Une présentation de l’histoire de la fondation mauritanienne – journal et entretiens avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske automne de 1967

Kaige_Bertrand_Fessard_Foucault_13Suite de leur publication des 11, 18, 25 mars & 8 avril derniers
La construction ensemble
Le récit d’Ahmed
Bertrand Fessard de Foucault – Ould Kaïge
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Entretien avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske
À Paris, le lundi 23 Octobre 1967. 17 heures à 19 heures 30
Suite 3
La crise de l’automne 1963 et le Congrès de Kaédi
La crise qui se produit à l’automne au sein du B.P.N. est une réédition de la crise avec Sidi El Moktar. Le B.P.N. n’était pas alors accepté – comme maintenant – en tant qu’autorité suprême. Moktar était braqué contre Souleymane Ould Cheikh Sidya. Celui-ci avait été élu président de l’Assemblée Nationale, tout à fait par hasard.
A l’époque, l’Assemblée était restée un peu frondeuse, et ne se soumettait pas au B.P.N., et le président de l’Assemblée restait un personnage très important. Le B.P.N. s’était arrogé le droit de désigner un candidat ou de désigner un comité pour trouver un président.
Cheikh Saad Bouh Kane avait été désigné. C’est alors que les députés ont fait un coup d’Etat. Ils sont allés réveiller dans la nuit Souleymane (membre du B.P.N.), seule possibilité pour redonner du prestige à l’Assemblée Nationale, l’ont persuadé, et le lendemain il y a eu l’élection de Souleymane. Moktar a fait contre mauvaise fortune, bon cœur et l’a félicité.
Mais tout de suite, la petite guerre a commencé, et elle s’est reportée à l’échelon du B.P.N. Au sein du B.P.N., il se forme un groupe pur et dur pour briser l’autonomie de l’Assemblée (notamment sur le plan financier), mais ce groupe était aussi allié à Souleymane pour donner consistance au B.P.N., et du poids, surtout vis-à-vis de Moktar.
D’autre part, il y avait un certain nombre de députés au B.P.N., qui étaient partagés entre le désir de ne pas contrarier Moktar (les élections dépendant du gouvernement) et celui de ne pas déplaire à Souleymane disposant de voitures et d’argent. En ne prenant pas partie contre Souleymane, cela suffisait. De son côté, Moktar n’appuyait pas le groupe pur et dur. Bref, la confusion était complète.
Il y eut alors un accord unanime au B.P.N. pour convoquer un congrès. Le B.P.N. chargea auparavant le secrétaire général de lui proposer une solution. En fait, cette solution ne fut pas proposée, mais directement appliquée par le secrétaire général. Ce qui est en tout cas certain, c’est qu’il y a eu unanimité pour que le secrétaire général propose une solution. Il y eut aussi un accord pour une conférence des cadres.
C’est alors que se fit un coup d’Etat, quand on transforma la conférence des cadres en congrès du parti. Cette conférence était composée en majorité d’agents du pouvoir.
Je suis pour ma part venu à Kaédi, mais je ne participais plus directement aux activités du parti. J’ai aidé Mohamed Ould Cheikh, qui devenait l’homme fort, et qui ayant une petite fille malade à Dakar, m’avait chargé de le remplacer.
Entretien avec Ahmed Baba Ould Ahmed Miske
À Paris, le mardi 24 Octobre 1967. 13 heures 30 à 15 heures 30
Dactylographie – vendredi 27 Octobre 1967 – des notes manuscrites prises pendant l’entretien Précisions sur la « Nahda » et le Maroc – la Mauritanie espagnole
Le départ des transfuges au Maroc
Nous n’avions aucune relation avec le Maroc, du moins au début. Les relations avec Horma étaient pratiquement inexistantes. L’A.J.M. avait été créée avant son départ pour le Caire. Je ne le connaissais pas personnellement. Horma est donc parti (1), cela ne nous concernait pas.
