Face au retrait occidental, Sidi Ould Tah parie plus que jamais sur le monde arabe
Dans un contexte de repli des financements occidentaux et notamment américains, la Banque africaine de développement, dirigée par Sidi Ould Tah depuis mai dernier, renforce ses liens avec les pays du Golfe.
Une rencontre inédite pour consolider les liens entre monde arabe et Banque africaine de développement (BAD). C’est ce qui s’est produit ce 13 janvier à Abidjan, siège de la Banque africaine de développement (BAD), qui accueillait des discussions entre la banque panafricaine, présidée par le Mauritanien Sidi Ould Tah, et le Groupe de coordination arabe (GCA) constitué des plus grands fonds nationaux du Koweït, d’Arabie saoudite, des Émirats et du Qatar.
Un rapprochement entre le continent et les pays du Golfe qui intervient à l’heure où les donateurs occidentaux, États-Unis en tête, se retirent.
Sidi Ould Tah a profité de la rencontre pour rappeler l’objectif, annoncé en novembre 2023 à Ryad avant la conférence de la COP28 des Nations Unies, d’une enveloppe de 50 milliards de dollars destinée à financer des projets structurants et stratégiques sur le continent afin d’accompagner son essor.
Le nouveau président de la BAD, élu en mai 2025 à la tête de l’institution, a déclaré que des liens plus étroits avec le GCA étaient essentiels pour combler l’écart croissant entre les besoins de financement et les fonds effectivement mobilisés alors que des pays donateurs, tels que les États-Unis, réduisent leurs dépenses à l’étranger. « Ce qui est nécessaire maintenant, c’est un partenariat plus structuré et tout à fait stratégique », a affirmé Sidi Ould Tah.
L’ancien ministre mauritanien des Finances a également expliqué qu’une collaboration plus étroite avec le GCA — qui comprend la Banque arabe pour le développement économique en Afrique, le Fonds de l’Opep pour le développement international et le Fonds saoudien pour le développement — pourrait mobiliser des financements à long terme supplémentaires pour des priorités telles que l’industrialisation et la création d’emplois.
Conclure des partenariats pragmatiques et structurés
La rencontre d’Abidjan intervient quelques jours après la signature d’accord de 2 milliards de dollars entre la BAD et le fonds de l’Opep. Pour le président de la BAD, une coopération fragmentée n’est plus en mesure de répondre aux besoins du continent. Pour lui, il faut s’acheminer vers des partenariats pragmatiques et plus structurés.
C’est dans cette logique que les deux parties ont signé une déclaration officielle précisant les nouvelles modalités de leur engagement, y compris les priorités de cofinancement, selon la BAD. Rami Ahmad, vice-président des opérations au Fonds de l’Opep pour le développement international, a indiqué que cette nouvelle approche prévoit la création d’une plateforme de coordination pour cibler des dépenses à long terme, de grande ampleur et dans une approche régionale plutôt que des investissements ponctuels au niveau national.
Le président de la BAD souligné que le déficit de financement du développement – l’écart entre le financement actuel et le montant que la BAD estime nécessaire pour investir dans les ports, l’agriculture et d’autres infrastructures afin de permettre le développement des économies africaines – s’est accru sous l’effet de profonds « chocs extérieurs ».
En réponse, les institutions arabes présentes ont toutes réitéré leurs engagements pour les investissements sur le continent dans des secteurs clés, notamment la sécurité alimentaire, le changement climatique, l’accès à l’énergie et l’essor du secteur privé.
Baudelaire Mieu
Journaliste, spécialiste de la Côte d’Ivoire
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