Voici le père de Birame Ould Dah qui lui ressemble en tout point…

louis hunkanrin 2Méconnu alors qu’il devrait être célébré comme le père de la lutte radicale contre l’esclavage en Mauritanie, ce n’est pas n’importe qui. Quand on lit ses écrits, son militantisme, sa façon de « traiter » les maures d’esclavagistes invétérés qui ne suivent pas même les enseignements de Dieu en matière de travail qui serait pour eux un déshonneur, quand on voit comment il s’en prenait aussi à l’administration française qu’il accusait de connivence avec les maures à ce sujet alors que la loi de la république interdit l’esclavage partout sur les territoires des colonies, on ne peut qu’être surpris de voir combien cela ressemble à l’entrée de Birame Ould Dah dans la lutte contre l’esclavage.

C’est le même discours parfois excessif à propos des maures maîtres de l’exploitation inhumaine, le même discours à propos de l’islam mal interprété de sorte à promouvoir l’esclavage, c’est la même lutte contre l’administration malgré les lois de la république, c’est la même défense de cas précis noms à l’appui, même séjour en prison,  etc…

Avant Mandela, si quelqu’un doit être célébré par les militants hratines, c’est bien lui ! Pourtant peu le connaissent et Birame lui-même n’en parle jamais…

Que dit ce monsieur à propos des origines des hratines ?

« Les tatouages que portent encore la plupart des captifs et les idiomes de leur pays d’origine dont ils ont Jalousement gardé l’usage, permettent de les identifier et de se rendre compte de la proportion dans laquelle les diverses races du Soudan et du Sénégal ont payé des-tributs à la captivité en Mauritanie. Au premier rang sont les Bambàras et les Senoufos,  races qui ont fourni et fournissent le plus gros effectif; des troupes sénégalaises et dont on connaît la qualité; essentielle : « Résistance stoïque aux fatigues et aux privations» . Viennent ensuite les Sarakholés, les Toucouleurs, les Bobos, les Mossis, etc. »

Que dit-il à propos du traitement des maures ?

Que dit-il à propos de la façon des maures de ne pas suivre les préceptes de l’islam en matière de travail ?

Que dit-il à propos de la connivence de l’administrateur français de l’époque ?

Quels sont les cas qu’il rapporte ?

Avec quelle rage et soif de justice se bat-il si loin de chez lui pour ses frères nègres réduits à l’esclavage sous le drapeau français et qui finiront par ne plus savoir d’où ils viennent jusqu’à devenir à l’occasion le bras armé des maures contre les noirs ?

Il faut lire tranquillement tout le document qui suit pour le savoir car il dit bien choses dont la moindre devrait déjà faire de lui un héros national de la cause hratine en Mauritanie.

Qui est ce militant tout feu tout flamme qui pourrait être le père spirituel de Birame en tout point ?

Qui est cet inconnu ?

Qui est Louis Hunkanrin ?

« Louis Hunkanrin est un homme politique béninois, né en 1886 et mort en 1964.

Originaire du Dahomey (actuel Bénin), Louis Hunkanrin (1886-1964) fait partie de la première promotion de l’École normale de Saint-Louis du Sénégal qui en sort en 1907.

Révoqué de l’enseignement en 1910, il est condamné à deux reprises pour ses activités journalistiques (1911 et 1912) et placé en résidence obligatoire à Dakar. Il devient journaliste, collaborant régulièrement à La Dépêche coloniale et, surtout, à La démocratie du Sénégal de Blaise Diagne dont il devient l’un des proches.

En 1914, Louis Hunkanrin revient au Dahomey où il fonde une section de la Ligue des droits de l’homme, mais il est de nouveau condamné à de la prison pour ses écrits dakarois. Toutefois, à la demande de Blaise Diagne, il se fait l’avocat d’une participation effective du Dahomey au premier conflit mondial.

Poursuivant son action militante, il participe à la rédaction du Récadère de Béhanzin (1917), puis s’installe à Paris où il fonde Le Messager dahoméen (1920) avec l’avocat antillais Max Clainville-Bloncourt (qui anime à partir de 1922 l’organe de presse de l’Union Intercolonial, Le Paria, fondé par Nguyên Ai Quôc, le futur Hô Chi Minh).

La participation active de Louis Hunkanrin aux « Evénements de Porto-Novo » de février 1923 le consacre comme meneur auprès de l’administration coloniale française qui le condamne à dix ans d’internement administratif en Mauritanie. De retour au Dahomey, il écrit dans La Voix du Dahomey et est condamné à une amende à l’issue du procès contre le journal en mai 1936.

Lors du second conflit mondial, il est déporté au Soudan français (actuel Mali) pour « gaullisme ». Après-guerre, Louis Hunkanrin ne participe pas à la vie politique dahoméenne de l’après Seconde Guerre mondiale, bien que son fils Gutenberg dirige brièvement (1948-1950) la section dahoméenne du Rassemblement démocratique africain (RDA).

Au décès de Louis Hunkanrin en 1964, le jeune Etat dahoméen consacrera des obsèques nationales à celui qui est considéré comme le « père du mouvement national dahoméen ».

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Hunkanrin

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Nous sommes autour de 1930, voici ses écrits à propos de l’esclavage en Mauritanie :

« Les Maures considèrent les Noirs, en général, comme des captifs. Mais les Noirs qu’ils ont pu jusqu’ici capturer et réussi à mettre sous leur Joug sont, en particulier, les indigènes du Soudan et du Sénégal, ces Colonies étant à proximité de la Mauritanie et se trouvant aliéné être les greniers où ils vont, tous les ans, s’approvisionner en vivre dont leur pays désert est dépourvu et en captifs dont ils ont besoin pour leurs divers travaux, considérant eux-mêmes tout travail comme un déshonneur.

Les tatouages que portent encore la plupart des captifs et les idiomes de leur pays d’origine dont ils ont Jalousement gardé l’usage, permettent de les identifier et de se rendre compte de la proportion dans laquelle les diverses races du Soudan et du Sénégal ont payé des-tributs à la captivité en Mauritanie. Au premier rang sont les Bambàras et les Senoufos,  races qui ont fourni et fournissent le plus gros effectif;

des troupes sénégalaises et dont on connaît la qualité; essentielle : « Résistance stoïque aux fatigues et aux privations». Viennent ensuite les Sarakholés, les Toucouleurs, les Bobos, les Mossis, etc.

