Yémen: trois jours de pourparlers sur fond de crise humanitaire

bombardement aérienC’est ce lundi matin 14 juin que s’ouvrent à Genève les pourparlers de paix entre le camp du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil à Riyad, et celui des rebelles chiites houthis sous l’égide de l’ONU. Des négociations qui s’annoncent difficiles, car sur le terrain, la situation est toujours très instable.

Loin des salons de Genève où doivent se tenir les pourparlers de paix, rebelles houthis et forces gouvernementales continuent de se faire la guerre. Sur le terrain, c’est la loi du plus fort. Les milices chiites affichent toujours leurs ambitions : conquérir encore et toujours de nouveaux territoires au Yémen, comme la ville d’al-Hazm (capitale provinciale du nord, près de la frontière saoudienne) qui vient de tomber entre leurs mains.

De victoire en victoire, depuis septembre dernier et la prise de Sanaa, la capitale, rien ne semble plus pouvoir les arrêter. Même les bombardements intenses de la coalition arabe emmenée par les Saoudiens ne parviennent pas à freiner l’avancée des Houthis. Jusque-là, seul le triple blocus aérien, maritime et terrestre imposé contre le Yémen les aurait quelque peu affaiblis. Le problème est que cet embargo a eu des conséquences désastreuses sur les populations.

La situation humanitaire au Yémen est en effet catastrophique. Actuellement, 16 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Il y a pénurie de médicaments, de matériel médical. Faute de carburant ou de fuel, les pompes à eau ne peuvent pas tourner. Cela signifie aussi que l’acheminement de l’aide ou de la nourriture s’effectuent difficilement.

Avec le début du ramadan vendredi prochain, les ONG vont sans doute en profiter pour apporter leur aide auprès de cette population yéménite plongée dans une misère extrême. Après plus de deux mois de conflit, c’est l’enlisement. L’Organisation mondiale de la santé fait état d’un bilan dramatique de plus de 2 500 morts et 11 000 blessés.

Sortir du chaos

C’est donc pour sortir leur pays de ce chaos que représentants du gouvernement et rebelles houthis se sont donné rendez-vous à Genève. Mais le principal enjeu de ces négociations, qui doivent durer trois jours, est le pouvoir. Reste à savoir comment le partager.

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, espère que les différentes parties présentes à Genève observeront une trêve durant ces trois jours de pourparlers. Une décision qui répondrait en partie aux attentes des organisations humanitaires sur le terrain. Elles aussi ont lancé un appel au cessez-le-feu et à la levée du blocus imposée par la coalition, indique notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez.

Pour Laurent Bonnefoy, chercheur au CNRS et spécialiste du Yémen, si les chances de succès des pourparlers de paix sont réduites, les discussions pourraient en revanche aboutir tout de même à une nouvelle trêve humanitaire : « Cette conférence à Genève pourrait constituer une opportunité pour les Saoudiens et Abd Rabbo Mansour Hadi lui-même dans le sens où avec l’approche du ramadan, une trêve pourrait être la bienvenue et assez facile à légitimer. »

« Cette trêve permettrait de lancer des négociations peut-être plus sérieuses et elle permettrait pour les Saoudiens d’une certaine manière de ne pas perdre la face », ajoute le chercheur. Laurent Bonnefoy estime en effet qu’il devient de plus en plus clair que cette guerre ne puisse pas être gagnée, dès lors qu’elle reste uniquement une guerre aérienne. « Les bombardements que la coalition de pays arabes, Arabie saoudite en tête, mène depuis onze semaines n’ont pas été décisifs. Les Houthis continuent à gagner du terrain et les places qu’ils occupaient n’ont pas été mises en danger », constate-t-il

Les négociations de paix ont-elles une chance d’aboutir ?

« A mon avis, les négociations de Genève n’aboutiront à rien. Les deux camps y sont allés pour dialoguer, mais en réalité cela fait partie de leur stratégie, prédit Ali al-Bakhiti, un homme politique yéménite, autrefois représentant des Houthis au sein du dialogue national. Chacun veut montrer qu’il souhaite discuter, mais en réalité tous poursuivent leurs affrontements sur le terrain. Je parle aussi bien des Houthis et de leur politique expansionniste, qui continuent donc de vouloir conquérir de nouveaux territoires, que du gouvernement yéménite en exil à Riyad, complice de l’agression saoudienne. »

Pour l’ancien porte-parole des Houthis, les discussions n’aboutiront donc pas à un accord. « Et même s’ils parviennent à un accord, il n’aura aucune valeur, comme la totalité des accords précédents ». Ali al-Bakhiti estime qu’il faudrait des garanties américaines, saoudiennes, iraniennes et russes, des pays qui ont des intérêts au Yémen. Ce serait le moyen d’obtenir un accord et de faire en sorte qu’ils s’applique réellement sur le terrain.

Marine Poirier, de l’Institut d’études politique d’Aix-en-Provence, considère pour sa part qu’un dialogue yéméno-yéménite est nécessaire. « Le conflit au Yémen est un conflit yéménite ancré dans des dynamiques politiques locales, dans une histoire des rivalités entre factions, analyse-t-elle. Il ne peut se résoudre que par un débat qui intègre l’ensemble de ces acteurs politiques yéménites, un dialogue yéméno-yéménite sous l’égide de l’ONU ou d’un parti neutre, comme le sultanat d’Oman qui depuis plusieurs mois tente aussi de s’investir dans une médiation pour une sortie de crise. »

Source: RFI

 

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