense que la principale raison en est la propagation de l’ignorance, car la Mauritanie connaît depuis ces dernières années une détérioration de l’éducation. Cela a creusé un fossé entre deux groupes, l’un qui étudie l’arabe, mais seulement de manière superficielle et sans intégration, et l’autre qui étudie le français.

L’État a soudainement décidé de réformer l’éducation en imposant un nouveau système qui a poussé ceux qui étudiaient l’arabe hors de la société plutôt que de les maintenir dans les institutions de l’État. Et comme aucun mécanisme n’avait été mis en place pour les préparer à s’intégrer, ils ont eu le sentiment que leur avenir était sombre et ils sont alors devenus des proies faciles pour les groupes extrémistes. Certains d’entre eux ont même embrassé les idées terroristes.

Je pense toutefois que lorsque l’on met l’accent sur les personnes éclairées en Mauritanie et dans les autres pays du Maghreb, et lorsque des rencontres fréquentes sont organisées pour la jeunesse, cela permet de faire revenir certaines personnes égarées à de meilleurs sentiments.

Magharebia : On a parlé récemment de jeunes filles du Maghreb prises au piège de ce que l’on appelle maintenant le « jihad annikah ». Qu’en pensez-vous ?

Mint El Meidah : Pour moi, ce « jihad annikah » est totalement étranger aux valeurs de l’Islam selon lesquelles nous avons été éduqués. Pour ce que je sais de la culture et de la religion islamiques, un tel concept n’a jamais existé dans l’histoire islamique, parce que l’Islam ne contient aucun enseignement prescrivant aux femmes d’offrir leur corps pour le jihad.

Magharebia : Quelle interprétation faites-vous de la montée actuelle des jihadistes et des assassins au nom de l’Islam ?

Mint El Meidah : Sur ce point, je peux dire qu’il s’agit malheureusement de duperies et de choses sérieuses dont il convient de parler intelligemment. J’estime personnellement que l’effet de la raison et de la culture est plus fort que celui des armes, parce que la persuasion par les idées est bien plus facile que la persuasion par l’intimidation. Le dialogue et les changements de mentalité sont donc meilleurs que l’usage des armes pour traiter de cette question.

Magharebia : Quel message adressez-vous à la jeunesse du Maghreb ?

Mint El Meidah : J’encourage les jeunes éclairés de l’ensemble du Maghreb à donner aux personnes scolairement, financièrement ou intellectuellement limitées un accès à des choses utiles. J’espère aussi que les pays concernés par le terrorisme créeront de nouvelles opportunités et de nouvelles institutions capables de recevoir ces personnes financièrement et intellectuellement limitées. Je crois que les adeptes de la déviance intellectuelle ne trouveraient aucun motif de s’égarer s’ils trouvaient le moyen adéquat de soutenir leurs proches.

Par Jemal Oumar à Nouakchott

Source : Magharebia

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