Aux yeux des Maures, les captifs sont, ni plus ni moins, des bêtes de somme. Ils les gratifient de coups comme telles et leur donnent n’importe quoi à manger. Pour eux, pas de logis, pas de vêtements, pas de « mariage en règle, pas de droits, pas de garantie. Leur seul droit et leur seule garantie contre les coups, c’est le travail à outrance, le travail nuit et jour, sans trêve, sans repos, et sans mauvaise humeur.

Les captifs ou captives appartiennent corps et biens à leurs maîtres et ne peuvent disposer de rien pour leur bien-être personnel. Leur vie appartient aussi au Maître qui peut la leur ravir quand bon lui semble.

Nombreux sont les captifs ou captives qui ont été, ainsi, tués, assassinés par leurs maîtres, les uns pour fainéantise, à ironie ! Les autres, pour sorcellerie.

Exemple : La mère de Tésylm minte Abderramane,

tuée par son patron Mohamed Nava à Tidjikja pour fainéantise.    Béko, père de la captive Moukhère, demeurant a Tidjikja ; sa mère, Temba ; sa sœur, Sullka, tous tués à Tidjikja même par leurs maîtres, Hassen et Hammoud, pour sorcellerie.

La captivité ne s’éteint qu’à la mort de la victime ou à sa libération. De père en fils, les captifs sont la propriété de leur maître et subissent le même sort. Chose du Maître, celui-ci peut les revendre ad libitum, sans que personne ait rien à dire. Il suffit que l’un des époux soit en état de captivité

lors du mariage pour que l’enfant issu de ce mariage soit également captif.

Ainsi, les enfants que les Tirailleurs et les Français  mêmes ont eus avec les captives sont des captifs suivant les coutumes barbares, sauvages des Maures. Voici un exemple frappant que tout le monde peut toucher du doigt: L’ancien Commandant du Cercle du Tagant, le Chef de Bataillon Anselme Dubost, fut épris d’une captive nommée JôhéraiL Qui donc ne convient Ici avec Pascal. Que « le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas  »

De leur alliance naquit un enfant, prénommé Mohamed. Cet enfant, ayant été reconnu par son père, touche, comme tous les métis de la Mauritanie, une pension mensuelle de vingt francs (20 francs) à lui allouée par l’administration.

Eh bien ! Malgré son titre de métis issu d’un commandant de Cercle ayant commandé le Cercle môme du1 Tagant (Tidjikja, Moudjéria, Tichltt), Mohamed Dubost est resté captif entre les mains des Maures et subira quand il sera en âge de travailler — il n’a maintenant que quatre ans — au même titre que les autres captifs, les tourments réserves aux captifs. Il subira ces tourments avec la connivence de l’administration représentée par les affairistes et anciens collègues de son père, cette administration pour laquelle son père avait sacrifié sa vie, sans que personne ne puisse intervenir, la colonisation, pour nos civilisateurs d’aujourd’hui, n’étant qu’une affaire commerciale, et business in business, comme dit l’Anglais.

Mais l’heure n’est plus de badiner avec la loi. Les captifs n’en peuvent plus. Ils sont exténués,  Ils sont à bout de force, II est temps de crier aux affairistes entre les mains de qui sont les destinées de la Mauritanie : « La France d’abord… votre poche ensuite. Assez d’affaires dans une question si grave ».

L’angoissante question de l’esclavage humain en Mauritanie, la reconnaissance officielle de ce fléau par l’administration malgré les lois prohibitives en vigueur et les conséquences désastreuses qui en découlent au préjudice des victimes n’ont pas été sans émouvoir, sans indigner certains esprits humanitaires, audacieux et vigoureux, tels que M. P. K. Assamol, Médecin auxiliaire à Kiffa.

Dans un rapport officiel, vu et transmis par le Commandant de Cercle à la Direction du Service de Santé de la Mauritanie à Saint-Louis, le Médecin auxiliaire, Assamol a signalé le danger que présentent au point de vue sanitaire les errements regrettables auxquels prête la main le Gouverneur, Chef de la Colonie.

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Voici en quels termes s’est exprimé ce praticien.

PROTECTION  DE LA   MAIN-D’ŒUVRE

«La Mauritanie, pays désert dans ses plus grandes parties, ne produit presque rien pour la subsistance ou les besoins primordiaux de ses habitants. Tout lui vient du Soudan et en partie du Sénégal, colonie à monoculture, qui elle aussi est tributaire du Soudan.

-Qu’une crise économique (ravage des sauterelles, inondation, ou autres causes provenant de la nature) survienne au Soudan, l’éventualité n’est que trop probable, et mette cette colonie dans l’impossibilité de fournir ses vivres, ses denrées, ce sera la famine, le désastre, la mort sur une grande échelle au Sénégal, et en Mauritanie ; ça sera peut-être une éclipse partielle pour le Sénégal, mais sûrement totale pour la Mauritanie qui nous préoccupe. La question est donc grave. Un problème dont les données doivent être examinées avec attention et conscience et dont la solution est d’un grand intérêt pour la Colonie.

«Les Maures répugnent à tout travail. Quiconque se sert de ses mains, tout travailleur, tout ouvrier, est pour eux un être inférieur, méprisable et sans valeur. Ce préjugé barbare, absurde, ce sot orgueil fait leur paresse, leur imprévoyance, leur malheur et la suprématie à laquelle ils prétendent sur les travailleurs qui sont cependant l’épine dorsale, la moelle épinière du pays.

-Tout Maure se considère comme aristocrate créé par Allah pour vivre aux dépens des autres. Aussi les travaux industriels et culturaux sont-ils exécutés :  par les autochtones, les naturels du pays que l’on désigne sous le nom générique de malem : ce sont les forgerons, les bijoutiers, les cordonniers, les tanneurs, etc. 2° par les haratines, esclaves noirs provenant, pour la plupart, du Soudan.

«En vertu du préjugé néfaste ci-dessus, les malems forment une caste méprisable, et si méprisée, qu’aucun des leurs ne peut contracter mariage avec leurs congénères de la classe dite aristocratique. Ce mépris est plus accentué, plus caractérisé pour les Noirs captifs. Ceux-ci occupent dans l’échelle sociale, aux yeux des Maures, le même rang que les animaux domestiques.

