Voila ce que la presse mauritanienne n’a pas dit à propos du mauritanien détenu à Guantanamo…

pieds menottés

CHEZVLANE : Une affaire pareille est trop sensible et trop complexe pour être appréciée d’après une certaine presse mauritanienne. Le doyen Oumeir, soutien actif de monsieur 48%, nous a écrit un billet intitulé « Le cas Ould Sellahi » où il ne nous apprend absolument rien sur les raisons de son incarcération à Guantanamo sinon que le régime de Taya l’aurait livré pour des raisons de cuisine interne car «  le pouvoir cherchait à tout prix à trouver des excroissances aux réseaux terroristes pour justifier l’autoritarisme qui occasionnait des répressions périodiques contre telle ou telle mouvances. ». Le but de l’article étant juste de charger les américains en laissant le lecteur faire l’amalgame entre les administrations élues qui se succèdent et les américains en général comme si les Etats-Unis ce n’était que la CIA alors que la réalité est tout autre mais cela n’intéresse personne d’expliquer la mécanique intérieure où l’idéal démocratique tourne mal en effet…

Pour l’essentiel, Oumeir ne dit rien à propos des vrais raisons qui font que les américains se sont intéressés à Mohamed Ould Slahi et cela n’a rien à voir au départ avec le 11 septembre. Oumeir en bon journaliste mauritanien a dû survoler les articles parus dans le monde à ce sujet depuis la sortie du livre «  Les carnets de Guantanamo » où le détenu Mohamedou Ould Slahi raconte son calvaire, le tout présenté par Larry Siems, puis Oumeir a réduit cela à sa touche personnelle.

Pour ma part, j’ai attendu d’avoir le livre entre les mains avant de me souvenir de ce qu’en dit Oumeir. Voilà chose faite depuis aujourd’hui. Je tiens l’édition de  Janvier 2015 publiée en Espagne par les éditions Robert Lafon.

Avant les propos du détenu, l’introduction explique comment Ould Slahi s’est retrouvé mêlé à tout ça. D’abord que les chose soient claires :  si en 2009, le juge américain Robertson a voulu le libérer, avant que le gouvernement Obama ne fasse appel, c’est que rien, malgré les années de prison, les tortures les plus vicieuses, rien n’a pu être tiré de Mohamedou Ould Slahi qui puisse le mêler non seulement aux attentats du 11 septembre mais à toute action terroriste contre les Etats-Unis, seulement il n’est pas un citoyen lambda tombé dans la mécanique infernale de l’injustice et de la terreur anti-terrorisme.

En effet, pour ne rien connaître du sujet jusque-là, ce que j’apprends via Larry Siems qui a fait le tour du dossier, c’est que monsieur Ould Slahi s’est rendu en 1991 quelques semaines en Afghanistan où il prêta serment de fidélité à Al-Qaïda à l’époque où toute la littérature estime qu’Al-Qaïda et les USA étaient des sortes d’alliés contre le communisme… A ce titre pour combattre les communistes, Ould Slahi, qui le revendique, a été combattre en Afghanistan où il a connu un certain nombre de djihadistes et c’est dans ce cadre-là que son nom apparaît ici et là sans jamais été mêlé à rien mais tout commence quand les services secrets allemands interceptent un coup de fil entre Ould Slahi et un personnage depuis le propre téléphone satellite de Ben Laden pour demander à Ould Slahi de transférer 4000 dollars pendant le mois de ramadan en Mauritanie à la famille du personnage au bout du fil. Personnage dont on apprendra qu’il n’avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre qu’il condamna ensuite et vit libre aujourd’hui.

Les malheurs d’Ould Slahi continuent quand il quitte l’Allemagne pour le Canada où il fréquente une mosquée où il dirige la prière à l’occasion vu qu’il connaît le coran par cœur. De cette mosquée partira un monsieur qui sera pris par les américains avec une quantité remarquable d’explosif qu’il voulait faire sauter à l’aéroport de Los Angeles le jour de l’an 2000.  C’est l’affaire qui portera le nom de « complot de l’an 2000 » qui va coûter cher à Ould Slahi car bien évidemment tous ceux qui ont fréquenté cette mosquée seront inquiétés et lui est fiché en plus comme combattant d’Al-Qaïda recevant des appels du téléphone de Ben Laden.

Aucune enquête ni canadienne ni américaine ni mauritanienne ne montrera aucun lien entre Ould Slahi et le terroriste sinon qu’ils fréquentaient la même mosquée mais les événements du 11 septembre sont arrivés et là tout bascula sous l’administration Bush. Jr avec ses excès souvent criminels. Ce fut la terreur dans le monde arabo-musulman avec des dégâts insondables et des conséquences incalculables au nom de la lutte contre le terrorisme souvent aveugle dont Guantánamo reste un scandaleux symbole ; il y eut beaucoup de dégâts collatéraux dont les américains furent les secondes victimes quand on voit les lois liberticides qui ont été ensuite votées sans parler de l’affaire Plame-Wilson où l’administration Bush via Karl Rove lâcha le nom d’un agent de la CIA,  une femme en l’occurrence, car son mari, ambassadeur des USA, démentait les affirmations de l’administration Bush à propos de la livraison de l’uranium nigérien à l’Irak. Si cette administration a pu lâcher à la presse américaine le nom d’un de leur propre agent de la CIA pour continuer la funeste œuvre de cette administration contre le monde arabo-musulman en ruinant l’image de l’Amérique dans ce monde, on ne s’étonne pas de ce qui a pu arriver à des Ould Slahi ou des plus innocents.

