Voir Grand Bassam et revenir !

De gauche à droite Awa Seydou, David Kpelly , Solo Niare

De gauche à droite Awa Seydou, David Kpelly , Solo Niare (mon copain) Il m’a fait un énorme plaisir de voir les participants à la troisième session de Mondoblog, rivaliser en éloges, au sujet de cette idylle qu’a été cette manifestation annuelle, organisée cette fois à Grand Bassam, distant d’une trentaine de kilomètres de la ville d’Abidjan.

Certains se livraient même à une publicité gratuite pour l’hôtel qui était le lieu de séjour et de formation.

Ayant une autre lecture de l’événement, j’ai préféré ne pas communiquer sur le sujet, en attendant que cette grande euphorie s’estompe et que la température baisse, pour livrer comment j’ai vécu, partiellement seulement, l’événement en question. J’ai longtemps hésité à le faire, mais je n’ai pu résister au besoin de m’en libérer, de crainte d’être qualifié d’ingrat.

Quand j’ai reçu la lettre d’invitation à la « …formation d’initiation au journalisme et aux outils numériques du 02 au 12 mai à Abidjan en côte d’ivoire», signé de la main du très habile Ziad Maalouf, alias Grand manitou, j’ai éprouvé un plaisir énorme d’avoir l’honneur d’être invité par la France à travers son ambassadeur mondialisé : RFI.

Mon plaisir était renforcé par le sentiment que les efforts que j’ai soutenu pendant six mois, rien que pour avoir accès à cette formation, n’ont pas été vains. Je ne pouvais aussi qu’apprécier l’effort qui est fait, en respect à la tradition d’hospitalité française, en terre d’Afrique en plus, pour que mon séjour soit facilité et rendu agréable : « votre transport, votre séjour et tous les frais sont pris en charge par RFI et ses partenaires ». C’était d’une générosité rarissime de nos jours, par ces temps de vaches tristement maigres.

Dès que j’ai confirmé ma disponibilité à y aller, les choses sont allées assez vites. J’ai reçu les informations et modalités d’obtention du visa (si nécessaire), le billet d’avion, ainsi qu’une attestation d’assurance ne portant aucune signature. On m’a quand même rassuré, qu’une carte ‘’plus officielle’’ et suffisamment sécurisante me ra remise une fois sur place. Une fois sur place, je ne l’ai pas réclamée.

J’ai effectivement pris l’avion le 01 mai, à destination d’Abidjan. Un vol de la compagnie Air Cote d’Ivoire, où on m’a parlé quasi-exclusivement anglais. Ça commençait bien pour quelqu’un qui quittait un pays francophone à destination d’un autre, à bord d’un avion de la compagnie du second, invité pour perfectionner sa francophonie pour mieux la servir.

Je suis « bien arrivé », comme on dit dans la région, et comme prévu, ‘’le fixeur’’ était là, à l’attente. J’étais parmi les rares premiers invités, déjà arrivés. On m’installe dans une chambre-cabane assez convenable. Je me suis endormi, moi qui venait du Sahel avec son Harmattan, comme un bébé sous le son des va et vient des vagues. C’était une nuit tranquille.

Le lendemain les choses vont changer. Alors que j’implorais les restaurateurs, après le dîner, pour trouver un café et une bouteille d’eau, que je payais rubis sur ongle, on vint me chercher pour me dire : « nous voulons la clé, votre copain est arrivé ». Je me suis aussitôt exécuté, tout ahuri que je suis d’apprendre que j’ai un copain commis d’office. Sachant que la chambre est à lit unique, je n’ai pu m’empêcher de penser au récit de David Kpelly « Comment boire des Flag avec une tchadienne, sans se retrouver dans le lit d’un Nigérian ». Moi, je n’ai pas trouvé de café, et je vais avoir un béninois dans mon lit.

Cette nouvelle donne me mettait dans une situation particulièrement embarrassante. J’ai fait des internats à tous les cycles de ma longue scolarité, j’ai voyagé et fréquenté des auberges et hôtels de standings variés, mais durant ma vie de quinquagénaire, je n’ai jamais partagé un lit sans mon consentement, et celui l’autre personne. On devait, comme on dit, respecter mes orientations …personnelles, sans parler des considérations religieuses qui ne concernent, en définitive, que moi.

J’ai remué mes faibles méninges, pour trouver ‘’une sortie de crise’’. Sans aviser l’équipe de rfi, ou lui faire la moindre supplication, observation ou réclamation, je me suis rabattu sur le Gérant de l’Hôtel qui, à ma grande chance, était du Sénégal. Nous avions sympathisé à mon arrivée, grâce à mes quelques mots de Wolof (dialecte sénégalais), en lui rappelant une expression avec laquelle les sénégalais taquinaient les maures de Mauritanie.

Ils nous appelaient « ‘’Narou guennar, amoul toubey’’ : le bédouin maure sans pantalon ». A ma demande, il a eu la délicatesse de m’installer un matelas, à même le sol, dans le coin nord-est de la cabane, sur lequel je me recroquevillais, au risque d’un torticolis, durant les trois nuits que j’ai pu tenir dans cette situation de ‘’clandestin-invité’’.