« Ils cultivent de maigres champs de mil. La récolte, pourtant infime, ne suffit évidemment guère à leurs besoins personnels. Pour comble sous le nom de « Zékat » qui n’est rien autre que le cadeau féodal (dime), ils doivent donner au Maître, suivant le besoin de celui-ci, toute la récolte ou la plus grosse partie.

« Au service de ce Maître qu’ils travaillent pour nourrir, ils sont la plupart, sans vêtements, sans logis, pendant la pluie, pendant le froid comme pendant le chaud. Souvent ils ne mangent pas à leur faim. Un plat de couscous, de « gâteau », ou les miettes des orgies (débauche, le reste où  excès) du Maître, sont la seule nourriture qu’ils ont le soir pour aller jusqu’au soir suivant. Rien d’étonnant. N’ayant rien à se mettre sous la dent lui-même, le patron aristocrate qui ne doit vivre que du travail de ses soi-.disant serviteurs, ne peut donner à ces derniers ce qu’il n’a pas, D’où la misère et tout le cortège de maux qu’elle amène.

  Jamais le proverbe: Qui compte sur l’écuelle d’autrui dîné souvent mal n’a trouvé une si juste et saisissante application. Pour protéger la main-d’œuvre ici, il importe de combattre, par tous les moyens, les préjugés absurdes des Maures réfractaires au progrès qui font de la fainéantise un honneur ; il importe, dis-je, de combattre ces préjugés en donnant aide et assistance aux malems et aux haratines (esclaves). Dans le cas contraire, l’état de choses actuel ne peut que renforcer les préjugés, retarder la civilisation et cultiver la haine que les indigènes de ce pays ont les uns contre les autres.

« Desiderata :

  Comment protéger les uns et les autres ? Pour ce qui concerne les malems, c’est une action morale qu’il faut exercer sur la classe dite aristocratique. Il faut, tous les ans. Dans le but d’honorer, d’encourager  travail manuel et de stimuler les talents, que l’administration organise une exposition des objets d’art fabriqués par ces artisans.

Pour ce qui concerne les captifs, il est à souhaiter que la main-d’œuvre soigneusement organisée soit soustraite dans l’intérêt général, aux caprices des intérêts privés.

Les  serviteurs  doivent être liés par des contrats réguliers, légaux, à leurs patrons et pouvoir les quitter quand ceux-ci les maltraitent et ne satisfont pas à Tous les besoins. Ils doivent être autorisés à travailler moyennant une rémunération, moyennant salaire, chez les maîtres : qu’ils préfèrent. Ce qui leur permettra de subvenir largement à leurs besoins, de créer un foyer et de vivre à l’abri des cauchemars de la captivité avec les leurs.

Quant aux Maures oisifs, trop longtemps choyés, dont les vices ont été jusqu’ici favorisés et développés, il serait de leur intérêt qu’on les habitue petit a petit à  travailler pour gagner leur pain quotidien selon le précepte d’Allah qu’ils adorent et qui a dit : « Tu mangeras a la sueur de ton front ». Ils peuvent bien le faire; la preuve, c’est que quand ils sont « à l’ombre », ils travaillent au même titre que les esclaves dits « haratines ».

On n’en a jamais vu qui soient morts pour avoir travaillé»,

Depuis que ce rapport est à la chefferie au Service de Santé de la Mauritanie à Saint-Louis, qu’a fait le Gouverneur de la Mauritanie, Mr Chazal, pour enrayer le mal qui gangrène, qui décime la Colonie dont les destinées lui sont confiées ? Rien, Et il ne fera jamais rien au profit des êtres humains qu’il sacrifie aux intérêts privés, bas, mesquins, tant que les honnêtes gens qui heureusement forment encore la majorité de ce monde politique et affairiste, ne l’auront pas désarçonné et mis au pied du mur. Oui ce n’est qu’à ce prix que le pince sans rire qui tient les rênes du gouvernement de la Mauritanie, lâchera sa proie et que les milliers de noirs, sujets français, encore sous le joug de l’esclavage, en plein vingtième siècle, sur ce territoire qu’abrite le drapeau français sauront que ta France, notre Bonne Mère, qui ne fait aucune distinction entre ses fils, n’a pas la main dans le martyre qu’ils endurent.

En mai 1930, lors d’une tournée épiscopale effectuée par le Gouverneur de la Mauritanie, M. Chazal, dans ses fiefs, l’auteur de ces lignes lui fit tenir, au nom des captifs, le mémoire ci-après auquel le Gouverneur affairiste opposa un «non possumus», injustifié et injustifiable. il ne pouvait, en effet, faire autrement N’est-il pas désormais prisonnier des marchands d’esclaves? N’a-t-il pas reçu d’eux, à son passage notamment à Tamchakett, pour le maintien du trafic honteux, des cadeaux énormes : chevaux, chameaux, vaches, moutons, curiosités, articles de la Mauritanie, qu’il partagea, en collégialité, avec M. et Mme Lahore, Commandant et Commandante de Cercle du Tagant

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Voici ce mémoire que nous recommandons à toutes les consciences droites soucieuses du bon renom de la France:

TAMCHAKETT. le 1″ Mai 1930

Louis  HUNKANRIN

à Monsieur le Gouverneur de la Mauritanie en tournée à Kiffa (Cercle de l’Assaba)

Monsieur te Gouverneur,

A l’heure où les marchands d’esclaves du Cercle du Tagant. ligués contre moi et soutenus par certains partisans attardés du maintien de l’esclavage, préparent une attaque formidable contre moi et contre les malheureux enfants du Soudan et du Sénégal en état de captivité qu’ils désirent voir indéfiniment sous leur joug, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me permettre de vous présenter respectueusement ma défense et de mes compatriotes opprimés qui demandent à être traité en  enfants de la France, au même titre que les autres enfants de la France et non en anime viles, en quantité négligeable.

