Entretien avec Madame Bintou Wehbine Bilal Ramdhan, présidente du parti Taghyir (changement) et co-fondatrice de l’alliance «Forces du Salut»
Je remercie votre journal pour le contact et j’apprécie l’opportunité qui m’est donnée de clarifier mon point de vue sur les questions soulevées. Cette alliance que nous avons fondée n’est pas une rupture avec l’opposition existante, ni une alternative à celle-ci. Elle vient plutôt la renforcer, d’autant que les composantes de cette alliance n’en faisaient pas partie.
L’alliance des Forces du Salut vise à rassembler le reste des forces d’opposition en constituant un quatrième pôle qui réunit les forces qui étaient en dehors des trois pôles existants. Elle regroupe également des forces jeunes reconnues sur la scène, qui allient l’histoire militante et la présence politique, à la jeunesse et à l’influence active sur le terrain.
– Vous dites que vous cherchez à unifier les forces du changement. Comment comptez-vous convaincre les autres groupes d’opposition de rejoindre cette coalition, et quel est votre rôle au sein de l’opposition mauritanienne ?
– Nous cherchons effectivement à unifier les forces du changement, y compris les pôles d’opposition existants. Mais cela ne signifie pas que nous visons leur adhésion à nous, ni la nôtre à eux. L’objectif est d’unifier les efforts, les idées et l’action sur le terrain dans notre combat contre le régime, afin de faire pression pour le règlement des dossiers liés à la vie du citoyen mauritanien, au vu de ses souffrances quotidiennes dans tous les domaines. Quant à notre rôle au sein de l’opposition mauritanienne actuelle, il consiste à renforcer le volet militant sur le terrain qui vise à changer la réalité des conditions de vie difficiles du citoyen : la hausse des prix, la situation de l’éducation, de la santé, de la sécurité, les crises de l’eau, de l’électricité, des hydrocarbures, et autres problèmes économiques et sociaux dont aucun secteur n’est épargné.
– Le processus de dialogue politique est au point mort. Les « Forces du Salut » y participeront-elles si les parties concernées parviennent à un accord ? Si oui, quelles sont vos conditions ? Sinon, quelle alternative proposez-vous ?
– Les expériences précédentes menées par l’opposition en général avec le régime sur la question du dialogue ne sont pas encourageantes. Lors de son premier mandat, le régime a lancé un dialogue qu’il a qualifié d’inclusif, sans exclure aucune force politique ni aucun sujet. Toutes les forces d’opposition y ont alors vu un espoir pour une nouvelle Mauritanie. Puis, soudainement, le régime l’a interrompu sans en donner la raison.
La même chose s’est produite avec le dialogue de l’opposition, en ce qui concerne les instances chargées du processus électoral sur le plan technique, et elles ne se sont même pas engagées sur ces revendications techniques pourtant simples. À partir de ces précédents, nous n’avons plus beaucoup d’espoir dans l’engagement et le sérieux du régime dans les dialogues.
Malgré cela, nous souhaitons bonne chance aux pôles d’opposition qui ont fait confiance au régime et sont entrés dans le dialogue. Si le résultat est positif pour les citoyens, nous le saluerons, le soutiendrons et l’appuierons, car notre objectif est l’intérêt de la Mauritanie et du peuple mauritanien. En revanche, si l’ouverture du dialogue vise seulement à gagner du temps et à détourner les gens des souffrances des Mauritaniens, nous ne serons pas partie prenante de cette mise en scène.
– Votre communiqué insiste sur la défense de la Constitution, le rejet de toute modification de la durée du mandat présidentiel, la lutte contre la corruption et la dégradation des conditions de vie. Parmi ces priorités, quelles seront vos premières actions concrètes dans les mois à venir ?
– Nos premières actions concrètes dans les mois à venir sont l’organisation du meeting de lancement à Nouakchott. Des activités pourront précéder cela, dont les dates, les formes et les contenus seront fixés par le bureau de direction de notre alliance. S’y ajouteront des visites de terrain pour constater de près les problèmes des citoyens, ainsi que des activités médiatiques, des conférences politiques, et toutes les actions civiles et pacifiques autorisées par la loi et la Constitution.
– Vous annoncez une campagne de sensibilisation générale suivie d’une marche pour lancer votre initiative. Quel message souhaitez-vous adresser au peuple mauritanien et comment comptez-vous transformer cette mobilisation en une force réelle, capable de provoquer un changement démocratique ?
