D.A. Bocar, directeur de la pêche hauturière et côtière : « C’est le manque d’information qui alimente la polémique » autour du “Margiris”
La controverse autour de la présence, dans la zone économique exclusive (ZEE) mauritanienne, du super chalutier *Margiris*, surnommé le « monstre des mers », continue de susciter de vives réactions. Face aux inquiétudes exprimées, *La Dépêche de Mauritanie* a rencontré Dia Amadou Bocar, directeur de la pêche hauturière et côtière au ministère de la Pêche, des Infrastructures portuaires et maritimes.
Selon lui, « la polémique actuelle est principalement liée à un manque d’information ». Il revient sur les raisons de la présence du navire, son impact sur la ressource halieutique et les capacités de contrôle des autorités nationales. Épinglé en Europe pour des pratiques jugées illégales, le *Margiris* souffre d’une réputation controversée.
Sa taille — il s’agit du deuxième plus grand super chalutier au monde — et sa capacité technique à capturer en grande quantité des espèces déjà considérées comme surexploitées nourrissent les inquiétudes. Plusieurs rapports scientifiques font par ailleurs état d’une diminution des stocks de pélagiques, précisément les espèces ciblées par ce type de navire.
Interrogé à ce sujet, Dia Amadou Bocar rappelle que la présence du *Margiris* s’inscrit dans le cadre des accords de pêche conclus entre la Mauritanie et l’Union européenne. Ces accords prévoient un quota annuel de 225 000 tonnes de poissons pélagiques et autorisent l’utilisation d’au moins 19 navires. Dans les faits, précise-t-il, l’UE n’a jamais déployé plus de dix navires dans les eaux mauritaniennes. Sur les dix dernières années, les captures totales des navires européens n’auraient pas dépassé 95 000 tonnes.
Le directeur de la pêche hauturière se veut rassurant. Il souligne que la présence du *Margiris* dans les eaux mauritaniennes « n’a rien d’exceptionnel ». Le navire opère sous licence depuis plusieurs années, de manière intermittente, sur des périodes d’un à deux trimestres selon les autorisations délivrées. Entre 2016 et 2026, il aurait ainsi capturé environ 42 000 tonnes de poissons, imputées au quota global européen.
Concernant l’impact sur la ressource, Dia Amadou Bocar estime que la taille ou la capacité technique d’un navire n’a pas d’effet direct dès lors que les prélèvements restent strictement encadrés par les quotas fixés. Il assure que les activités du *Margiris* font l’objet d’un suivi rigoureux et que tout manquement à la réglementation serait sévèrement sanctionné. Les autorités affirment disposer de mécanismes de contrôle, de suivi et d’évaluation applicables à l’ensemble des navires opérant dans la ZEE mauritanienne, sans exception.
Pour le responsable, la polémique actuelle repose donc davantage sur une méconnaissance du cadre réglementaire que sur des faits avérés.
Pour les observateurs pourtant, les inquiétudes demeurent concernant la surexploitation de certaines espèces déjà sous pression, dont l’accès est pourtant prévu par les accords avec l’Union européenne (cas du Magiris avec les petits pélagiques ciblés). Ce débat tend cependant à déplacer la critique vers le contenu et les modalités de négociation des accords de partenariat de pêche, davantage que sur la présence du *Margiris* elle-même.
JD
Source:La Dépêche-Mauritanie