Veuillez donc, Monsieur le Gouverneur, nous prêter quelques minutes de patience, d’attention et d’indulgence pour examiner notre cause et nous mettre à l’abri de toute calomnie. L’existence de captifs, à côté, au su et au vu du Tribunal du deuxième degré, auquel l’article 22 du décret du 22 Mars 1924 attribue la connaissance et ce qui est pis, la répression des faits de traite ; le maintien de l’esclavage sur un territoire français comme la Mauritanie partie intégrante de l’A.O.F., où flotte le drapeau français, emblème de paix, de liberté et de justice, une telle anomalie, une telle faiblesse, sous l’égide de la France qui a pour devise : « Liberté, Egalité. Fraternité », est, non seulement une honte, un anachronisme scandaleux après vingt-cinq ans d’occupation française, mais encore un attentat à la liberté et à la vie des Noirs que tous ceux qui aiment sincèrement la France et désirent sans arrière pensée l’épanouissement de la civilisation française dans cette contrée ne sauraient approuver.

Légion sont les textes à l’encontre de l’esclavage qui ne permettent aucune excuse, aucune concession : Décret du 10 Novembre 1903 qui dans son article 75, dit: «En toute matière la justice indigène appliquera les coutumes en tout ce qu’elles n’ont pas de contraire aux principes de la civilisation française » :

Décret du 27 Avril 1848 qui a aboli l’esclavage dans toutes les colonies et possessions françaises ;

Décret du 12 Décembre 1905, qui punit de 2 à 5 ans de prison et de 500 à 1000 Francs d’amende, avec privation des droits civils prévus à l’article 42 du Code pénal, « tous actes accomplis avec l’intention de disposer de la liberté d’un individu contre sa volonté » ;

Décret du 22 Mars 1924, qui attribue la connaissance et la répression des faits de traite, au tribunal du deuxième degré ;

Nombreux arrêtés de la Chambre d’homologation de Dakar sorte de charte des captifs do l’A.O.F. qui consacrent les textes susvisés et dont voici un des plus significatifs.

« S’il existe encore dans l’Afrique Occidentale Française une catégorie de serviteurs dénommés captifs dans la langue usuelle il n’y a là qu’une situation de fait dérivant d’une longue tradition ; mais il ne s’ensuit pas que l’état de captivité soit reconnu dans les colonies relevant du Gouvernement Général,  ni administrativement,  ni   judiciairement.

« En effet, tout indigène a sa liberté garantie par les pouvoirs locaux sans aucune condition, ni réserve ; elle existe de plein droit, sans que la reconnaissance de cette liberté soit soumise à aucune formalité ou justification quelconque. En conséquence, un droit de propriété sur une catégorie de serviteurs, commet une violation expresse de la loi, cette reconnaissance étant contraire aux principes de notre civilisation, en même temps qu’une offense à la dignité humaine. (Chambre d’homologation, arrêt d’annulation du 14 Novembre 1905, Affaire Boubou Sidihé et Fissa) »   (Voir jurisprudence de la Chambre d’homologation publiée par Gilbert Desvalons et Edmond Joucla, page 15).

En vertu des textes que je viens de mettre sous vos yeux, et que l’ai fait valoir devant le tribunal du deuxième degré de Tijikja geste que la camarilia d’esclavagistes, de marchands d’esclaves de Tidjikja m’impute à crime et dans lequel elle trouve un prétexte, voire même un droit de s’ameuter contre moi, l’ai eu la bonne fortune de faire libérer par le Commandant de Cercle. Président du Tribunal, les captifs dont les noms suivent, qui seront heureux de vous voir du côté du Législateur et d’avoir de vous des actes de libération par écrit qui leur permettront de circuler dans 1e Cercle sans être inquiétés par leurs tyrans. fatma Marna dite N’Barqué, née à Bougouni (Soudan français), volée par les caravaniers maures à Bougouni. Vendue, revendue à Tidjikja, puis donnée en dot à la fille aînée de son maître ;  Ses trois enfants, Bilal ould Mamoudou ; Suilme minte Mamoudou (ma cuisinière) ; Séyidé, minte Mamoudo». : Barrique et sa fille Fatma minte Barrique ; Mohamed, fils de Fatma Tésym minte Abderramane.

Les arguments que les maures esclavagistes soutenus par leurs alliés, les partisans de la manière forte, mettent en avant pour justifier l’esclavage et ses affreuses conséquences : les mauvais traitements, les sévices inhumains, le rabaissement, de notre humain au rang de l’animal, ne reposent que sur des sophisme» et ne tiennent pas debout. Passés au crible de la conscience, ils ne résistent pas à la lumière.

« Nous ne sommes pas habitués au travail avouent carrément les Maures ; nous ne pouvons nous adonner à l’agriculture, cultiver nos champs, les ensemencer, préparer nos repas, sans captif. Si nous n’avions plus droit sur les captifs, l’agriculture serait morte dans ce pays et nous mourrions tous d’inanition ».

Et sans aller au fond des choses, sans examiner à fond cette honteuse déclaration, on répond : « Oui. C’est vrai, vous avez raison, les captifs vous sont indispensables, vous êtes dans votre pays et dans votre droit, disposez des captifs comme vous l’entendez ».

D’abord, la question de la main d’œuvre agricole, culinaire ou autre a été tranchée par un arrêt célèbre de la Chambre d’homologation de Dakar en date du 26 Avril 1910. Aux termes de cet arrêt, si les Maures esclavagistes, les oisifs, les parasites qui ont horreur du travail, veulent des travailleurs, ces travailleurs doivent être libres de rester avec tel ou tel patron, qui doit contracter avec eux soit verbalement soit par écrit, « un contrat régulier de louage d’ouvrage ou de service pour une durée et un salaire déterminés. »

De captifs, taillables et corvéables à merci, menés a coups de triques, voués à la misère, à la mort, privés de tous droits, n’ayant aucune garantie, aucune protection, point.

Les règles édictées par la Chambre d’homologation, règles qui ne lèsent aucun intérêt, ni celui des Maures, ni celui des noirs captifs, et auxquelles il était facile de se conformer si les Maures esclavagistes n’avaient pas mauvais cœur, le penchant au mal, l’arrière-pensée de maltraiter les noirs captifs et de ne leur donner rien, les règles édictées par la Chambre d’homologation, dis-je, sont les, meilleures, et nous verrons tout a l’heure qu’elles s’Inspirent des principes d’humanité, des préceptes même de Dieu, Allah ou Moulanah dont les Maures prétendent être les seuls serviteurs, les seuls appelés et les seuls élus. Allah ou Moulanah, en effet, a dit : « Tu mangeras à la sueur de ton front ».