Pour ceux qui l’ont suivi, deux ans plus tard, ce fut différent car il y avait des relations plus suivies sur le plan individuel. Ould Oumeir notamment se sentait assez sympathisant vis-à-vis de l’A.J.M. et il y avait des relations personnelles. Il y en avait surtout avec Mohamed El Moktar Ould Bah. Leur départ à tous deux a créé une situation difficile parce qu’ils étaient plus proches de nous, que Horma que l’on ne connaissait pratiquement pas.
Nous n’étions pas au courant de leur départ, et nous n’avions rien de spécial avec eux. Ils étaient au gouvernement, faisant partie du P.R.M(2), que précisément la Jeunesse n’avait pas accepté. Ils n’ont d’ailleurs pas cherché à laisser des gens à eux derrière eux.
Sur les raisons de leur départ, on ne peut guère formuler que des hypothèses. Pour deux d’entre eux, au moins, l’on dispose d’éléments psychologiques.
Ould Oumeir était un esprit très religieux, très fier. Il était en révolte contre le colonialisme. Son père avait joué un rôle important dans l’opposition à la pénétration française. Et lui-même était assez réticent vis-à-vis de la colonisation. Il voyait avec sympathie notre mouvement qui correspondait à son souhait profond : nationalisme et surtout esprit religieux.
A ce moment, un mouvement anticolonialiste se créait. Au Sénégal et en Mauritanie, on n’avait guère conscience de l’aboutissement futur de la Loi-cadre. En Mauritanie, en tout cas, on ne voyait pas du tout cela en termes d’indépendance à plus ou moins longue échéance. On y voyait seulement un nouvel arrangement de la chose coloniale. On en voyait d’autant moins l’aboutissement que les autorités coloniales faisaient tout en ce sens.
La mauritanisation ne se faisait qu’au profit d’interprètes dévoués aux autorités. Il n’y avait pas de partis politiques structurés. Tout était fait par l’administration coloniale. Cela se faisait sans à-coup. Et ce qui pouvait se passer dans le monde arabe, en Afrique du nord notamment, était ressenti profondément dans certaines âmes : chez Fall Ould Oumeir, par exemple.(3)
Dey Ould Sidi Baba (4) est un caractère complètement opposé, très opportuniste. Il était président de l’Entente. Il était resté le lieutenant de Horma, mais il le trahissait et était en relations suivies avec les autorités qui l’avaient fait élire conseiller territorial. Il était essentiellement opportuniste. On a raconté – et c’est plausible que le secrétaire général Poulet avait laissé entendre que la France était en train de négocier la Mauritanie avec le Maroc, et que la Mauritanie pourrait bien se trouver un beau jour marocaine.
Ce qui est troublant, c’est que, à plusieurs reprises, au Conseil de Gouvernement, Dey Ould Sidi Baba se montra inquiet – inquiétude, devant un rattachement imprévu au Maroc, et de se trouver dans un gouvernement traître, de se retrouver du mauvais côté, et de jouer perdant. Dey aurait donc pris le virage pour se mettre à temps du bon côté. Très subtilement, il aurait circonvenu – avec d’autres raisons – l’émir Ould Oumeir : on ne peut pas continuer ainsi ; au Maroc, c’est l’émir des croyants, une autorité musulmane justifiant le « djihad »(5), un pays de l’Islam déjà libéré.
Mohamed El Moktar Ould Bah est parti peut-être simplement parce qu’il n’était au gouvernement que grâce à Ould Oumeir. L’émir était alors très influent. Il avait une position très forte à l’Assemblée territoriale. Il aurait souhaité que Moktar exige des réformes plus sérieuses. Sa position était assez proche de la nôtre, mais ne pouvait la dire ouvertement vu sa situation officielle.
