Voleurs et receleurs dans le même panier !

aziz_haidallahDans une correspondance adressée la semaine dernière au président de la République, l’ex-Chef de l’Etat, le Colonel Mohamed Khouna Ould Haidalla a réagi au placement en détention provisoire de ses deux fils pour présomption de trafic de drogue, demandant « l’arrestation du véritable responsable de cette affaire ».
L’ex-homme fort du régime du début des années 80 s’est insurgé contre les accusations gratuites portées contre ses fils Sidi Mohamed et Ely Cheikh Ould Haïdalla.
Cette mise à l’index de celui qui fut deux fois candidat malheureux à la présidence, mérite attention et commentaire. D’autant plus que dans une affaire précédente de trafic de drogue en 2007, à laquelle son fils Sidi Mohamed avait été impliqué, Ould Haidalla avait dit connaître des noms de hauts dirigeants civils et militaires, peu ou prou impliqués dans des trafics divers de drogue.
L’homme sait de quoi il parle. C’est sûr. Il sait comme nous autres mauritaniens que le train de vie insolent de certains, l’enrichissement rapide et injustifié de chômeurs éternels et de dormeurs invétérés ne peuvent pas se justifier.
Ould Haidalla et le petit chacal affamé mourant à l’est de Oualata savent que le trafic est devenu la première roue de notre économie nationale. Depuis belle lurette. Il sait aussi que les villas cocues et neuves qui surgissent des dunes hostiles d’un Nouakchott qui ne cesse de s’élargir sont le produit de pratiques illicites, prohibées et interdites qui s’exercent presque à grand jour. Allez dans les casinos ou à la plage de Las Palmas, rendez-vous au nouveau quartier luxueux de Soukouk… !
Partout, c’est l’argent qui coule à flot. C’est clair : l’économie du blanchiment a fleuri du jour au lendemain. L’argent que les autres peinent à recycler à travers le monde est reversé ici dans nos différentes PME familiales, claniques ou tribales. Il devient rapidement des sociétés de location, des entreprises de pêches, des PME de bâtiment ou des bureaux de change. Et à votre grand étonnement, vous trouverez que généralement, le propriétaire n’est autre qu’un monsieur que le tout Nouakchott connaissait à l’époque très proche, où il n’était qu’un va-nu-pieds qui quémandait sa cigarette.
Les nouveaux millionnaires ont quintuplé dans notre pays en moins d’une décennie sans que personne ne se pose des questions sur l’origine de leurs richesses. Si vous vous aventurez à poser la question, l’on vous répondra invariablement que le bienheureux a bénéficié de quelques marchés publics. Ou encore, l’on vous répondra que le Monsieur s’est éclipsé dans une principauté pétrolière où il est tombé sur un riche émir pour lequel il aurait accompli un quelconque service mystique, genre soigner l’asthénie. En signe de reconnaissance, son heureux « mouride » lui aurait filé une partie de sa fortune. C’est raisonnable, mais est-ce acceptable comme explication ? C’est facile pour nous Mauritaniens d’accepter pareilles débilités.
La réalité, nous la connaissons tous, les trafics de tout ordre : armes, drogues et autres choses encore, en plus des fruits du détournement sont l’ossature d’une économie informelle non contrôlée. L’Etat ou certains de ses symboles et de ses autorités ont entretenu ces trafics et protégé leurs auteurs. Si Haidalla le dit, il sait encore une fois de quoi il parle.
D’ailleurs, l’on n’a pas besoin d’être Haidalla pour arriver à la même conclusion. La fameuse affaire de drogue de 2007 de Nouadhibou, n’avait-elle pas mis à nu un pan entier de la haute hiérarchie politique et administrative du pays ? Plus particulièrement, le trafic de drogue démantelé dans la fameuse affaire de Ann du début des années 90, n’avait-il pas démasqué une grande partie de réseaux qui avaient des ramifications jusqu’au Palais présidentiel d’antan ? Qu’est-ce qui s’est alors passé ? On a réglé des comptes, arrêté des coupables et des innocents pour faire diversion. Au finish, tout le monde s’est retrouvé innocent. L’affaire fût oubliée et versée à la corbeille des tabous.
Aujourd’hui, on est face à nos responsabilités, face à cette nouvelle affaire de drogue qui tournerait autour d’une prise record d’une tonne de cocaïne. Ou bien l’Etat va jusqu’au bout et tire cette affaire au clair ou bien nous déclarons au reste du monde qu’ici, le pays est devenu un no man’s land que contrôlent les trafiquants couverts par une Mafia d’hommes bien installés dans le pouvoir, qui travaillent pour le compte de la pègre. Alors, ne laissez pas les voleurs d’œufs pourrir en prison alors que les receleurs des bœufs mènent l’enquête pour extirper des poux de la chair d’un poisson pourri !

Amar Ould Béja

Source : L’Authentique

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