Nul ne peut donc attendre les bras croisés que des alouettes toutes rôties lui tombent du ciel dans la bouche. I La paresse ou l’oisiveté, mère de tous les vices, à laquelle les maures esclavagistes demandent des primes, est réprouvée dans le Coran comme dans tous les livres saints. Qu’ils suivent donc sincèrement les préceptes de Dieu, les lignes de conduite tracées par ta religion, ils doivent travailler comme tout, le monde, ils doivent manger a la sueur de leur front, comme Allah a dit et non vivre aux dépens des autres.

Ils ne doivent pas, quand ils vont au Soudan ou au il Sénégal s’approvisionner en vivres qui font défaut chez I eux, voler les enfants de ceux qui leur donnent la plus franche hospitalité, rendant ainsi le mal pour le bien ; ils ne doivent pas voler les enfants de leurs bienfaiteurs qui sont des êtres humains, des créatures de Dieu, comme eux, faire de ces créatures, des captifs dans ce désert, les priver de nourriture, de vêtements, de logements, les astreindre aux travaux les plus durs et qui pis est, les assassiner, au besoin, s’ils s’avisent de vouloir la liberté.

Le même Dieu, Allah ou Moulanah dont ils prétendent être les seuls élus, n’a-t-il pas dit : «Considère le prochain comme toi-même ; Tu ne voleras pas ; Tu ne  tueras point ; Remets ton épée au fourreau ».

A la suite des lois ou commandements de Dieu, Allah  ou Moulanah, la loi morale flétrit aussi le vol, le rapt le meurtre et dit : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit ». Obéissant aux préceptes de Dieu, certains Maures doivent  et ils sont assez nombreux mais ils n’ont pas assez   -de force pour être écoutés et suivis ont libéré d’eux-mêmes leurs captifs sans aucune contrainte, sans autre crainte    que celle du Créateur, de l’Infini qu’ils adorent. Ce bon exemple, Monsieur le Gouverneur, est à suivre et non & rejeter, à considérer comme événement de peu d’importance.

Dans l’intérêt même des faux dévots, des hypocrites, qui s’occupent plus de leur ventre que de leur âme, on  doit imposer cet exemple magnifique, spontané, louable, I qui, après les croyances, doit ouvrir la porte du Ciel et l donner une place à l’élu à côté d’Allah ou Moulanah.

Ainsi qu’il vient d’être démontré, les maures esclavagistes qui s’acharnent contre leurs captifs, fils de leurs bienfaiteurs du Soudan et du Sénégal, ne sont pas seulement en dehors des lois françaises et des lois morales.  Ils sont encore en dehors des commandements de Dieu ou Allah qu’ils invoquent à tout bout de champ, à tout? Propos, par hypocrisie. Ils sont au ban de l’humanité,

II nous reste maintenant à prouver que la libération des captifs, loin de tuer l’agriculture, loin d’être une entrave, un obstacle à son développement en sera, au contraire, la prospérité et une source d’autres revenus appréciables.

L’exemple de Tichitt suffit, à lui seul, à appuyer notre thèse. A Tichitt, il y a trois tribus : les Chorfas. Les Ouied bileds et les Massénas.

Les Massénas sont des captifs noirs libérés où descendants de captifs libérés par les Maures eux-mêmes avant l’occupation française. Est-ce à dire que l’administration française n’ait rien fait dans ce sens à Tichitt ? Non ! au contraire, le Capitaine Marquenet a libéré par écrit plusieurs captifs qui ont grossi le nombre de ceux libérés par les Maures eux-mêmes. On voit encore entre les mains de plusieurs -familles, à Tichitt et même à Tidjikja, des actes de libération délivrés par lui. A sa suite, le Commandant Dubost, alors Capitaine, en a libéré un bon nombre également

J’ai eu l’honneur, moi-même, de faire libérer quelques-uns qui étaient sous le Joug des Chorfas, par le Commandant Dubost.

Eh bien ! de toutes ces libérations, il n’est résulté aucune perturbation, aucun trouble, aucune entrave au progrès de l’agriculture. Au contraire, les Massénas, qui ont à leur tête un chef de leur race, forment aujourd’hui la tribu, la fraction la plus puissante, la plus active de Tichitt et ce sont ceux qui s’adonnent le plus a l’agriculture.

Ce résultat et celui obtenu récemment à Kiffa, village de six ou sept cases en 1923, aujourd’hui ville animée comprenant boutiques, succursales des maisons de commerce européennes et plus de cent cases bien bâties à l’européenne grâce à la libération des noirs captifs ordonnée par les Gouverneurs Fournier et Choteau, donnent Je plus formel démenti aux arguments sophistiques, aux, affirmations Intéressées des Maures esclavagistes et de leurs partisans.

Les captifs libérés, travaillent pour leur propre compte, n’étant plus forcés de donner le fruit de leurs peines aux Maures oisifs, parasites qui attendent les bras croisés le pain quotidien, chacun vaquant à sa besogne, suivant les préceptes de Dieu, nul n’étant plus autorisé à vivre aux dépens des autres, tout le monde travaillant la main dans la main sous la vivifiante maxime j « Aide-toi, le Ciel t’aidera». Maures et Noirs ajoutant au patri moine commun, les ksars s’agrandiront, la prospérité viendra souriante, et l’on n’aura plus la tristesse d’assister à ce spectacle navrant des joies insolentes des marchands J d’esclaves à côté des pleurs intarissables, des gémissements indescriptibles des captifs.

Puissent les Commandants du Cercle soutenir cette belle cause qui, bien défendue, facilitera leur tâche mieux que la tolérance coupable du mal, la violation systématique des lois, qui gène leur action et le progrès de la civilisation.

« Il faut, disait Jonnart, que ça et là, se dresse, visible À tous, un symbole de la bonté française ».

Les villages de liberté, des Libéria, des espèces de tribu des Massénas, où flottera majestueux le drapeau français, seront, dans chaque région un symbole de la-bonté française. Puisque ce symbole est possible. Mon-, sieur le Gouverneur, ce symbole que recommande la justice, qu’exige l’intérêt bien compris de la France, nous nous permettons d’espérer que vous n’hésiterez pas à le dresser, visible à tous, non seulement à Tidjikja, mais encore dans les autres Cercles où la même question se pose.

