Réponse de Jemal à Noueiguedh : Quand un avocat se fourvoie

Dans une tribune au Vitriol, M. Jemal Taleb Lemoigne, se drape dans les oripeaux d’un thuriféraire de la « décennie » et mène une charge injuste et cousue de fil blanc contre le banquier Mohamed Ould Noueiguedh.

Evidemment ce dernier a toutes les ressources pour répondre lui-même ou par personne interposée à notre tout nouveau avocat, qui pour l’occasion, a pour la première fois pris son pieds faisant la pose dans la robe d’avocat que, contrairement à ce qu’il avait toujours laissé entendre, n’a eu le droit de la porter que depuis juin dernier.

Pour ma part, mes contentieux et différends avec M. Mohamed Ould Noueiguedh ne sont un secret pour personne. Mais dans ce débat devenu public et même international par le fait des canaux utilisés par les deux protagonistes (jeune Afrique et Financial Afrik) chacun peut désormais y aller du sien.

Ce que je m’en vais faire avec d’autant plus de plaisir, que j’aurai, cerise sur le gâteau, la satisfaction de défendre la Vérité.

Mais voyons ce qu’il en est :

M. Jemal Lemoigne reproche à M. Ould Noueiguedh d’avoir dépeint un sombre tableau de l’économie en prenant pour exemple la situation de la SNIM et celle de la Somelec. Et comme contre argument il produit des extraits du rapport alambiqué et très ambigu de la dernière mission du FMI en Mauritanie.

Monsieur, c’est une grosse erreur de lire les rapports du FMI au premier degré ! Voilà ce qu’écrivait le même FMI en Avril 99 à propos de la Mauritanie :

(April 21, 1999

Mauritania continued its ambitious program of economic reforms in 1995–97. The government exercised firm control over public expenditures and ran a fiscal surplus in both 1996 and 1997. The decline in broad money in 1995–96 was reversed in 1997, reflecting increased confidence in ouguiya-denominated assets, in part owing to the implementation of financial market reforms. These policies and reforms resulted in sustained GDP growth, which averaged 4.6 percent annually over 1995–97, that is, 1.8 percent in real per capita income growth.

Country Report No. 99/21)

En gros : « La Mauritanie a poursuivi son ambitieux programme de réformes économiques en 1995–97. Le gouvernement a exercé un contrôle ferme sur les dépenses publiques et dégageait un excédent budgétaire en 1996 et en 1997. La baisse de la masse monétaire au sens large en 1995-1996 a été inversée en 1997, traduisant une confiance accrue pour les actifs libellés en ouguiya, en partie grâce à la mise en œuvre de mesures financières.

Ces politiques et réformes ont abouti à une croissance soutenue du PIB, qui a atteint en moyenne 4,6% par an de 1995 à 1997, soit 1,8% de la croissance du revenu réel par habitant. »

Parle-t-on de la même Mauritanie ? Le président Ould Taya, se targuait bien lui aussi, d’une telle situation !

Tout D’abord M. Jemal devrait se départir de sa mauvaise foi naturelle pour admettre que critiquer une gouvernance n’est pas critiquer Son pays et c’est encore moins, cette propension à l’auto flagellation dont il semble vouloir affubler l’Homo africanus.

Il est facile de parler de la prétendue embellie de la situation économique quand on vit dans sa résidence de Bretagne héritée de son père adoptif. Si cette même personne s’était cantonnée dans son rôle d’avocat conseil, personne n’y aurait à y redire. Il est vrai qu’en tant qu’ambassadeur itinérant et courtier dans le sens de « Samssar » pour le cabinet Clyde and Co et pour les experts et consultants comme Bruguière ou Peer De jong, le sieur Jemal défend surtout son écuelle.

C’est dire que M. Jemal qui participe et profite de la saignée de son pays, est très mal placé pour critiquer des hommes d’affaires qui créent de la richesse et des emplois et payent des impôts.

Mais faisons un bref survol de la situation jugée si dithyrambique par Notre avocat national : personne ne conteste la situation catastrophique de la SNIM, pour preuve, la Loi de Finance 2019 sur le titre « Recettes non fiscales, chapitre Revenu des entreprises publiques et de la propriété », la SNIM contribue pour zéro ouguiya.

