Yahya Ould Ahmed El Waghf, président du parti ADIL, dans une interview exclusive

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Le Calame :   La CENI poursuit activement les préparatifs en vue des prochaines élections. Pensez-vous que les Mauritaniens voteraient à la date fixée par la commission électorale ?

Yahya Ould Ahmed El Waghf: Le chronogramme que la CENI a présenté à la commission chargée du suivi du dialogue, il y a environ deux mois, prévoyait l’organisation du premier tour des élections au premier octobre. Au vu de l’état actuel de préparation, il me semble que la date fixée par la CENI peut difficilement être respectée. Il faut souligner que cette date n’est pas un objectif en soi. Nous avons reporté les élections pour pouvoir les organiser dans des conditions qui permettent qu’elles soient libres, sincères et transparentes. Ces conditions ne sont pas encore réunies. La CENI doit continuer à préparer les conditions techniques de la façon la plus professionnelle et la plus consensuelle possible, pour gagner la confiance de toutes les parties. Parallèlement à l’action de la CENI, les acteurs politiques doivent continuer leurs efforts pour trouver une issue à la crise politique. Une élection qui n’est pas largement consensuelle ne peut qu’aggraver la crise politique.

 

Sans ce consensus auquel vous appelez tous au niveau de la CAP – AP, l’alliance ira-t-elle aux élections avec la majorité, sans la COD?

Le consensus politique est souhaitable, particulièrement dans notre contexte actuel. Il n’est cependant pas indispensable. Nous ne pouvons pas conditionner notre participation aux élections au consensus de toutes les forces politiques. La participation aux élections doit être liée aux conditions dans lesquelles elles sont organisées. Les conditions de transparence sont-elles garanties ? L’égalité des chances est-elle assurée ? La volonté des électeurs sera-t-elle respectée ? L’Etat est-il instrumentalisé par l’une des parties ? Si toutes les conditions sont réunies, tous les partis politiques participeront aux élections. Au terme du processus de préparation des élections, les partis politiques et les groupements de partis politiques décideront de participer ou non aux élections, en fonction des réponses qu’ils apporteront aux précédentes questions.

 

L’initiative du président Messaoud que vous soutenez au niveau de l’AP a été officiellement lancée, le 23 juin. Quelle sera alors la prochaine étape ?

L’initiative du Président Messaoud Ould Boulkheir continue de bénéficier d’une large adhésion de la part du peuple mauritanien. Elle est aujourd’hui perçue comme l’unique solution à la crise politique que vit notre pays. Comme nos politiques ont perdu leurs « muses », il faut de l’inspiration pour les exhorter à être plus sage et à placer l’intérêt du pays au dessus de leurs ambitions personnelles. L’initiative du Président Messaoud, « la Mauritanie d’abord », s’est donnée cet objectif. Après avoir gagné la confiance des deux protagonistes, la majorité présidentielle et la coordination de l’opposition démocratique, elle envisage organiser des concertations entre les différentes parties en vue de construire un consensus national de nature à permettre l’organisation d’élections libres et transparentes avec la participation de tous. Le soutien de cette initiative rassemble des forces politiques et des organisations de la société civile qui entendent œuvrer pour s’élargir à tous les mauritaniens et persévérer dans cette démarche de recherche du consensus jusqu’à ce qu’une solution à la crise politique soit obtenue avec l’accord de tous les protagonistes.

 

En dépit des réponses qualifiées de positives de la COD et de la majorité présidentielle, les deux camps continuent la surenchère qui ne favorise pas la mise en œuvre de cette initiative. Pensez-vous que le président Messaoud ira jusqu’au bout de sa démarche ?

Le Président Messaoud a demandé aux deux parties d’arrêter la surenchère et d’accepter de se retrouver autour de la table avec le Rassemblement pour l’Initiative de Messaoud pour une concertation de nature à construire un consensus de toutes les forces politiques. Toutes les démarches initiées par le RIM jusqu’à maintenant prouvent que ce rassemblement est sérieux et qu’il ira jusqu’au bout.

 

Dans cette atmosphère marquée par la surenchère, que peut faire le président Messaoud, malgré sa détermination, pour convaincre la COD et la CMP de la nécessité de s’asseoir autour d’une table ?

Au début, personne n’avait imaginé que cette initiative pouvait avoir la moindre chance de succès, étant donné le fossé qui séparait les deux protagonistes. Les réponses positives des deux parties, exprimant leur disponibilité à la participation à une concertation autour de l’initiative, leur participation au meeting de Nouakchott et les fortes mobilisations à Nouakchott et à Nouadhibou en faveur de l’initiative montrent que le Président Messaoud parviendra à convaincre la COD et la CMP à s’asseoir autour de la table et à trouver un consensus. Il en a la volonté et dispose de l’appui de tout le peuple mauritanien.

 

A votre avis, en quoi un gouvernement d’ouverture de quelques trois mois pourrait-il garantir la transparence des élections ?

Beaucoup ont tendance malheureusement à identifier l’initiative au gouvernement de large consensus. L’initiative constitue une analyse objective des problèmes structurels et conjoncturels du pays. Elle considère que la priorité première est l’organisation d’élections libres et transparentes avec la participation de tous. Pour atteindre ce premier objectif, un consensus est nécessaire. Ce consensus concerne le cadre institutionnel et juridique de l’organisation de ces élections et son schéma de mise en œuvre. Le gouvernement constitue l’un des instruments pour une supervision consensuelle du processus. La question de la durée fait partie des questions à discuter et le délai minimal consensuel doit garantir la transparence des élections. Il faut un consensus sur le calendrier électoral, un consensus sur le cadre juridique et institutionnel et consensus sur la formation des institutions en charge de la supervision des élections (gouvernement, CENI, médias publiques).

 

Après Dakhlet Nouadhibou et Rosso, le président Aziz est annoncé du côté des régions de l’Est. Direz-vous qu’il est déjà entré en campagne ?

Je dirai qu’on n’est jamais sorti de la campagne. Je pense qu’avec les visites et les nominations, aussi bien des notables que des jeunes, la campagne prend une nouvelle allure.

 

Certains observateurs suspectent l’opposition ne pas vouloir réellement aller aux élections. Etes-vous de cet avis ?

Je n’ai pas vu beaucoup de partis qui veulent réellement aller aux élections, tant du coté de l’opposition que du coté du pouvoir. Tous les partis sont conscients du danger que présentent des élections non consensuelles.

 

A Nouadhibou le président a réaffirmé sa volonté de poursuivre la lutte contre la gabegie. Pensez-vous que la manière dont-il la conduit est   la meilleure ?

La lutte contre la gabegie suppose la mise en place d’institutions crédibles et disposant des compétences requises pour lutter contre un fléau qui compromet le développement du pays. Jusqu’ici la lutte contre la gabegie n’a jamais dépassé le discours politique, un discours qui devient de plus en plus inaudible et de moins en moins crédible.

Propos recueillis par Dalay Lam

 

Source : Lecalame

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