Les partisans du maintien de l’esclavage, mus par des intérêts personnels, vous diront: «Attention, vous allez mettre l’administration en mauvaise posture vis-à vis des populations qui vont s’enfuir. »

Chanson que tout cela ! Les Maures savent la France puissante, inattaquable et ont, au plus haut degré, la crainte de l’autorité française à laquelle ils obéissent à l’œil et au doigt. Sans cœur, sans courage, il ne leur viendra jamais à l’idée de faire quoi que ce soit contre la décision souveraine du Chef de la Colonie, décision qui serait, du reste, inspirée par la loi, par l’humanité, par la logique et par les préceptes mêmes du Seigneur qu’ils adorent. Il suffit d’afficher cette décision au poste, au marché, et à la mosquée pour calmer et assagir tout le monde.

Encore une fois nous donnons en exemple le résultat obtenu à Tichitt en collaboration avec les Maures mêmes, et celui que l’administration vient d’enregistrer à Kiffa, grâce aux initiatives prises par les bons et honnêtes Gouverneurs Fournier et Choteau. A Tichitt, Maures et Noirs sont fondus ensemble et se donnent la main. A Kiffa, également Lorsqu’on aura réalisé les mesures énergiques qu’exigent les circonstances, lorsqu’on aura repris la politique libérale de MM. Fournier et. Choteau, il en sera de même à Tidjikja et ailleurs. La morgue qui caractérise aujourd’hui les Maures esclavagistes vis-à-vis des Noirs, fier sagement place à d’autres sentiments plus nobles.

On vous dira encore : « La libération des captifs amènera dans les ksars — nous faisons Ici allusion à une affiche au Capitaine Lahore, Commandant le Cercle du Tagant — une grande affluence de prostituées». Je ne crois pas que cet argument vaille la peine qu’on s’y arrête longtemps. Chacun sait, en effet, que s’il y a des maladies  vénériennes au Kasar de Tidjikja parmi la population civile indigène et dans la garnison du poste militaire ce ne sont pas des captives déguenillées, couvertes de haillons, privées de liberté, ne pouvant bouger sans la permission ^ de leurs tyrans, qui les ont importées à Tidjikja. Au contraire, il est avéré que les  «bidanes» de race qu’ils y  regardent le travail comme un déshonneur, recourent à tous les moyens pour s’engraisser afin d’être mieux prisées par les hommes, et qui vivent de la prostitution ‘qui est un honneur chez elles, sont les seules causes i ; déterminantes des maladies vénériennes imputées à tort  aux malheureuses captives que ne courtisent, du reste que les captifs.

Aucun des arguments dont se font forts les Maures esclavagistes et leurs partisans, ne plaide en faveur de leur vilaine cause.

Le titre de propriété sur leurs victimes, titre dont ils se targuent insolemment, bruyamment, sans honte, ne

repose que sur le vol, le rapt, crime prévu et puni par la loi. Autour du rapt se réunissent tous les éléments substantiels de faits de traite : Vente, achat, aliénation de la liberté, tortures, etc.

Le tribunal du deuxième degré ne saurait rester inactif, contemplatif devant ces faits de traite qu’il a le devoir de réprimer. La France, soucieuse des intérêts de tous ses enfants, a mis des armes redoutables entre leurs mains pour flétrir cette honte, cette offense à Ta dignité humaine.

Il doit fonctionner dans l’intérêt des deux races en contact et dans celui de la civilisation dont il est la sauvegarde.

La situation intenable dans laquelle se débattent les captifs dans ce désert depuis de longues années a duré assez longtemps. Il est temps qu’on y mette un frein.

Au nom de la France dont, vous êtes le Représentant, il Monsieur le Gouverneur, au nom de ses lois tutélaires il vous voudrez bien libérer tous les captifs du joug qui les « oppresse.

En consécration de ce geste de justice et ou nous marquerons tous, non dans le sable du désert* mais sur le marbre, vous voudrez bien faire luger et réprimer sévèrement pour donner l’exemple, les cas qui ont été soumis au tribunal du deuxième degré de Tidiikja, faire délivrer les actes de libération aux intéressés, leur donner des terrains à cultiver pour leur propre compte, avec un chef pour veiller sur eux, s’occuper de leurs intérêts et les représenter auprès de l’administration.

D’avance, confiants, ils vous remercient et crient avec moi :

Vive la France bonne et juste ! Vive Monsieur le Gouverneur ! Vive la Mauritanie libre et prospère Je suis etc.

L. HUNKANRIN.

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Les captifs n’ayant pas ce que possèdent les Maures Esclavagistes : des cadeaux alléchants qui seuls peuvent

aller droit au cœur du Gouverneur affairiste, celui-ci s’est montré insensible à leur cri d’alarme, et, depuis son

(passage, les Maures s’emparent d’eux à qui mieux et achètent de nouveaux captifs avec la connivence des Commandants de Cercle, ses béni-oui-oui,

A Tamchakett (Cercle de l’Assaba), durant le mois d’Août 1930, une convention fut passée à la Résidence même qui céda pour mille francs (1.000 Francs) à un chef maure du nom de Moctar Hatra, les captifs et captives ci-après, dont les Maîtres décédèrent et qui, croyant à l’institution des tribunaux du premier et deuxième degré, demandèrent en vain leur libération du joug de l’esclavage :

Mohamed Rahal et son fils, Sidi ; Ses frères et sœurs : Ahmer Salme sans enfant

Misabe minte Souleymane 1 enfant nommé Salke : Mihaîte minte Mahémide, 1 enfant nommé Mohamed;

N’Bale minte Sinabé

Séyidè minte Mahémide;

et leur mère Fatma N*Barqué minte Mohamoud

Cette malheureuse famille, comprenant dix personnes a été vendue en somme, 100 Francs l’individu.

Faut-il serrer les dents et les poings devant cet acte de « mission civilisatrice et humanitaire »?

Voici une autre preuve du rang peu enviable qu’a réservé le Gouverneur Chazal aux êtres humains qui. selon l’expression du Médecin auxiliaire Assamoï. «sont l’épine dorsale, la moelle épinière de la Mauritanie ».

