Unité nationale, cohésion sociale et paix civile : Le devoir de consolidation

Un proverbe peulh dit : « la force résultant de l’unité d’un peuple est comparable à celle d’un fagot de bois solidement attaché »L’interprétation du proverbe est que chaque morceau de bois pris individuellement est synonyme de fragilité tandis que tous les bois réunis représentent une force extraordinaire.

Drapeau-rim

                 Historiquement, notre diversité culturelle a longtemps été un objet de fierté nationale. La Mauritanie a porté avec fierté le qualificatif de trait d’union entre l’Afrique noire et le monde arabe du fait de sa diversité ethno linguistique.

                  Ainsi, dans les forums internationaux ou à l’occasion des règlements de conflits, la diplomatie Mauritanienne a toujours été sollicitée. Cela a donné une image remarquable à notre pays et forcé l’admiration du monde entier. Cette opportunité aurait dû nous conduire à préserver ce capital de sympathie et d’estime qu’il nous appartenait de gérer et perpétuer

                Malheureusement cette bonne toile, tissée et  léguée par nos ancêtres, s’est fissurée. La remise en cause de cette unité nationale a été marquée par trois séquences :     

1 LE VENT

Il a soufflé sur le pays suite à la réforme de l’enseignement dans laquelle la communauté négro africaine estimait être fondamentalement lésée  par la primauté de la langue arabe sur la langue française. C’était autour des années 60. Les frictions entre les communautés arabes et négro africaines ont alors engendré des scènes de violence à travers tout le pays. Les courants ultra nationalistes arabes venaient de semer la mauvaise graine dans le sol mauritanien. L’Etat a tout de même réussi à calmer rapidement la crise.

2 L’OURAGAN

Il s’est déclenché en 1987 après le coup d’Etat  fomenté mais non exécuté par un groupe d’officiers négro africains, dont les revendications étaient résumées dans un document dit Manifeste de Bujumbura, du nom de la capitale du Burundi, où se tenait un sommet de la francophonie.
Le régime militaire qui dirigeait le pays à l’époque, fortement encadré par un lobby imbu de nationalisme arabe, prit la sentence de passer les putschistes par les armes plutôt que de les emprisonner ou les gracier.

3 LE TYPHON

Il symbolise le relèvement du niveau de gravité de la rupture de confiance entre les deux communautés en question. Les années 89,90 et 91 furent un prolongement logique de l’année 87 mais leur particularité réside dans la méthode de planification et d’exécution des crimes et autres  déportations. En effet, à la faveur d’un simple conflit survenu entre éleveurs et agriculteurs (mauritaniens et sénégalais) le monde entier a été témoin d’un drame sans précédent dans notre histoire qui s’est traduit par des centaines d’exécutions extra judiciaires, des déportations massives vers le Sénégal et le Mali ainsi que des scènes de pillage et autres abus à l’endroit de la communauté négro africaine.

La gravité et l’ampleur du drame rappelle étrangement le cas vécu par la communauté juive pendant la deuxième guerre mondiale, en particulier dans les camps de Sobibor et de Drancy. En effet, le régime avait joué sur la fragilité de notre unité nationale pour entretenir, à des fins de répression, un climat de méfiance entre les pôles ethniques. Il a même carrément dressé la communauté arabe contre la communauté négro africaine, diabolisant et humiliant cette dernière dont il fit sa proie de prédilection.

On se souvient qu’à l’époque, la mauvaise prononciation en arabe du mot Mederdra avait entrainé la déportation de plusieurs mauritaniens. On se souvient qu’à l’époque, être né à Louga, Dakar, Matam, Saint Louis etc.  pour ne citer que ces localités, était synonyme d’expulsion, purement et simplement.

On se souvient que durant deux jours, Radio Mauritanie a exclu la langue wolof de son programme, comme s’il n’existait plus de wolofs en Mauritanie.  On se souvient que le long de la vallée, des fosses communes se faisaient découvrir de temps en temps ainsi que des cadavres humains non enterrés parce que personne n’osait s’aventurer à les approcher ou les récupérer afin de leurs consacrer leur dernière dignité après la mort. Les souvenirs d’horreur et de larmes ne manquent pas mais peu de voix se sont élevées pour s’indigner ou dénoncer.

Néanmoins, force est de rappeler, dans la série des souvenirs, la bravoure de certains compatriotes arabes ayant protégé et soulagé la souffrance de leurs frères noirs et en particulier la responsabilité prise par feu Bouddah Ould Bousseyri  (Q’Allah l’accueille en son paradis) qui n’a pas hésité à indexer le régime de Maaouya  à l’occasion de la prière consacrant la fin du mois de ramadan, à la mosquée Ibn Abbass de Nouakchott.

Ces évènements et la persistance de notre pays à refuser les nombreuses médiations de l’étranger, ont eu pour conséquence l’isolement momentané de la Mauritanie de la scène internationale avec son lot de blocages politiques, économiques et diplomatiques. C’est à se demander par où on est passé pour arriver à cette situation inédite .Le pays avait presque cessé d’être.

Notre conscience doit nous alerter sur le danger de la mauvaise manipulation du levier hyper sensible que constitue l’unité nationale .C’est le lieu d’écraser les tabous et d’inviter tous les patriotes à vulgariser et élargir la réflexion sur le fait que cette unité là doit se matérialiser par l’acceptation de notre différence, le respect de notre diversité culturelle, l’égalité en droit et en devoir etc.

Notre intelligence que nous ne cessons de clamer, notre foi islamique et le constat d’échec à nous entendre sur l’essentiel, doivent nous amener à refonder ensemble une autre Mauritanie plus solidaire et confiante en son avenir. L’Etat doit mener le jeu en s’engageant le premier dans le combat. Quant aux populations, elles doivent, par un comportement responsable des uns et des autres, enterrer les rancœurs et s’engager résolument à bâtir un meilleur destin. Ensemble nous devons détruire les obstacles qui obstruent les issues de notre unité.

C’est le passage obligé pour rattraper le train du développement et permettre à notre pays de retrouver son crédit d’antan et sa place dans le concert des nations.

                      Oumar  Tafsir  Bocoum

Parti de la Convergence Démocratique Nationale

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