– Le message que nous voulons adresser au peuple mauritanien est que cette nouvelle alliance politique qui regroupe des forces jeunes, composées de présidents de partis, de députés et de mouvements, a pour seul et unique objectif d’animer un nouvel espoir pour le peuple mauritanien, en poursuivant le chemin tracé depuis des décennies par l’opposition traditionnelle. Nous sommes les fils et les filles de cette opposition née du ventre des souffrances du peuple mauritanien.
Cette alliance est une force d’opposition renouvelée qui cherche la proximité avec le citoyen dans ses activités, son discours et ses actions de terrain. Elle vise essentiellement à faire pression et à s’organiser par des moyens pacifiques, afin d’améliorer les conditions des citoyens, de régler leurs nombreux problèmes urgents et d’alléger leurs souffrances quotidiennes, tout en ouvrant des perspectives de changement politique radical et global pour le pays.
– À l’approche des élections municipales, législatives et régionales de 2027, sous quelle bannière comptez-vous y participer ? Les Forces du Salut présenteront-elles leurs propres listes, soutiendront-elles des candidatures communes avec le reste de l’opposition, ou cherchent-elles un programme électoral unifié ?
– La réalité vécue aujourd’hui par le citoyen mauritanien et les conditions déplorables qu’il subit dans différents domaines ne permettent pas de débattre des questions électorales, alors même que les élections sont le seul moyen de changer cette réalité. Le citoyen lui-même doit en prendre conscience et savoir que son vote est un dépôt sacré. Il doit dès maintenant se préparer à s’inscrire pour les prochaines élections et à voter contre tous ceux qui sont responsables de la situation regrettable et triste qu’il vit aujourd’hui.
Comme les élections sont dans deux ans, nous cherchons à changer cette réalité en poussant le régime à prendre des décisions en faveur du citoyen et à revenir sur les décisions qui ont alourdi son fardeau : hausse des prix des hydrocarbures, des produits alimentaires, des matériaux de construction, des impôts, etc. À l’approche des élections, nous nous efforcerons, et nous espérons que l’opposition dans son ensemble s’efforcera, d’unifier ses listes dans les communes, au Parlement et dans les conseils régionaux. Plus l’opposition sera unie dans ces listes électorales, plus sa force sera grande.
– L’histoire politique mauritanienne a connu des alliances d’opposition qui ont fini par se diviser. Quelles garanties institutionnelles et politiques mettez-vous en place pour éviter l’effondrement des Forces du Salut et assurer la pérennité de cette nouvelle alliance ?
– Nous savons que les expériences précédentes de l’opposition ont livré des leçons importantes. C’est pourquoi la pérennité des Forces du Salut ne repose pas sur des ententes conjoncturelles, mais sur des institutions solides et une vision politique commune. Les principales garanties sont l’adhésion à une charte claire définissant les objectifs et les mécanismes de prise de décision, le respect de l’indépendance des composantes de l’alliance, le recours au dialogue et à la concertation pour gérer toute divergence, et la primauté de l’intérêt national sur les considérations partisanes ou personnelles.
– Quelques mois après l’obtention de votre récépissé d’enregistrement, quels sont les points-clés du projet de société que votre propre parti propose au peuple mauritanien ? Comment a-t-il été accueilli par les Mauritaniens ?
– Notre projet politique et de société au sein du Parti du Changement Sérieux « TAJ » repose sur la construction d’un État de justice et de primauté du droit, la lutte contre la corruption, la consolidation de la bonne gouvernance, le renforcement de l’unité nationale, l’amélioration des services d’éducation et de santé, l’amélioration des conditions de vie des citoyens, ainsi que l’autonomisation des jeunes et des femmes et l’élargissement des opportunités d’emploi.
Étant donné que le parti n’en est qu’au début de son parcours politique, il est normal qu’il soit encore dans la phase de présentation de son projet de société et d’élargissement de sa présence politique. Malgré cela, nous avons constaté un intérêt et une interaction encourageants de la part des différentes catégories de la société, ce qui nous donne confiance pour poursuivre le travail de terrain et le contact direct avec les citoyens afin de gagner leur confiance sur la base de programmes et de positions, et non de slogans.
Source:Le Calame-Mauritanie