Quelque temps après sa tournée, M Chazal, ardent j partisan de la traite des noirs, ayant constaté des déficits notables dans le budget sans contrôle de la Mauritanie, s’en est pris aux Commandants de Cercle en leur ; reprochant de n’avoir pas assez usé de la manière forte traditionnelle pour recouvrer ces impôts, et sans en chercher davantage la véritable cause, 11 les somma de se mettre en campagne pour trouver de quoi combler les trous.

Comme il n’y a plus d’autres matières imposables dans ce désert, certains Commandants de Cercle, pour avoir les bonnes grâces du Gouverneur marchand d’esclaves, s’attaquèrent aux captifs et taxèrent ceux-ci comme bestiaux au pouvoir de leurs maîtres.

«Puisque, disent-ils aux Maures, la taxe annuelle d’un mouton est de 2 F. 50 et, que le bétail humain doit ‘coûter un peu plus cher que les animaux proprement dits.  vous allez désormais — c’est l’ordre du Chef de la colonie  — payer pour chaque captif que vous détenez la taxe de cinq moutons c’est à dire 12 F. 50.

Ainsi dit, ainsi fait.

A la militaire, on recensa tous les captifs et depuis j lors, on voit des Maures qui n’ont aucun mouton et qui payent des taxes pour 10, 20, 30, 40… moutons, selon le nombre do captifs dont ils disposent.

Point n’est besoin d’être prophète pour deviner que l’administration de M. Chazal, en instituant cotte nouvelle taxe qui rabaisse l’être humain au rang de l’animal, n’est pas encore prêt à mettre un frein à la traite des noirs, en Mauritanie, à ce trafic honteux, indigne de la France, et contre lequel doit s’élever tout bon français

Les noirs qui font les frais de cette politique ne!le, antifrançaise, sont tous des sujets français au même titre que leurs frères des autres colonies du Groupe Ils sont dignes de pitié, dignes de Jouir de la liberté que garantit la loi à tout indigène de l’A. O. F.

Nous avons soumis leur cause à la Ligue des Droits de l’Homme. Il est impossible qu’elle s’en désintéresse.

Aux termes du décret du 22 Mars 1924 (article 28) le tribunal colonial d’homologation de Saint-Louis (Sénégal) — « où les fonctions du Ministère public sont exercées par le Procureur de la République ou son substitut, celles de Greffier, par le Greffier du Tribunal de première instance —’ a dans ses attributions le contrôle de la justice en Mauritanie.

Or, ce tribunal d’homologation et le Parquet de Saint-Louis ignorent-ils l’état de captivité dans lequel se trouvent des milliers de Noirs sur ce territoire qui est do leur ressort ? C’est douteux. En tout cas voici une plainte de Mama et consorts adressée au Parquet de Saint-Louis et qui les en avait instruits, mais à laquelle, il n’a été donné, que nous sachions, aucune suite.

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PLATNTE CONTRE ABDI OULD HELIVE ET CONSORTS

Éb    Tidjikja. le 10 Juin 1930

«Marna dite «Barque» el enfants. Suilme minte Mamoudou, Bilal ould Mamoudou, Séyidè minte Ma-moudou ;

Barrique et sa fille Fatma;

Tésytm minte Abderramane demeurant, à Tidjikja, à Monsieur le Procureur de la République près du Tribunal de Première Instance de Saint-Louis, chargé du contrôle de la Justice en Mauritanie.

Monsieur le Procureur de la République,

« Comme suite à notre lettre du 1″ Mai 1930 que vous avez dû déjà recevoir, nous avons l’honneur de porter à votre connaissance que le Capitaine Lahore, Commandant le Cercle du Tagant, a annulé motu proprio la décision du Tribunal du deuxième degré de Tidjikin. qui ‘ nous avait, sur nos plaintes, libérés du joug de l’esclavage — comme si notre condition dès notre naissance était d’être esclaves — et a donné l’ordre aux .Maures, marchands d’esclaves, qui se disent nos Mal-« ires, de nous capturer à nouveau et de nous maltraiter alors que notre seul tort est d’être noirs et considérés, ainsi, comme captifs’.

« Sur son autorisation, ces Maures en furie et donnant libre cours À leur» animosités, a leurs représailles, nous ont ligotés, garrotés, frappés, martyrisés, alroco-mont. Sauvagement.

« Puisque cela : avec la complicité du Capitaine Lahore. Nos bourreaux nous forcent à travailler sous le coup du manigolo, sans trêve, sans repos, à toute heure et sans rémunération, cependant qu’il y a à Tidfikja. un tribunal du deuxième degré auquel l’article 22 du décret du 22 Mars 1924 attribue la connaissance et la répression des faits de traite, prévus et punis par le décret du 12 Décembre 1905, ainsi que la répression des coups et blessures, que le Président même du Tribunal le Capitaine Lahore. Autorise à notre égard. Vous puisez, Monsieur le Procureur de la République, dans l’article 22 du Code d’instruction criminelle, le droit de poursuivre tous crimes ou délits portés à votre connaissance, et dans le décret du 22 Mars 1924, le pouvoir de redresser les fautes, les erreurs ou illégalités du Tribunal du deuxième degré.

« C’est pourquoi, nous avons confiance en vous, et portons plainte à nouveau contre nos oppresseurs, Abdi ould Hélivè et consorts, pour faits de traite, coups et blessures, forfaitures, et demandons notre remise en liberté immédiate en conformité des dispositions combinées des décrets du 27 Avril J848, 12 Décembre 1905, 22 Mars 1924 précités.

« Veuillez agréer, Monsieur le Procureur de là République, l’hommage de notre profond respect.

Marna dite Barque et consorts    demeurant à Tidjikja»

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Voici une autre plainte que, sur la demande du procureur de la République de Saint-Louis, nous avons personnellement fait tenir à ce haut magistrat sur la même affaire du 10 Avril 1931 :

Louis Hunkanrin, ancien instituteur, à Monsieur le Procureur de la République près du Tribunal de Première Instance de Saint-Louis, chargé du contrôle de la justice en Mauritanie.

« J’ai eu l’honneur de prendre connaissance de la lettre n° L 024, en date du il Mars 193.1, par laquelle, en réponse à mes plaintes, vous avez bien voulu m’inviter à préciser le nombre de lettres volées ou détournées — et depuis quelle époque — et à vous donner mon identité complète.

