Commission d’enquête parlementaire sur la gestion d’Ould Abdel Aziz : Pour quelle fin ?

 L’Assemblée nationale mauritanienne vient de donner le feu vert à la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire, à charge d’éplucher les onze années de gestion de l’ex-président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz. La décision a été actée le lundi 27 Janvier, lors de la réunion des présidents de commission.

Le projet a été transféré à la commission des affaires économiques du Parlement qui aura à fixer la composition de ladite structure et arrêter les dossiers visés par l’enquête. Les choses pourraient aller vite car la commission des affaires économiques s’est réunie à la mi-journée du mardi 28, à l’Assemblée nationale.

C’est, en tout cas, une première dans les annales de la République. On se rappelle cependant qu’au fort de la fronde, en 2008, des députés de la majorité, le bataillon parlementaire avait menacé de faire traduire le président Sidioca devant la haute Cour de justice mise place sous son mandat.

Le coup de force du mois d’Août rangea aux oubliettes cette Cour. Quant à l’imminente commission d’enquête, elle répond, elle, à une très forte demande sociale et à une exigence politique.

Depuis le départ de l’ex-président, beaucoup de voix se sont en effet élevées pour réclamer l’audit de sa gestion. Les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des mines sont particulièrement « soupçonnés » – euphémisme… – de gabegie.

Les acteurs politiques, dont certains proches du pouvoir en place, suspectent l’ex-président d’avoir « détourné les deniers publics » et de s’être « enrichi illicitement ». Répondant à cette grave accusation, ledit président de la République, qui se targue d’avoir sorti le pays de l’ornière, reconnaît s’être considérablement enrichi mais conteste avoir détourné le moindre bien public et défie quiconque d’en prouver le contraire.

C’était au cours d’une conférence de presse, tenue en Décembre dernier à son domicile. Ould Abdel Aziz semblait insinuer qu’il détenait des dossiers compromettants concernant certains responsables de l’État qui l’ont lâché pour peut-être sauver leur peau. Gros pavé dans la mare ou perche tendue au pouvoir en place ?

« Une décennie perdue »

Cela dit, Ould Ghazwani qui refuse de réagir aux sorties de son prédécesseur et désormais virulent opposant peut-il résister à la pression de l’opinion ? Depuis la sortie du Palais d’Ould Abdel Aziz, même un peu avant, ses opposants ont choisi le déballage. Les uns via réseaux sociaux, les autres via la presse.

On se rappelle ici la sortie de l’économiste Moussa Fall qui produisit un document très fouillé : « 2008-2018, une décennie perdue ». Autre très virulent lanceur d’alerte, l’ex-sénateur Mohamed ould Ghadda qui épingla très tôt la gestion de son cousin, s’interrogeant notamment sur l’origine des biens de l’ONG Rahma, présidée par le fils d’Ould Abdel Aziz, et se retrouvant, illico, dans la ligne de tir de celui-ci.

Le rejet, par les sénateurs, des amendements constitutionnels portant la suppression de leur chambre, fut le prétexte à lui régler son compte. L’homme fut arrêté et emprisonné pendant près d’une année.

Mais, recouvrant la liberté, il reprenait de plus belle sa croisade contre la gabegie, s’engageant à mettre sur la table tous les dossiers susceptibles d’enquête. Une bonne contribution à la commission d’enquête parlementaire en gestation…

Ce fut ensuite des fuites du rapport de la Cour des comptes proférant de graves accusations de détournements de deniers publics en certaines institutions de la République. Fuitant inopinément dans la presse, une autre « bavure », portant, cette fois, sur une structure de la Grande Muette (CCCI) fut également portée à la connaissance du public.

Aujourd’hui, quelques questions se posent : la commission pourra-t-elle toucher à tous les dossiers suspectés ? Les députés de la majorité présidentielle en approuveront-ils les conclusions ? Le gouvernement leur laissera-t-il toute liberté de manœuvres ?

En tout cas, la mise en place de ladite structure a bel et bien été retenue par le gouvernement, accusé depuis six mois de n’avoir fait entrevoir aucun véritable changement, pour ne pas dire rupture d’avec la gouvernance passée, objet aujourd’hui de toutes les accusations.

La Mauritanie ne semble donc pas prête à sortir de l’auberge ? Et tout le monde dira que cette inédite commission ne servira qu’à intimider et faire taire Ould Abdel Aziz, visiblement déterminé à ne pas lâcher prise… Au final, une seule question se pose vraiment : que fera le général-marabout ?

DL

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