Mohamed El Moktar Ould Bah s’est montré très désemparé par ces deux départs. Il ne savait plus où se raccrocher. Il était très proche aussi de Dey Ould Sidi Baba ; ils étaient les deux plus jeunes au gouvernement. Il a alors manœuvré habilement. Il s’est fait envoyer en mission pour les chercher. Ils étaient en fait à Paris. On croyait qu’ils avaient quitté la Mauritanie pour Le Caire. On faisait semblant de ne rien savoir.
Il y avait même eu une manifestation à Saint-Louis, faite par leurs parents, pour que le gouvernement fasse quelque chose pour les retrouver. Mohamed El Moktar se fait donc envoyer en mission. Il est accompagné par un jeune cousin germain de l’émir : Cheikh Ahmedou Ould Sidi, qui était mon adjoint à la caisse des allocations familiales. Ils partent pour rejoindre les deux autres. Moi-même, je ne savais pas qu’ils allaient les rejoindre. On pensait qu’ils devaient être dans quelque pays arabe, mais on ne savait pas où ils étaient exactement.
Au sujet de ces négociations entre la France et le Maroc, peut-être s’agissait-il simplement d’un accord de principe pour la délimitation des frontières.
Ahmed Baba Ould Ahmed Miske à Rabat et les contacts qu’il y a eus.
Il y avait donc au Maroc des gens qui avaient été avant leur départ en relations avec nous. Mais il n’y avait eu aucune relation avec eux depuis leur départ. Aucune correspondance. Rien. Ceci avant mon passage à Rabat en 1959.
En arrivant à Rabat, en 1959, à la suite des voyages de l’A.J.M. à Vienne et à Moscou, j’étais en qualité de membre de l’A.J.M.. Puis ensuite, j’ai eu des entretiens en tant que Nahda. Je rencontre donc ces gens-là. Discussions assez orageuses. Certains se sont convaincus, ou ont prétendu qu’ils l’étaient déjà : El Moktar, Ould Oumeir et Cheikh Ahmedou.
Horma était à part, avec les intégrationnistes. Il était avec Allal El Fassi par besoin d’argent surtout, et il n’avait plus d’espoir d’avoir en Mauritanie une position aussi importante et rémunératrice. Il était alors ambassadeur du Maroc en Libye. Je l’ai vu une fois.
Dey Ould Sidi Baba était très réticent ; il s’intégrait au Maroc, devenait ambassadeur. Il avait toujours été capable. Il s’intégrait comme fonctionnaire marocain.
Moktar Ould Bah et Ould Oumeir étaient d’accord pour rentrer. Ils voyaient bien que la voie qu’ils avaient choisie était sans issue, qu’il n’y avait pas d’autre solution que la lutte de l’intérieur, comme je le leur disais. Ils me dirent qu’ils avaient déjà rencontré Moktar, qui leur aurait fait des promesses, et devait les rencontrer à nouveau, mais qu’il n’avait pas tenu parole. Je n’avais pas de titre pour les convaincre et m’engager au nom de Moktar.
Je leur disais simplement que l’action de libération de la Mauritanie ne pouvait se faire que de l’intérieur. C’était une action politique, au sein d’un parti reconnu. Mohamed El Moktar Ould Bah et Cheikh Ahmedou disaient qu’ils rentreraient volontiers tout de suite. Pour Ould Oumeir, c’était plus difficile. Il y avait des garanties à obtenir. De toutes façons, pour eux trois, le principe du retour était accepté. Ce n’était qu’une question de temps.
Dans notre pensée, il fallait que le Maroc cesse de revendiquer la Mauritanie, et aide simplement notre mouvement, comme il aidait l’Algérie. Radio Rabat pouvait nous aider. Une action diplomatique et politique pouvait être faite. Il n’était pas question pour nous de mouvement d’insurrection.
Ils nous ont dit souhaiter de voir avec nous des responsables marocains. C’est alors que j’ai compris qu’ils n’osaient jamais discuter avec les Marocains. Ils se contentaient d’approuver et de renchérir. Pendant toutes les discussions avec les Marocains, je fus le seul à parler. D’ailleurs, quand je suis rentré au pays, je n’ai plus eu aucune nouvelle d’eux.