« Je vous remercie, Monsieur le Procureur de 1a » République, de votre réponse qui donne è penser que vous êtes décidé à rompre avec les errements regrettables qui consistent à former les yeux et à boucher hermétiquement, les oreilles quand il s’agit de crimes ou délits perpétrés en Mauritanie, et qui ont eu ce résultat inévitable de faire perdre aux justiciables placés dans le ressort du Parquet de Saint-Louis, toute confiance dans les institutions, tribunal du premier degré, du deuxième degré, etc qui les régissent.

« Vous^’invitez, non pas à taire tel ou tel fait compromettant qui ne peut résister à la lumière, non pas à ménager telle ou telle personne, si considérable soit-elle, mais au contraire, à « enlever 3e manteau voilant hypocritement de honteuses nudités» à, suivant la formule sacramental. Dire la vérité, rien que la vérité et toute la vérité.

« Je vais essayer de vous satisfaire, Monsieur le Procureur de la République.

* Genèse de la consigne relative au détournement de  mêmes lettres.

« Lors de mon séjour à Tidjikfa (Cercle du Tagant).

Je fis connaissance d’une fille nommée Suilme minte Mamoudou. Elle était gravement malade, presque mourante, et pour comble de malheur, dans le dénuement complet  elle est privée de tous soins.

«Esclave, plusieurs fois esclave, car elle appartenait a plusieurs maîtres, taillable et corvéable à merci, ses maîtres soutenus par le Président du Tribunal du deuxième degré, 6 ironie ! ne s’intéressent à elle que quand elle est en état de travailler et dé leur procurer de quoi mettre !dans la panse. Ses parents, également esclaves, ô misère ! Esclaves rivés à leurs chaînes, ne pouvaient abandonner les corvées qui leur étaient imposées pour s’occuper] d’elle Dieu ! oubliant mes souffrances personnelles qui ne sont rien à côté des siennes, je l’emmenai chez moi par pitié. Je fis tout mon possible pour elle et Je réussis <« i la sauver de la mort certaine à laquelle elle était vouée.

« Ses maîtres qui ne s’étaient jamais informés d’elle quand elle était sur le bord  du  tombeau,  la voyant

guérie, en état de vaquer aux occupations coutumière vinrent la réclamer pour refaire d’elle leur captive. C’est, alors que, fort des textes en vigueur contre l’esclavage, les faits de traite, que le tribunal du deuxième degré a mission d’appliquer, je m’opposai à leurs prétentions et saisis le fameux tribune.1 du deuxième degré par des plaintes en bonne et. due  forme en mon nom et. En celui des victimes.

« Sachant que j’avais la liberté de correspondance *’. pouvais donner le plus grand écho à l’affaire si In jugement ne se conformait pas au vœu du Législateur, le Président du Tribunal du deuxième degré de Tidjikja, libéra Suilme minte Mamoudou, du joug de l’esclavage et peu de temps après, ses parents.

«La justice était fait et le jugement «du tribunal ayant acquis l’autorité de la chose jugée, nul ne pouvait l’annuler sans saisi? le tribunal colonial d’homologation où les victimes avaient aussi droit d’envoyer un mémoire en défense. Mais comme il fallait, s’y attendre dans les Pays où la justice devient un mythe à côté des cadeaux les maîtres de Suilme et de ses parents se concertèrent avec le Président du Tribunal du deuxième degré pour m’accu ser de vouloir troubler la sécurité du pays par la libération de leurs victimes sur lesquelles ils proclamaient, leurs droits de vie et de mort.

« Le Gouverneur, prenant en considération cette diffamation, car • qui se ressemble s’assemble ». et sans me demander aucune explication, me déplaça de Tidjikja pour contenter les bourreaux des captifs. Et à mon départ, ces souffre-douleurs qui n’ont commis d’autre crime que celui d’avoir la peau noire et, qui ne demandaient qu’à vivre en paix à l’ombre du drapeau français, furent capturés, Ilotes, martyrisés, pour avoir voulu la liberté ô civilisations !

,        « Deux d’entre eux Suilme et son frère Bilal, pour échapper aux chaînes de l’esclavage, avaient réussi n me [rejoindre  à Tamchakett,  ma nouvelle  résidence.  Sur l’ordre du Président du deuxième degré de Tidjikja, ils [furent arrêtés sous mes yeux à Tamchakett, jetés en prison, dirigés sur Tidjikja où Us furent livrés à leurs « bourreaux après un séjour de 15 jours en prison.

« Le mil et les haricots, produits des lougans, ensemencés à mes frais, furent saisis au su et au vu du Président tribunal du deuxième degré, par les soi-disant maîtres de Suilme sous prétexte que les captifs n’ont, droit, â aucun bien être.

C’est, a la suite de cas faits ignominieux, scandaleux, qui tombent, en plein sous le coup des lois pénales, que les instructions du Gouverneur Choteau qui m’avaient accordé la. liberté de correspondance furent annulées et que l’ouï ru tut. donné d’exercer une activité toute particulière à l’égard de mes lettres.

» Nouvelle plainte avec; constitution de partie civile.

  • Ainsi qu’il ressort des lignes ci-dessus, des faits et preuves, mon déplacement de Tidfikja n’a d’autre but que de laisser cours aux excentricités des marchands d’esclaves, c’est-à-dire de favoriser des crimes, des atrocités au détriment des esclaves soumis, comme tout habitant de la Mauritanie, à l’allégeance de la France.
  • Ce déplacement n’ayant aucune base légale et étant le fruit. d’une odieuse diffamation, d’une dénonciation calomnieuse, je porte plainte contre le tort qui m’est causé et demande réparation des préjudices matériels et moraux qui en ont résulté.

« Au nom des martyrs pour lesquels J’ai été déplacé et au mien, je porte plainte contre la forfaiture, les sévices inhumains, les violations des lois dont ils sont victimes, et je prie Monsieur le Procureur de la République chargé de faire régner l’ordre et d’assurer la sécurité des justiciables à quelque race qu’ils appartiennent, de vouloir bien prendre des mesures pour faire respecter la loi à notre égard.

Fait à Tamchakett, le 10 Avril 1931. Louis HUNKANRIN »

Source : Vlane

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