La Somelec, pour sa part, malgré les investissements colossaux et sa dette abyssale, ne parvient pas à assurer un service minimal, convenable : à Nouadhibou les stocks de poisson sont sous une menace constante et les coupures intempestives émaillent le quotidien des citadins. Entre autres preuves de l’aveu d’échec de cette entreprise, le récent limogeage, par les nouvelles autorités, de son directeur de la dernière décennie.

La situation est pire ailleurs, notamment dans le secteur bancaire plongé dans une profonde déliquescence -deux banques ont mis la clef sous le paillasson et quatre autres vivent avec une épée de Damoclès-, celui des transports qui reste assujetti à des infrastructures ou obsolètes et désuettes. Notre pays étant encore l’un des rares pays à ne pas disposé d’un seul kilomètre d’autoroute. (Pour la gouverne de notre avocat la route de l’aéroport n’est pas une autoroute stricto sensu)…

Parlant d’infrastructures, le régime que défend avec becs et ongles M. Jemal Lemoigne, n’a-t-il pas bradé le terminal portuaire et le nouvel aéroport à des entreprises étrangères dans des conditions secrètes et on ne peut plus suspectes.

Pour le secteur des BTP, les entreprises traditionnelles, -qui triomphaient souvent d’appels à concurrence dans des marchés de la sous régions sont aujourd’hui moribondes : toutes étant supplées par un ou deux nouveaux opérateurs totalement novices et inexpérimentés dont la seule force et l’unique mérite est d’être proches du régime.

Le secteur du tourisme est lui aussi sinistrée, les auberges et les hôtels ferment les uns après les autres et l’artisanat n’arrive pas à sortir de l’ornière.

Pour la pêche Nouadhibou, capitale économique, a été transformée en gigantesque décharge noyée sous les effluves des senteurs nauséabondes dégagées par les usines de Moka. Quant à la ressource elle est sérieusement compromise par le raclage de nos fonds par l’entreprise chinoise qui a obtenu un passe droit incompréhensible pour 40 ans. Pour l’agriculture il n’y a qu’à voir la pénurie qu’a connue Nouakchott ces dernières semaines suite à l’interruption de l’approvisionnement à partir de Gerguarate, pour savoir dans quelle situation est précipité ce secteur.

Ajoutez-y la vingtaine de milliards « donnés » à la même entreprise marocaine proche du régime pour construire deux infrastructures aussi précaires qu’onéreuses comme le canal Lemsaydi et le barrage de Kenawal.

Pour les secteurs sociaux que sont l’éducation et la santé, les efforts déployés actuellement par le ministre de la Santé et le diagnostic qu’il fait de ce département montrent à quel point ils sont raclent le sol : personne, pas même l’applaudisseur le plus aveugle, ne peut avoir l’outrecuidance de défendre le bilan du régime dans le domaine de l’éducation.

Alors… Ne reste plus à notre défenseur que le chiffre magique de la croissance qui se chiffre à 3,6% en 2008 ! Ce faisant, il oublie que la moyenne de la croissance sur la même période en Afrique de l’Ouest varie de 5 à 6 %. Et si on y ajoute que le ratio d’endettement du pays est le plus élevé de la région on comprend qu’il n’y a guère motif à satisfaction.

Il faut bien le dire, quand un Mohamed Ould Noueiguedh, sort de sa discrétion et de sa réserve habituelle pour décrire une situation qu’il vit au quotidien, en tant que banquier expérimenté, ce n’est certainement pas à un avocat, ébloui par les lambris dorés des palais de l’Hexagone, qui va lui apporter une contradiction crédible.

Et de fait, quelle crédibilité peut-on accorder à quelqu’un qui s’est prévalu d’un titre depuis de longues années alors qu’il n’a obtenu ce droit que depuis quelques mois ? Quelle crédibilité peut-on accorder à quelqu’un dont la veste s’est élimée à force de retournements au gré des régimes qui se sont succédé en Mauritanie ? Enfin quelle crédibilité peut-on accorder à quelqu’un qui a écumé les plateaux des télévisions de second ordre, pour livrer un vain baroud d’honneur au service d’un régime ou plutôt d’une personne dont les agissements et le bilan sont aujourd’hui tant décriés ?

Mais comme le dit l’adage arabe : « Si tu n’es pas prude, fais et dis ce qui bon te semble ! »

MSS

Source : Mauriweb

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