En plus d’avoir fréquenté cette mosquée, d’avoir été combattant d’Al-Qaïda, le nom de Ould Slahi apparaît encore une fois quand dans un train quelqu’un conseille à des gens tentés par le djihad contre les Russes en Tchétchénie, dont l’un fut pris à Karachi et remis aux américains, de contacter en Allemagne Mohamed Ould Slahi qui va les accueillir et leur conseillera de se former en Afghanistan avant d’aller combattre en Tchétchénie à l’époque de la terreur  de Poutine qui a réduit la résistance à néant sans faire dans la dentelle ; on se souvient des différents assauts notamment lors de la prise d’otages à Beslan où périrent 344 civils dont 186 enfants à cause de l’intransigeance des forces russes.

Voilà ce qui mêle Mohamedou Ould Slahi à la guerre américaine contre le terrorisme. Rien de cela ne pouvait justifier le sort qui fut le sien à savoir livré par son pays à la CIA de l’administration Bush qui l’envoya ensuite en Jordanie puis en Afghanistan avant d’atterrir à Guantanamo où il subira les tortures les plus sophistiquées qui soient, tortures face auxquelles on finit par raconter n’importe quoi. On sait que des techniques de « conditionnement » ont été testées là-bas avec un redoutable succès. Vous pouvez finir par croire que vous êtes vraiment coupable, une sorte de conditionnement jusqu’à cette forme de délire où l’on perd la tête.

Je n’ai pas encore lu les horreurs qu’il a subies et ses carnets ont été « traités » par l’administration américaine qui a mis du noir un peu partout. Mais déjà on apprend qu’en prison après avoir été torturé, on lui a fait croire que la mère aussi a été arrêtée et que s’il ne parlait pas, elle risquait elle aussi de subir des sévices. Depuis, sa mère est décédée en 2013.

Mohamedou Ould Slahi aurait pu sortir de prison dès 2009 si une certaine presse américaine, notamment le New York Daily News, n’avait pas fait une campagne odieuse de désinformation pour faire pression sur le gouvernement américain afin qu’il fasse appel de la décision du juge Robertson, ce qui fut fait.

Une pensée donc à notre compatriote Mohamedou Ould Slahi qui a décollé de son pays aux mains d’étrangers, le jour même de la fête de l’indépendance, le 28 novembre 2001 pour 13 ans de malheurs qui continuent même si les sévices ont cessé car il est toujours détenu en attendant la fin de la procédure. Une pensée à sa famille. Une pensée à la croix-rouge internationale qui a permis que la communication puisse se faire depuis quelque temps entre lui et sa famille via le téléphone d’abord et Skype ensuite deux fois par an.

Une pensée à tous les justes de toutes nationalités et même américaines qui se battent pour que la justice soit rendue dans cette affaire comme dans d’autres car si dans cette affaire beaucoup de documents ont été déclassifiés  c’est grâce à des réclamations et actions en justice faisant appel à la Freedom Of Information Act (Loi pour la liberté d’information)

Une pensée aux policiers mauritaniens qui, pendant plus d’un an, ont mangé l’argent et les affaires que la famille déposait à la prison sans savoir que leur fils n’était plus là car ce n’est que par hasard que l’un de ses frères sut la vérité en 2002 dans un article paru en Allemagne.

Avant de vous laisser chercher le livre et y retourner moi-même, laissons le dernier mot au colonel américain Morris Davis que l’auteur présente comme « devenu procureur en chef pour les commissions militaires de Guantanamo en 2005 » :

P46 : « Quand Slahi est arrivé, je crois que beaucoup ont crû qu’ils avaient attrapé un gros poisson. Il me faisait penser à Forrest gump, dans le sens où il avait été présent quelque part dans le décor de nombre d’événements importants dans l’histoire d’Al-Qaïda. Sa présence en Allemagne, au Canada ainsi que dans divers endroits douteux, laissa croire que c’était un grand bonnet ; mais quand ses interrogateurs firent vraiment l’effort de le sonder, ils comprirent que ce n’était pas le cas. Je me souviens d’une importante réunion, un certain temps après mon arrivée, au début de l’année 2007, à laquelle prirent part la CIA, le FBI, le Département de la Défense et de la Justice. Les enquêteurs chargés de l’affaire Slahi nous firent un rapport et conclurent qu’il y avait beaucoup de fumée mais pas de feu… »

 

 

 

 

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