J’expliquais aux Marocains, que la Mauritanie n’avait aucune raison d’être rattachée au Maroc, que je demandais seulement aux Marocains d’aider la Nahda, mais sans équivoque, car c’était alors une arme terrible aux mains de la colonisation, que de pouvoir accuser la Nahda d’être vendue au Maroc.
Leur revendication n’avait d’autre aboutissement que de compromettre la Nahda, et cela pouvait même entrainer l’animosité des Mauritaniens envers le Maroc. Ceux que j’ai rencontrés se sont montrés compréhensifs. Par contre, avec Allal El Fassi, il y a eu incompatibilité totale.
J’ai vu aussi Mehdi Ben Barka qui en voulait aux Mauritaniens déjà là, qu’il trouvait trop liés à Allal El Fassi. Il était en train de regrouper la fraction extrémiste de l’Istiqlal. Je n’étais pas d’accord, car les Mauritaniens n’avaient pas à prendre parti dans les luttes intestines marocaines. L’entrevue a même été assez violente.
La rencontre de Moktar avec les transfuges a dû se faire en Espagne ou à Genève. Pour le reste, tout est contradictoire. Eux prétendaient avoir eu l’accord de Moktar pour des sauf-conduits. Le fait qu’il y ait eu des contacts est incontestable, mais quant à leur nature et à leur résultat, on ne peut formuler que des hypothèses.
Pour les dates de mon séjour à Rabat, on peut la calculer d’après celle du Festival de Vienne, étant entendu que je suis resté trois semaines en U.R.S.S. et un mois au Maroc.
A Rabat, Mohamed Ould Takhi, président de l’A.J.M., était avec nous. Au moment de partir à l’aérodrome, il a dit qu’il restait. Il avait été un de ceux qui étaient partisans d’une condamnation sans équivoque du Maroc. Nous fûmes stupéfaits. Cela allait encore renforcer les accusations contre l’A.J.M.
D’ailleurs, nous n’avions pas de chance avec nos présidents. J’ai alors appris que Bouyagui était là, au même moment que nous. Je l’ai su par Ould Oumeir. C’était d’autant plus grave, qu’il avait parlé au bureau de la Nahda d’éventuels contacts avec le Maroc, et que le bureau le lui avait interdit.
Cette présence était particulièrement gênante, pour certains membres de la délégation qui étaient plus proches du Gouvernement, et demandait que l’on soit plus raide à l’égard du Maroc. Bouyagui a accepté de garder son voyage secret. On en a bien sûr parlé. Mais cela n’a pas été publié. Donc, deux incidents « présidentiels ».
Après le passage d’Ahmed Baba Ould Ahmed Miske à Rabat
Sur la plan de la Nahda, on connaît la suite.
Sur le plan des relations avec le Maroc, plus rien du tout.
Nous avions décidé de tirer les leçons de l’indépendance. Après l’indépendance, il n’y avait plus de raison d’espérer, cela devenait intenable. Il apparaissait que nos interlocuteurs marocains et les transfuges n’avaient pas tenu parole. Jusqu’à l’indépendance, nous n’avions rien dit ; nous n’avions pas de fleur à faire au gouvernement.
Après l’indépendance, je suis intervenu personnellement à plusieurs reprises à la radio, attaquant Hassan II, Horma et Allal El Fassi. Les autres n’étaient pas attaqués. C’était surtout Horma qui était visé. C’était lui qui était à l’origine des attentats, et les Marocains lui en donnaient les moyens. Nous avons d’ailleurs eu de la chance et avons constaté plusieurs fois que les services marocains – sur ce plan – étaient aussi sous-développés que les nôtres.
Pour le retour des transfuges, on s’est demandé s’ils étaient un cheval de Troie. On l’a cru un moment. Moi-même, j’y ai cru. En fait, il s’agissait surtout d’une auto-intoxication du gouvernement, et d’une intoxication tout court, menée par des gens qui y avaient intérêt. En fait, les transfuges ont été plutôt, à ce moment-là, des victimes.