Tant bien que mal, j’allais chaque jour m’efforcer, malgré ma déconvenue occasionnant un déficit de sommeil stressant, de tirer ce qui pouvait l’être des exposés et des ‘’leçons’’.

Il s’agissait plutôt de ces dernières, car Manitou nous disait qu’il ne blaguait pas, et qu’il nous avait demandé « d’amener quatre merdes », ce sont ces propos, alors qu’il avait remué et ciel et terre, consentit des efforts surhumains avec son équipe, pour nous amener là où nous étions. Etait-il conscient qu’il m’a amené dans un coin de case, recroquevillé, comme si avec ma barbe, on m’avait considéré Taliban, et on me préparait à Guantanamo ?

Je suis en droit d’en douter. Un merdeux doit s’estimer heureux là où j’étais, il pouvait être mis aux chiottes. Surtout s’il a le profil parfait des « clandestins », comme l’affirmait Manitou, en expliquant l’impossibilité d’organiser la formation en France. Pour lui, les blogueurs qui étaient là, avaient les caractéristiques complètes de ceux qui ne cherchent qu’un tremplin pour rester en France : des clandestins potentiels.

Je me suis vraiment posé l’interrogation suivante : à quoi peut me servir cette francophonie si elle ne peut pas constituer pour moi un passeport pour le Monde francophone tout entier, a fortiori pour la seule France. On me dira que « diplomatie française » applique des critères. Je n’ai pas demandé à aller en France, j’espère ne jamais en avoir besoin un jour, et ces critères ne donnent à personne une raison valable de m’insulter publiquement. A mon âge, tous les participants, et l’équipe de rfi avec, pouvaient être mes enfants, s’ils avaient tout simplement la guigne.

Ce climat, auquel s’ajoutent les conditions peu convenables et inconvenantes dans lesquelles j’étais installé, m’a fait prendre la décision d’écourter mon séjour paradisiaque. Je l’ai fait sans tapage et sans ambages. Depuis mon arrivée à Bassam, j’ai évité d’avoir le moindre contact avec la nommée Manon qui m’avait déjà copieusement manqué de respect par courriel, tout au début de ma ‘Mondobloguisation » en octobre 2013. J’avais encaissé et laissé passer, son chef m’ayant infligé, lui aussi, une véritable correction, et mon objectif étant de me former et de m’informer et non la belligérance. Je me suis donc adressé à la ravissante Raphaëlle.

C’est elle qui était en contact avec nous depuis le début pour l’organisation du voyage, en lui expliquant que j’avais des problèmes ‘’domestiques’’ qui m’obligeaient à prendre le premier vol pour Niamey. Avec un visage glacial, et une attitude indifférente, elle eut l’énorme gentillesse, la grande adresse, et la parfaite délicatesse, de trouver un bout de papier quelque part entre les tables du restaurant et la cuisine, pour m’y griffonner le contact de l’agence de voyages auprès de laquelle ils avaient acheté le billet.

A son actif aussi, elle n’oublia pas de me préciser que les frais étaient à ma charge. Heureusement qu’à mon âge, on ne se sépare jamais d’un Joker. En plus de mon Joker, il y avait ‘’mon’’ sénégalais. J’utilise le possessif, pour cause d’amitié, de voisinage, voire de cousinage. L’administrateur colonial ‘’Xavier Coppolani’’, dans son rapport de 1899 « ma mission au Soudan Français » n’avait-il pas dit que le maure a toujours besoin de son nègre, et le nègre a toujours besoin de son maure, comme le blanc et le noir de l’œil.

Mon sénégalais a tout organisé, pour que je puisse aller régler mes problèmes « domestiques », que mes hôtes n’ont pas eu la curiosité de s’enquérir, hospitalité oblige, de leur niveau de gravité. Il avait même, généreux qu’il est, pré-financé mon billet. Il a organisé mon acheminement, par taxi et à l’heure convenue, sur l’aéroport. Manitou, la veille au soir, sans que je lui demande quoi que ce soit, me l’avait promis du bout des lèvres : « nous allons en ville demain, nous pouvons, peut-être, vous déposer sur la route ». Quelle route ? Je n’avais jamais posé la question, et lui, il avait vite oublié.

Comme dit au début, j’ai hésité à parler de mon séjour. Mais comme tout le monde a décrit le sien, je me devais de faire de même. Certains n’apprécieront certainement pas. Je ne relate pas ces choses pour qu’on apprécie ou qu’on réprouve, mais pour qu’elles se sachent.

J’ai voulu Bloguer pour exprimer ce que je veux, quand je veux, dans les limites des lois et des bonnes manières. Mais je ne vis ni de BLOG, ni que pour lui. En outre, si la francophonie est celle qui ne sait pas nous respecter, nous invite sans avoir les moyens de nous accueillir, et nous dit « parlez notre langue, comportez-vous comme nous, mais restez chez vous jusqu’à ce que Ebola ait raison de vous dans trois mois», comme le prévoit Jean-Marie Le Pen, je vais me mettre au Haussa. Je l’écoute déjà sur rfi, mais je peux aller aussi sur le site. Je mesure bien la portée de ce que j’écris, et en assume les pleines conséquences.

Source : Debellahi

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