L’italien BF cible la Mauritanie dans sa stratégie d’expansion agricole en Afrique

Lancé en 2024, le Plan Mattei vise à renforcer les liens économiques entre l’Italie et l’Afrique à travers le financement de projets de développement et la lutte contre les migrations irrégulières. Dans l’agriculture, Bonifiche Ferraresi est l’un des acteurs privés les plus en vue de cette coopération.

Le groupe agroindustriel italien Bonifiche Ferraresi (BF) est en pourparlers avec le gouvernement mauritanien pour la réalisation d’un projet agricole dans la wilaya du Brakna. Selon les informations relayées par les médias locaux le 1er septembre le projet sera mis en œuvre avec la collaboration de la Société nationale de développement rural (SONADER) et prévoit l’aménagement de 10 000 à 20 000 hectares de terres agricoles grâce à la construction d’un nouveau canal près de la ville de Boghé.

Il doit également permettre de développer plusieurs cultures, dont le blé et le riz, ainsi que les productions maraîchères. Si les détails concernant le démarrage des travaux et le calendrier d’exécution du projet ne sont pas encore connus, cette initiative marque une nouvelle étape dans le déploiement de BF sur le continent africain.

Dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique, le groupe s’est en effet engagé ces dernières années dans plusieurs projets agricoles de grande ampleur sur le continent.

Une expansion qui se poursuit de l’Afrique du Nord en Afrique subsaharienne

En Mauritanie, BF arrive ainsi avec une expérience déjà importante des grands projets agricoles africains. Plus récemment, en septembre 2025, l’entreprise a signé en Côte d’Ivoire une convention d’investissement de 134 millions d’euros (156,8 millions $) pour développer une ferme-pilote de 10 000 hectares à Tagadi, dans le nord‑est du pays. Le projet porte sur la production d’igname, de maïs, de mil, de riz et de cultures maraîchères.

Un peu plus tôt, en avril 2025, le groupe avait conclu avec le gouvernement congolais un accord pour développer un domaine agricole de 10 000 hectares à Dolisie, avec l’ambition d’introduire des technologies agricoles, de renforcer la formation et la recherche et de créer des emplois.

Dans le même mois, un protocole d’accord a également été signé au Sénégal pour aménager 10 000 hectares dans la commune de Kaour avec pour objectif de cultiver du riz, du maïs, du blé et du palmier à huile, tout en servant de centre de formation pour les agriculteurs.

Quelques mois plus tôt, l’entreprise s’est également impliquée dans un projet similaire au Ghana où elle a entamé, en août 2024, le développement d’un domaine agricole de 5 000 hectares pour un coût total de 90 millions d’euros (104,1 millions $) à Aveyime‑Battor, dans la région de la Volta.

Avant cela, le groupe a entamé en juillet 2024 un projet intégré de 36 000 hectares à Timimoun, dans le sud de l’Algérie. Doté d’un investissement d’environ 420 millions d’euros (486 millions $), le projet associe production de blé et de légumineuses, irrigation, stockage et transformation. Une première campagne de blé y a d’ailleurs été lancée en mai 2026 sur 1 600 hectares.

Le blé, un intérêt commun entre BF et la Mauritanie

L’implantation envisagée par BF dans le Brakna intervient alors que la Mauritanie cherche elle-même à accroître sa production de blé. Étant l’un des plus gros importateurs de blé en Afrique de l’Ouest, la Mauritanie affiche depuis quelques années l’ambition de développer et de structurer une filière locale de production pour réduire sa dépendance vis-à-vis du marché extérieur.

Dès 2023, le ministère de l’Agriculture s’est en effet engagé dans un partenariat avec le programme Arab Africa Trade Bridges (AATB), le Centre arabe pour les études des zones arides et des terres sèches (ACSAD) et la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), visant à développer la production locale de semences de blé et à mettre en place un programme national complet de multiplication de semences de blé certifiées.

En mars 2024, le pays annonçait la réussite d’un premier essai de culture de blé sur une superficie de 200 hectares dans le cadre d’un partenariat public-privé, avec des rendements évalués entre 4 et 5 tonnes par hectare dans la région du Trarza.

Dans ce contexte, on peut lire à travers le rapprochement entre Nouakchott et BF une convergence d’intérêts. Alors que le groupe italien cherche à déployer en Afrique des exploitations agricoles combinant technologies, irrigation et production à grande échelle, la Mauritanie peut tirer profit de cet intérêt pour renforcer sa filière blé encore embryonnaire.

Reste désormais à savoir dans quelle mesure le projet du Brakna se concrétisera et contribuera à faire progresser la production céréalière du pays.

Stéphanas Assocle

Source: Agence Ecofin

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