05-06-2021 17:16 – Mamadou Dia, promoteur de l’initiative « RSE et Développement Durable en Mauritanie »

Ils-elles ont créé des entreprises à impact positif, pilotent la responsabilité sociétale dans leur société, forment aux pratiques respectueuses du vivant, organisent la réflexion et la coopération. Ce sont les acteurs de l’économie positive en Afrique. Nous sommes heureux de leur donner la parole.

Dans le cadre du partenariat entre AGADD et RSE&PED, rencontre avec Mamadou Dia, promoteur de l’initiative “RSE et Développement Durable”, partenaire de RSE&PED en Mauritanie,

Quel parcours vous a amené à devenir le partenaire de RSE & PED en Mauritanie ?

J’ai fait mes études entre l’Université de Gaston Berger de Saint Louis du Sénégal et l’Université des Sciences, des Technologies et de Médecine de Nouakchott dans la gestion des impacts des activités extractives et de l’environnement.

Il s’agit du Master GAED, un Master International créé pour répondre aux besoins de compétences nouvelles concernant les activités extractives et leurs impacts, cogéré entre ces deux pays. C’est ce cursus qui a déclenché mon intérêt pour la Responsabilité Sociétale des Entreprises.

A ma sortie de l’université en 2016 et j’ai eu la chance d’intégrer la multinationale canadienne en Mauritanie, Kinross Tasiast, dans son département des relations communautaires. J’ai pu appliquer mes connaissances théoriques sur la RSE au dialogue multi-acteurs et à la relation avec les communautés.

J’ai ensuite rejoint l’organisation locale Ecodev pour prendre part à des activités liées à la coordination des projets de développement et à l’élaboration des études environnementales et sociales jusqu’en Janvier 2018. Actuellement je travaille sur le Projet de Développement des Filières Inclusives (PRODEFI) du FIDA, au service du développement rural en Mauritanie.

L’expérience très intéressante à Kinross Tasiast m’a poussé à m’intéresser davantage à la RSE : c’est ainsi que j’ai assisté à plusieurs webinaires de RSE&PED dont je suis devenu le représentant local en Mauritanie en 2017.

Quelle approche de la RSE souhaitez-vous promouvoir dans le pays ?

Mon expertise, au croisement des activités extractives, de l’environnement et du développement économique, s’oriente vers la gouvernance environnementale et socio-économique des institutions et des entreprises. En Mauritanie, Je crois être parmi les premiers qui ait à ce stade une vision globale de ce qu’est la RSE, de la manière dont chaque type d’acteur public ou privé dans le pays peut y contribuer.

Si l’on me demande de résumer mon objectif en une phrase, c’est simple : je veux institutionnaliser la RSE dans le pays ! Pour concrétiser cette idée, j’ai créé l’initiative « RSE et DD en Mauritanie », qui vise à former, coacher, organiser la réflexion sur la RSE, car je veux amener tous les acteurs à s’y intéresser.

Quels sont les enjeux de RSE les plus importants en Mauritanie ?

Avec plusieurs sites d’extractions minières et pétrolières parmi les activités industrielles et économiques exploitées par l’Etat ou des filiales d’entreprises étrangères, auxquelles s’ajoutent depuis peu l’orpaillage, le secteur extractif est particulièrement important pour le pays. Nous avons également la pêche industrielle et des activités agricoles traditionnelles.

Les enjeux sont donc avant tout ceux de ces secteurs. Mais dans le contexte africain, d’une manière globale, l’entreprise doit participer à l’économie et à la vie locale d’un territoire avec une approche multiscalaire. L’interaction avec les communautés et l’impact de l’activité des entreprises sur leur qualité de vie sont très importants. Il y a beaucoup à faire car aujourd’hui les manquements sont nombreux.

Qu’est ce qui caractérise aujourd’hui cette relation de l’entreprise avec les communautés locales ?

Les entreprises sont toutes assez enclines à faire des dons aux communautés, notamment lors du ramadan et en d’autres circonstances. Mais elles le font parce que le dirigeant y est sensible personnellement ou pour leur visibilité, sans une compréhension profonde des enjeux.

Elles assument en réalité assez mal leurs responsabilités de cœur de métier : les obligations légales en matière d’environnement ne sont parfois pas respectées, il n’y a souvent ni diagnostic préalable, ni Etude d’Impact Environnemental et Social (EIES), ni Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES), ni réhabilitation des sites après exploitation, et j’en passe ! Cette dernière pratique est d’ailleurs quasiment inexistante dans l’extraction des carrières.

