Sénégal : une loi controversée ouvre la voie à la candidature d’Ousmane Sonko en 2029
Le Parlement sénégalais a adopté une réforme électorale clé, mardi 28 avril, ouvrant la voie à une candidature d’Ousmane Sonko en 2029. L’opposition dénonce une loi “sur mesure” et un risque démocratique.
L’Assemblée nationale du Sénégal a franchi une étape majeure mardi 28 avril en adoptant une réforme du code électoral aux conséquences politiques immédiates.
Ce texte, porté par le parti au pouvoir Pastef, revoit les règles liées à la déchéance des droits civiques. Il fixe désormais leur durée à cinq ans après l’exécution d’une peine et introduit une rétroactivité, point central du débat.
Pour de nombreux observateurs, cette modification lève les derniers obstacles juridiques à une candidature du Premier ministre Ousmane Sonko à l’élection présidentielle de 2029.
Le cas Sonko au cœur du débat politique
Figure majeure de la scène politique sénégalaise, Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 à la suite d’une condamnation pour diffamation.
Cette décision judiciaire, confirmée par la Cour suprême, avait entraîné la perte de ses droits civiques, l’écartant du scrutin.
Dans ce contexte, il avait désigné son allié Bassirou Diomaye Faye, aujourd’hui président de la République, pour porter la candidature de son camp.
Depuis, l’éligibilité de Sonko reste un sujet central du débat politique, relancé par son élection comme député fin 2024, avant sa démission pour rester à la tête du gouvernement.
Majorité et opposition s’affrontent frontalement
Pour la majorité, cette réforme vise à corriger un système électoral jugé instrumentalisé.
Le député Guy Marius Sagna a dénoncé une législation passée “utilisée pour éliminer des candidats selon les intérêts politiques”.
À l’inverse, l’opposition fustige une loi taillée sur mesure. La députée Aïssata Tall Sall dénonce un texte “personnel” et “dangereux pour la République”, en raison de sa rétroactivité.
La coalition FDR parle, elle, d’une réforme conçue pour un seul homme.
Une lecture différente de l’amnistie de 2024
Les partisans d’Ousmane Sonko s’appuient également sur la loi d’amnistie adoptée en mars 2024, destinée à apaiser un climat politique marqué par des violences entre 2021 et 2024.
Selon eux, cette amnistie a effacé les condamnations passées, y compris celle pour diffamation, et rétabli de facto les droits civiques du leader de Pastef.
Mais cette interprétation est loin de faire consensus, et la réforme adoptée apparaît comme une sécurisation juridique supplémentaire.
Le Conseil constitutionnel en arbitre final
Malgré ce vote, la question n’est pas totalement tranchée.
Au Sénégal, c’est le Conseil constitutionnel qui valide les candidatures à l’élection présidentielle. Son interprétation du nouveau cadre légal sera donc décisive à l’approche de 2029.
Un enjeu politique majeur pour l’avenir du pays
Cette réforme cristallise les tensions dans un pays longtemps présenté comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest.
Entre volonté de normalisation pour les uns et dérive institutionnelle pour les autres, le débat autour de la candidature d’Ousmane Sonko pourrait structurer durablement la vie politique sénégalaise dans les années à venir.
Source:Africa Radio-France