Le procès, mené par Mohamed Ould Cheikh, l’a d’ailleurs montré. Certes, Ould Oumeir qui avait le sens de l’honneur, ne voulait pas paraître trahir l’amitié personnelle qu’il avait avec le roi, pour se faire donner une place en Mauritanie. Ils sont revenus comme ils en avaient eu l’intention en 1959. C’était une question de circonstances. Ils n’avaient pas pu le faire avant.
Au sujet d’une question sur la motion prêtée à Ahmed Baba Ould Ahmed Miske : « La Mauritanie reconnaît à l’unanimité Sa Majesté Mohamed V comme roi du Maroc et de la Mauritanie », motion proposée à Rosso, et rejetée parce qu’électoralement dangereuse – Réponse : Je n’ai absolument aucun souvenir de cela. Cela a peut-être eu lieu, mais comme un canular. Et de toute façon, je ne suis pas royaliste.
La revendication marocaine
Au sujet de cette revendication, la France serait alors fondée à revendiquer l’Allemagne, et l’Angleterre la France. La seule époque où le Maroc et la Mauritanie ont été sous un même gouvernement – et encore – est la période des Almoravides. Et encore… Tachfin était au nord et Boubakar au sud. Sur le plan historique, les prétentions marocaines sont parfaitement ridicules.
Sur le plan géographique, il s’agit de deux pays différents, séparés par une mer infranchissable, car la traversée du désert est particulièrement difficile. D’ailleurs les confins du Sahara, même ceux actuellement sous souveraineté marocaine, échappaient à l’autorité du roi. On eut dire que c’est la France qui a fait le Maroc. D’ailleurs, même le seul Adrar aurait été impossible à gouverner depuis le Maroc.
Sur le plan humain, les Marocains sont peut-être plus proches des Egyptiens que les Mauritaniens. Conditions de vie complètement différentes. Rien à voir sur le plan humain.
Sur le plan religieux, il y a dans les écrits mauritaniens, sûrement beaucoup plus de références au calife ottoman qu’au sultan marocain. Il n’y avait d’ailleurs à ce moment-là, pas d’idée de nationalité dans le monde musulman, qui était un. Pas d’allégeance quelconque au sultan du Maroc. En Mauritanie, il y a un grand nombre de voies de l’Islam.
En fait, les Mauritaniens sont simplement sunnites, ou malékites comme on l’est en Afrique du nord. La prière ne pouvait être dite au nom du sultan, car la « joumaa » suppose que l’on soit sédentaire et que l’on ait une mosquée. Ce qui, la plupart du temps, n’est pas le cas en Mauritanie. Et quand il y a une mosquée, comme à Chinguetti, il n’y avait qu’un simple prêche. Je n’ai jamais entendu dire de prière au nom du sultan du Maroc.
Au sujet de tous ces arguments marocains, j’ai fait à l’O.N.U. une conférence de presse, répondant à Allal El Fassi. On pourrait en retrouver le texte au ministère des Affaires Etrangères.
La position marocaine a beaucoup évolué. Depuis trois ans, il n’y a plus trace de volonté revendicatrice, même de la part de Allal El Fassi, et pratiquement cela depuis 1960.
Pour ce qui est de la subversion, le Maroc s’est laissé faire par Horma, qu’il a abandonné ensuite, surtout quand le Mali n’a plus toléré d’être une base de départ des terroristes. En 1962, les relations se sont détendues entre la Mauritanie et le Mali. Une délégation du parti a été invitée au congrès de l’Union Soudanaise R.D.A., délégation que j’ai conduite. J’ai rencontré à Bamako, Madeira Keita et Modibo Keita, et leur ai demandé que cela finisse. Horma était d’ailleurs venu à Bamako pendant que j’y étais.
