Vendredi à haut risque dans les rues d’un Brésil au bord du chaos politique

manifestants anti-gouvernementauxAmbiance survoltée. Les Brésiliens sont dans la rue. Ce vendredi 18 mars, les partisans du gouvernement devraient de nouveau se montrer, alors que les opposants ont encore battu le pavé jeudi pour réclamer, toujours plus fort, le départ de la présidente, en marge de la prise de fonctions de Lula en tant que ministre. Une entrée au gouvernement bloquée par les juges, tandis que les députés ont relancé la procédure de destitution visant Dilma Rousseff. Le chaos politique n’est pas loin.

Sur l’avenue Paulista de Sao Paulo, devant le siège du patronat brésilien, les manifestants réclamaient encore, jeudi soir, la démission ou la destitution de Dilma Rousseff, comme l’a constaté notre correspondant sur place, Martin Bernard.

Pour rappel, dimanche avant l’annonce du retour de Lula, des masses s’étaient déjà rassemblées en très grand nombre dans les rues du Brésil pour exiger le départ de la présidente de gauche. Et certains avaient de nouveau battu le pavé mercredi.

Jeudi soir à Sao Paulo, des tentes ont été installées. Des manifestants s’apprêtaient à passer la nuit sur place. Mais les militants locaux du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff doivent à leur tour se rassembler ce vendredi, juste à côté d’eux devant le musée d’arts de la ville.

Le PT, avec la Centrale unique des travailleurs (CUT) et d’autres mouvements proches du gouvernement, ont convoqué des manifestations dans plus de 30 villes ce vendredi. Des accrochages sont donc à craindre entre les deux camps, particulièrement remontés.

Jeudi, les rues brésiliennes étaient déjà émaillées de tensions, voire d’escarmouches entre partisans et adversaires de la présidente. La police s’est efforcée de les séparer. Outre Sao Paulo, des milliers de personnes ont par exemple continué de manifester contre Mme Rousseff à Brasilia toute la soirée.

A-t-il voulu échapper à la détention ?

Dans la capitale administrative du Brésil, les manifestants se sont massés devant la présidence et le Congrès, poussant la police à intervenir, cette fois à l’aide de gaz lacrymogènes et de bombes assourdissantes.

La tension est clairement montée d’un cran après le retour de l’ancien président au gouvernement. Lula da Silva a prêté serment jeudi matin à Brasilia. Il occupe un ministère clé, avec des pouvoirs similaires à ceux d’un Premier ministre en France.

Mais à peine était-il intronisé que sa nomination a été suspendue par un juge de la capitale, qui estime que cette nomination pourrait constituer un délit d’entrave à la justice de la part de la présidente. Un sentiment renforcé par la publication, par le juge Moro en charge de l’enquête sur Petrobras, de nouvelles écoutes téléphoniques qui ont eu l’effet d’une bombe politique.

Datée du jour de l’annonce du grand retour de l’ancien président, cette conversation au plus haut niveau laisse penser que la présidente a suggéré à Lula de se servir, en cas d’extrême nécessité, du décret de sa nomination pour éviter un placement en détention avant son installation.

La justice fédérale soupçonne l’ancien président de corruption et de blanchiment d’argent. Avant son retour politique, elle l’avait déjà interpelé à son domicile pour un interrogatoire. D’autres enregistrements laissent penser qu’il redoutait une nouvelle opération de police imminente.

Lula, un retour aussitôt plombé

Si Lula entre au gouvernement, il échappe à la juridiction du juge Moro, et tombe sous celle du Tribunal suprême fédéral. Un tribunal de Brasilia a annulé jeudi soir la suspension de son entrée au gouvernement.

Mais cela n’a eu aucun effet concret, puisqu’un autre juge, de Rio de Janeiro cette fois-ci, a entretemps ordonné en référé une suspension identique. Lula garde officiellement son titre, mais ne peut pas gouverner.

Le blocage est total. Pour les opposants, l’attitude des juges est une victoire. Mais selon les militants qui s’étaient rassemblés à Brasilia pour assister à l’investiture de l’ancien syndicaliste, il s’agit d’un coup monté.

Jeudi, la Bourse de Sao Paulo a bondi de 6,6 %. Les marchés voient-il dans cette agitation les signes avant-coureurs de la chute d’un gouvernement paralysé en pleine récession économique ?

Si la présidente a fait appel à son mentor, l’homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000, c’est parce que ce dernier était attendu comme le Messie par un gouvernement au bord du naufrage.

Le scandale Petrobras a sérieusement écorné l’image de la majorité, sur le point d’imploser. Le grand parti centriste PMDB, un pilier de la coalition majoritaire lui-même très affecté par le scandale Petrobras, s’était donné, samedi, 30 jours pour décider s’il abandonnait, ou non, le navire en perdition.

Et le risque d’une destitution revient

Jeudi après-midi, les députés ont relancé la procédure de destitution qui empoisonne la présidence de Dilma Rousseff depuis décembre dernier. Les élus ont mis en place une commission spéciale de 65 députés, chargée de rédiger un rapport préconisant ou non la poursuite de la procédure.

Dilma Rousseff est accusée par l’opposition d’avoir maquillé sciemment les comptes publics en 2014, l’année de sa réélection, pour atténuer les effets de la crise aux yeux des électeurs.

Le rapport de la commission spéciale mise en place jeudi doit désormais être approuvé par deux tiers des députés. Si cela se produit, une mise en accusation sera formulée contre la présidente devant le Sénat, où les deux tiers des voix seront à nouveau nécessaires pour la destituer.

Issue des législatives de 2014 et forte de 314 députés (61,2 %), la majorité prémunissait jusqu’ici Mme Rousseff contre le risque d’une destitution. Mais désormais, nul n’est capable de mesurer les réels rapports de force au Congrès.

L’opération Lula, censée aider la présidente Rousseff à surmonter le risque d’implosion de la majorité et la destitution, menace donc désormais d’accélérer le naufrage politique de l’ancienne opposante. Particulièrement remontée après la publication de nouvelles écoutes, l’ancienne opposante politique a lâché : « C’est comme ça que commencent les coups d’Etat ! »

Source: RFI

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