Il y a également des problèmes sociaux dans l’organisation de la sous-traitance avec des fournisseurs peu regardants sur les conditions d’emplois et les salaires. Cela crée beaucoup d’inégalités et un faible cadre social pour les travailleurs.

Concernant les Droits Humains heureusement, nous n’avons pas les mêmes problèmes qu’ailleurs sur le travail forcé ou le travail des enfants, quoiqu’il faille surveiller les nouvelles activités d’orpaillage.

Les communautés ont une part de responsabilité dans cette situation : en faisant systématiquement des demandes de contributions aux entreprises elles mettent celles-ci dans un rôle de réparation : « en échange du pétrole que vous extrayez de notre sol, des pollutions et autres nuisances que vous générez, construisez des écoles, des hôpitaux et des routes ! »

Or la question des infrastructures et de l’éducation incombe à l’Etat auquel ces entreprises paient des taxes et versent des royalties. Pour obtenir plus des entreprises multinationales en matière d’emploi locaux, de formation et de transfert de compétences, ou d’investissement dans le développement des fournisseurs, c’est au mécanisme du « local content » qu’il faut faire appel, soit des incitations en amont, fiscales, légales ou contractuelles imposées par l’Etat aux entreprises étrangères qui exploitent ces ressources. Mais la Responsabilité Sociétale des Entreprises est ailleurs.


Réunion dans le cadre de la journée de co-construction avec les partenaires “la RSE pour l’économie africaine dans l’après Covid-19”, le 17 décembre 2020

Quel rôle donner à l’Etat dans l’amélioration de cette situation ?

Vis-à-vis des entreprises de l’activité minière, l’Etat ne facile pas les choses car il ne réalise pas le travail d’exploration préalable qui lui incombe. En conséquence, les entreprises doivent intégrer ce travail de prospection dans leurs coûts. Cela rend les contrats peu rentables et diminue leur marge de manœuvre. Il y a donc un travail à faire dans la recherche.

Par ailleurs, les bailleurs de fonds, l’Agence de développement française et les autres partenaires techniques et financiers soutiennent assez massivement l’Etat dans des projets de développement contre la pauvreté ou pour la construction d’infrastructures sociaux de bases… Mais faute de capacités et de vision d’ensemble, ces projets périclitent une fois le bailleur parti.

Or les ODD, le plan local de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et les plans stratégiques des pays hôtes tracent la route pour le développement africain : toutes ces aides pourraient y contribuer avec beaucoup plus d’efficience si les sujets étaient compris dans toutes leurs dimensions, y compris celle de la RSE et du leadership.

Quels acteurs faudrait-il former en priorité ?

Le sujet est vaste ! Il faut former les organisations de la société civile et les représentants des communautés locales pour qu’elles fassent les demandes adéquates aux entreprises, les managers en entreprise pour qu’ils s’approprient le concept, et bien sûr les pouvoirs publics qu’il faut pousser à mettre en place une agence pour la RSE en Mauritanie. Je regarde avec intérêt ce que fait le Maroc en matière d’institutionnalisation du sujet.

Quels sont les soutiens publics et privés pour votre démarche ?

Il y a plusieurs acteurs dans le monde associatif qui font des choses très intéressantes et qui prendraient place naturellement dans un réseau d’acteurs de la RSE dans le pays : l’ONG Ecodev dont je suis membre est assez exemplaire.

J’apprécie aussi l’ONG Publish What You Pay(PWYP) qui pousse les entreprises à publier ce qu’elles versent comme salaires ou comme taxes pour s’assurer que les revenus tirés des activités extractives vont bien améliorer la vie des populations, la Commission nationale de l’ITIE, l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives, etc…

Il y a également des interlocuteurs de qualité dans le monde académique, les entreprises et les ministères, ainsi que des approches de terrain très intéressantes : La RSE pour les PME et les TPE notamment dans le secteur agricole, des partenariats publics-privés, qui incluent aussi les producteurs pauvres.

C’est la solution pour faire de la relation entre le client et le founisseur un vrai partenariat. Il y a donc de la matière dans les pratiques africaines !

Quelle valeur spécifiquement africaine faut-il intégrer dans le développement local de la RSE ?

Musulmans que nous sommes, et il en est peut-être de même pour les autres religions, notre valeur est dans le Coran : j’ai une responsabilité vis-à-vis de mon prochain, mes voisins, mes frères, amis et parents.

Si je dispose d’un revenu parce que je travaille dans une entreprise, que je suis éleveur ou commerçant, je dois en consacrer une part pour la zakat, le don. Cette valeur est centrale et elle doit avoir sa place dans une vision africaine de la responsabilité de l’entreprise.

Keita

leader des jeunes

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