Il y avait dans cette venue une part d’intimidation à mon égard. A ce moment-là, les Maliens se sont engagés. Le fait d’ailleurs que je sois le porte-parole mauritanien, n’a pas été d’un poids négligeable pour convaincre les Maliens. Mon intervention a contribué à les rassurer, et leur dire que la Mauritanie ne serait pas une base pur d’éventuels opposants maliens, chose que Bamako semblait beaucoup craindre à l’époque ; la Fédération ayant été rompue, on craignait alors la France.
La Mauritanie espagnole
Le Sahara, actuellement sous administration espagnole, est tout simplement la côte mauritanienne occidentale.
J’ai fait une intervention à ce sujet devant le comité des « 24 » le 20 Octobre 1964. Je fais d’ailleurs partie d’un tribu qui nomadise des deux côtés de la frontière, et qui a foré tous les puits de la région. Bazeid, mon grand-père maternel qui m’a élevé (celui qui a reçu Moktar en 1942-1945) est même né sur ce territoire.
Pour moi, il n’y a aucun problème. De même que le Maroc espagnol était marocain, de même la Mauritanie espagnole est mauritanienne. La seule différence c’est qu’au Maroc, la décolonisation des deux parties s’est faite pratiquement au même moment, tandis qu’en Mauritanie, seule la partie française a été jusqu’à présent décolonisée.
Pour la partie espagnole, on attend simplement que cela se fasse. Les espagnols ont déjà exagéré quand ils ont donné Tarfaya aux Marocaines, alors que c’est mauritanien. On peut à la rigueur comprendre ce geste, si l’on considère que Tindouf est algérien. Mais Tarfaya, c’est la limite de ce que l’on peut faire.
L’histoire montre clairement qu’il s’agit bien du même pays, qu’il ait été sous l’influence française ou sous l’influence espagnole. Les Espagnols pensaient même que l’Adrar aurait dû leur revenir. Quand aux Marocains, ils revendiquent le Sahara espagnol parce qu’il fait partie de la Mauritanie, et que selon eux toute la Mauritanie doit leur revenir. Nous ne sommes pas faits faute d’exploiter cet argument.
J’avais d’ailleurs parlé de cela aux Marocains dès 1959, et leur avais dit que la libération de ce territoire était seulement possible à partir de la Mauritanie. Or, la Mauritanie espagnole est devenue un territoire contesté, ce qui est très pénible. Nous sommes obligés de subir une pareille situation alors que ce territoire est incontestablement mauritanien.
Tout est actuellement entre les mains de l’Espagne, qui profite bien entendu de la dispute du Maroc et de la Mauritanie. Elle a en outre trop besoin de monnaie d’échange avec le Maroc, pour traiter à son détriment. Faut-il envisager un partage : la Seguiet-el-Hamra au Maroc, et le Rio à la Mauritanie?
Ma démission est liée à cette affaire, car je trouvais que le gouvernement ne prenait pas assez à cœur l’affaire. Cela a eu en tout cas le mérite de secouer le gouvernement.
Il devrait y avoir à Nouakchott un dossier que j’ai constitué à ce sujet et qui contient toutes mes interventions à l’O.N.U. Maintenant que nous n’avons plus de relations avec les Etats-Unis, notre ambassadeur n’a plus que cette affaire à suivre.
El Hilal : un mouvement qui aurait été créé en Novembre 1961, à la suite du remaniement ministériel qui aurait fait des mécontents ? Je ne me souviens de rien à ce sujet. Peut-être Bouyagui a-t-il évoqué ce nom pour un titre de journal. Mais je ne me souviens de rien de plus.
Rivalités au sein du P.P.M. au moment des candidatures à l’élection d’Août 1961 ? Des rivalités essentiellement personnelles, comme celles de Moktar avec Sidi El Moktar ou avec Souleymane.
Election de Hamoud Ould Ahmedou à l’Assemblée
Il était bien placé à l’assemblée. Il a été élu pour cela. Il a été limogé parce que circonvenu par Bouyagui. Mais est redevenu ensuite ce qu’il était auparavant. C’est un bon bougre, très gentil.
Birane Mamadou Wane
Il est très gentil, très cordial. Mais c’est un mercenaire. Il est d’origine sénégalaise. Toute sa famille est de l’autre côté du fleuve. Mais cela n’a guère d’importance. Car on pouvait vraiment choisir.
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À suivre
(1)– Horma Ould Babana, né le 1er Mai 1912 à Méderdra et décédé le 1er Juillet 1980
(2) – confusion sur la chronologie, puisque le P.R.M. n’est fondé qu’en Mai 1958, soit trois mois après le départ des premiers « transfuges » admis, le 3 Mars 1958, par un télégramme officiel du Conseil de gouvernement demandant au ministère de la France d’outre-mer des nouvelles de Dey Ould Sidi Baba et de l’émir du Trarza !
(3) – l’histoire de l’émirat des Trarza, notamment dans la période d’administration française, est aussi complexe que la personnalité de l’émir et elle est – forcément ? – indépendante de celle des Ahel Cheikh Sidya. Elle aura sa suite dans les débuts du régime militaire avec la place importante qu’y occupa le colonel Ould Sidi, quoique non putschiste. L’émir participa au gouvernement marocain à une place éminente, en seconde position protocolaire comme ministre d’Etat chargé des affaires de la Mauritanie et du Sahara. Il meurt à Dakar, le 8 Mai 1965, mais après avoir retrouvé la mère-patrie
(4) – paradoxalement, Ahmed Baba a une opinion aussi négative que l’administration française sur cette très grande personnalité :
Wikipédia résume ainsi sa carrière :
1958 – 1959 Conseiller au Ministère des Affaires étrangères. 1959 – 1961 Directeur de la Division Afrique au Ministère des Affaires Étrangères. 1961 – 1962 Ambassadeur du Maroc en Guinée. 1963 – 1965 Ambassadeur délégué permanent aux Nations Unies et représentant la Maroc au conseil de sécurité des Nations Unies.
1964 – 1965 Président de la commission d’enquête chargé par le conseil de sécurité d’enquêter sur les incidents des frontières entre le Vietnam et le Cambodge. 1964 – 1967 Membre du groupe d’expert chargé par le conseil de sécurité d’enquêter sur le problème de l’Apartheid en Afrique du Sud. 1965 – 1967 Ambassadeur permanent du Maroc auprès des Nations Unies. 1966 – 1967 Vice Président de l’assemblée Générale des Nations Unies.
1967 – 1971 Ministre au Cabinet Royal. 1971 – 1972 Ambassadeur du Maroc en Arabie Saoudite. 1972 – 1973 Directeur de Cabinet Royal. 1973 – 1974 Ministre de l’Education Nationale. 1974 – 1977 Ministre des Habous et des Affaires Islamiques. En 1977, Dey Ould Sidi Baba marque un retour sur la scène politique marocaine en participant à la fondation du Rassemblement national des indépendants avec Ahmed Osman. Il préside entre 1977 et 1983 la Chambre des représentants marocaine en succédant à Mehdi Ben Bouchta. 1977 – 1984 Président du Parlement.
Hassan II lui rendit hommage à sa mort en 1992, ainsi :  » Dey fut un rare exemple. Non seulement parce qu’il a choisi le Maroc en abandonnant tout ce qu’il aurait pu avoir ailleurs, mais aussi parce qu’en intégrant le royaume, il a conservé la même conduite des années durant. En cela, Dey a forcé le respect de tous qu’il s’agisse de ses amis ou de ses adversaires politiques. C’était en vérité un homme d’une grande intégrité intellectuelle et matérielle et qui n’avait d’autre souci que la recherche de la vertu « .
(5) – ne pas oublier qu’il s’agit d’une conversation en Octobre 1967 à propos d’événements remontant à neuf ans plus tôt.

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